Kawhi Leonard, bienvenue dans le futur

Kawhi Leonard nous a donné cette nuit un aperçu de ce à quoi pourrait ressembler la suite de sa carrière : celle d'une superstar en NBA.

Antoine PimmelPar Antoine Pimmel | Publié  | BasketSession.com / MAGAZINES / Focus
Kawhi Leonard, bienvenue dans le futur
Parmi le flot de highlights de Kawhi Leonard cette nuit, une image a retenu notre attention. Il ne s’agit pas d’une action de jeu mais de l’interview du jeune homme par Doris Burke à la mi-temps. Alors que les San Antonio Spurs menaient de 21 points (71-50) après avoir pratiqué 24 premières minutes de basket dignes du Hall Of Fame, Kawhi s’exprimait calmement, expliquant en quelques mots clés assez simples la performance irréelle de son équipe. Premier constat : le gamin a du Gregg Popovich en lui. Deuxième observation : tout semblait donc normal pour Leonard, auteur de 18 points à la pause. Et pourtant rien de tout ce qui s’est passé cette nuit ne pouvait être qualifié de « normal ». Pouvait-on s’attendre à ce que les Spurs convertissent 76% en deux QT ? Est-ce normal qu’un jeune joueur de 22 ans prenne l’ascendant – des deux côtés du parquet – sur un LeBron James en pleine possession de ses moyens ? Un parfum d’histoire flottait dans le camp des Texans au terme de cette première période. Et pourtant, Leonard conservait le même ton calme et posé. La même attitude désintéressée, la même mine plate, même après avoir écrasé Chris Andersen sur un dunk féroce. [youtube hd="0"]https://www.youtube.com/watch?v=bQdy333gnNE[/youtube] Une autre action nous a marqué. Celle-ci s’est déroulée sur le parquet, pendant le match. A quelques secondes de la fin du deuxième QT, il a une nouvelle fois agressé LeBron James balle en main. Gêné par les défenseurs du Heat, sa passe pour Tim Duncan a été interceptée par Ray Allen, contraint de balancer la balle en l’air sous peine de terminer en touche. LeBron s’apprêtait alors à la réceptionner quand le jeune ailier bondissant des Spurs a jailli de nulle part pour récupérer la balle avec ses longs bras, juste avant que celle-ci n’atterrisse dans les paluches du « King ». Ça, c’est Kawhi Leonard.  Cette action le définit parfaitement. Un phénomène athlétique imprévisible avec des bras gigantesques. Ce fait de jeu rappelle une anecdote rapportée par Bill Simmons. L’éditorialiste de Grantland expliquait dans l’un de ses articles qu’Erik Spoelstra et les assistants du Heat se sont « amusés » à analyser les rebonds captés par Leonard lors des finales 2013. Le constat est le suivant : hormis deux prises – dont l’une lors des dernières secondes du fameux Game 6 – le jeune homme a récupéré TOUS les rebonds qu’il était susceptible de gober (à savoir ceux dont il était à proximité de l’action ou en bonne position pour les capter).

Le futur et le présent des San Antonio Spurs

C’est justement lors des dernières finales qu’il a explosé aux yeux du grand public. A 21 ans, il n’avait pas craqué sous la pression lors des deux derniers matches de la série. Au contraire, il a porté les Spurs avec deux feuilles de statistiques de mammouth (22 pts et 11 rbds puis 19 pts et 16 rbds). Doit-on s’attendre à ce genre de performance de la part d’un jeune joueur drafté en 15e position et qui évolue au côté de trois futurs Hall Of Famers ? Elles lui ont valu le statut de « futur star des Spurs » par Gregg Popovich en personne. C’est suite à de telles performances que l’on attendait Kawhi Leonard sur le devant de la scène dès le début des finales. Et c’est donc pour la même raison que ces deux premiers matches « ratés » nous ont laissé sur notre faim.
« Je dois apprendre de ces deux premiers matches, c’est un challenge », expliquait le principal intéressé quelques heures avant le match du soir. « C’est un défi et on va voir si j’arrive à me sortir de cette mauvaise passe. On va voir quel genre de joueur je suis. »
Était-il déjà conscient qu’il allait réaliser le plus gros match de sa carrière ? Les Spurs savaient-ils déjà ? Après ses deux premières sorties en demi-teinte, Gregg Popovich et Tim Duncan ont parlé avec le jeune joueur. On ne saura pas ce qui s’est dit. « Affaire de famille », se contentera de remarquer le coach des Spurs. On a donc vu le vrai Kawhi Leonard cette nuit.
[superquote pos="d"]"On va voir quel genre de joueur je suis" Kawhi Leonard.[/superquote]« On voulait simplement qu’il joue comme il l’a fait pendant toute la saison. Je pense que les problèmes de fautes lors des deux premiers matches l’ont amené à trop réfléchir et a joué à reculons. Ce n’est pas lui. Il se doit d’être actif des deux côtés du parquet. Il a trouvé la solution », explique Gregg Popovich.   « Il était juste lui-même. C’est comme ça qu’il a joué toute l’année. Il doit être l’un des meilleurs joueurs sur le terrain sinon nous ne sommes pas assez forts (pour gagner). C’est comme ça qu’il est. Il a le talent nécessaire (pour bien jouer chaque soir). »
L’ancien ailier athlétique formé à San Diego State a franchi les étapes à grand pas. Lui qui était présenté comme un stoppeur incapable de shooter à trois-points est désormais l’un des cadres de l’une des deux meilleures équipes de la NBA. Il n’est pas seulement le futur, il est aussi le présent des San Antonio Spurs. Le joueur le plus important du groupe si l’on se fie à sa progression des deux côtés du parquet. Ses performances sur LeBron James en défense ne surprennent plus. On sait qu’il est capable de gêner le meilleur joueur du monde et l’on sait aussi qu’il est incapable de le freiner complètement. Personne ne le peut et on peut s’attendre à une réaction de la superstar du Heat après son match « manqué » (selon ses standards habituels bien sûr). Kawhi Leonard a planté 29 points cette nuit, soit 7 de plus que LeBron James. Un record en carrière lors d’un match déjà décisif. Miami n’a jamais perdu deux matches de suite en playoffs depuis la finale de Conférence Est 2012 (face aux Boston Celtics). Le Game 3 était donc déjà crucial pour les Spurs. Malgré l’enjeu et la pression, Leonard a répondu présent.
[superquote pos="d"]"Il a le package intégral" Manu Ginobili.[/superquote]« Il est talentueux. Il peut marquer de plusieurs façons différentes. Son dribble est bon. On ne lui donne pas l’occasion de jouer les pick&roll – Tony et moi les jouons – mais il sait le faire. Il a le package intégral », souligne Manu Ginobili. « Il a un très bon tir extérieur, tout le monde l’a vu. Il peut jouer dos au panier et il sait shooter à mi-distance. »   « Il est jeune et on ne joue pas tout le temps sur lui. Il a un énorme potentiel. Tout va dépendre de lui, comme toujours. Il va devoir travailler et développer son jeu encore et encore. Mais il est au bon endroit, avec un super coach et une bonne équipe. C’est difficile de définir son potentiel », poursuit l’Argentin.

Kawhi Leonard, le pur produit des Spurs

Mais la jeune star montante ne s’enflamme pas. Comme à son habitude, Leonard s’est contenté d’un discours sobre à la fin du match. « J’ai juste mis mes tirs ». Les déclarations habituelles. « On prend les matches les uns après les autres, l’important c’est la victoire, etc ». Mais elles sonnent pourtant vraies dans la bouche de « Sugar K ». Il est comme ça. Il y a du Popovich mais aussi du Tim Duncan en lui. Comme son mentor, il ne s’emporte pas et se contente de rester discret en dehors du terrain. Il se contente de travailler les points faibles de son jeu, encore et encore. Il le fait depuis son arrivée à San Antonio. Dès le lendemain de la draft, il s’est mis à bosser sur son tir avec Chip Engelland, le grand manitou du shoot. Durant le lockout, le jeune homme a pu côtoyer un certain Tim Duncan.
« Je trouvais qu’il avait encore beaucoup de choses à développer. Il ne shootait pas aussi bien que maintenant. Mais ‘Pop’ avait vu quelque chose en lui. Il a vraiment pris confiance la saison dernière et il a compris ce qu’il avait à faire. Il continue de se développer saison après saison. On voit bien que lorsqu’il est dans le rythme, il est vraiment spécial », témoigne « Timmy ».   « Il ne parle pas beaucoup mais il joue extrêmement bien », ajoute Tiago Splitter.
Le Californien était fait pour jouer aux San Antonio Spurs. Son attitude colle parfaitement avec la culture et les valeurs prônées par la franchise texane. Une organisation qui, à force de travail, s’est imposé comme la meilleure de toute la ligue au cours de ces quinze dernières années. Une équipe qui perdure au plus haut niveau et ce sans avoir changé son entraîneur ou ses cadres. Une franchise qui affiche un pourcentage de victoires record sur les deux dernières décennies et ce malgré seulement deux joueurs draftés dans les quinze premières positions à la draft : Duncan… et Leonard. Comme ses glorieux aînés, il donne l’impression de banaliser les exploits les plus fous. C’est ce que font les plus grands. C’est ce que font les Spurs. Et c’est désormais ce que fait Kawhi Leonard.

Le record en carrière de Kawhi Leonard

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