L’œil de Yacine Aouadi : « Une finale nord-américaine se profile »

A quelques heures du début des demi-finales de la Coupe du Monde 2023, on a posé quelques questions sur les affiches au technicien Yacine Aouadi.

L’œil de Yacine Aouadi : « Une finale nord-américaine se profile »

Yacine Aouadi est un nom qui compte dans le paysage du coaching français. L’un des pionniers en France du développement individuel de joueur, il a collaboré avec nombre de joueurs de haut, voire très haut niveau. Il a oeuvré au CSP Limoges en tant que chargé du développement des joueurs. Il est également à l’initiative du camp UPSILON, un camp unique en son genre à destination des joueurs pro, qui vient de vivre sa deuxième édition. Bref, Yacine est une pointure — et ce n’est certainement pas un hasard s’il est devenu le deuxième entraîneur individuel (et premier français) à avoir signé avec Puma derrière Chris Brickley (qui a travaillé avec LeBron James ou Kevin Durant).

C’est pour cela que l’on a souhaité discuter avec lui des deux très belles affiches que cette FIBA World Cup 2023 nous propose ce vendredi.

Serbie — Canada :

BasketSession : Shai Gilgeous-Alexander a marqué 31 points face à la Slovénie en quarts. Penses-tu qu’il sera le facteur X pour ce match?

Yacine Aouadi : Pour moi, on ne peut pas le considérer comme un facteur X. Il est en train de se profiler comme le meilleur joueur de la Coupe du monde. Pour moi, le facteur X, c’est ce joueur qui va faire basculer une rencontre. Je pense que RJ Barrett, qui est très inconstant depuis le début de la compétition, peut être ce joueur.

Je l’attendais beaucoup plus haut, et j’ai la sensation que ça va de mieux en mieux. Il est assez maladroit, mais il commence à peser de plus en plus dans les matches. Il est capable de défendre, il a de grandes qualités de scoreur. J’ai envie de croire que, dans un match serré, il est capable de forcer la décision.

Du côté de la Serbie, je suis impressionné par leur secteur intérieur (Nikola Milutinov, Filip Petrusev, Nikola Jovic…). Ils marquent encore plus de points dans la raquette que l’Allemagne, que je trouve performante là-dessus, ou même qu’une équipe comme le Canada. Je pense que Bogdan Bogdanovic fera forcément un bon match, alors je pense que le facteur X pourrait être les intérieurs serbes.

BS : Depuis le début de la compétition, la Serbie a un jeu bien construit et a montré qu’elle pouvait s’adapter à son adversaire. Sur quelle faille peut-elle essayer de s’appuyer pour s’imposer face au Canada?

Yacine Aouadi : La Serbie est une équipe confirmée. Quand tu regardes cette équipe jouer, tu remarques qu’elle est bien hiérarchisée. Tu vois les choix défensifs et il y a, comme tu disais, une adaptation. C’est logique quand on sait qui coache. Svetislav Pesic est un coach de très haut niveau, avec une expérience européenne importante.

Ce qui peut mettre en difficulté le Canada, c’est le passing game de la Serbie. Il y a beaucoup d’alternance du fait d’avoir de bons joueurs près du cercle et des joueurs capables de scorer à l’extérieur. Ensuite, la Serbie est meilleure sur contre-attaque que le Canada — c’est trois ou quatre possessions de plus par match. Pour terminer, je reviens sur le secteur intérieur. Je pense que Milutinov, Petrusev et Jovic peuvent mettre Dwight Powell et Kelly Olynyk en difficulté.

BS : Au contraire, sur quels points le Canada doit-il assurer pour se qualifier en finale?

Yacine Aouadi : La défense est la clé pour le Canada. Ça a été, c’est et ça restera la clé. Ils ont beaucoup switché sur cette compétition, tout simplement parce qu’ils ont les moyens de le faire. Dillon Brooks et Luguentz Dort ont une vraie dimension physique. Ils sont capables de défendre près du cercle, ils ne sont pas si simples à enfoncer. Les Canadiens ont les moyens de diminuer l’impact des Serbes près du cercle.

Je pense aussi qu’ils devront être très agressifs au rebond offensif. Ça reste une chose qu’ils savent bien faire et qui leur permet de casser le rythme. Ça reste un match ouvert, mais je pense que la dimension physique du Canada aura le dernier mot malgré tout.

USA — Allemagne :

BS : L’Allemagne a eu beaucoup de mal à se défaire de la Lettonie lors du dernier match. Penses-tu qu’elle a ce qu’il faut pour regarder les États-Unis dans les yeux?

Yacine Aouadi : Cette équipe des États-Unis a l’ADN de ses prédécesseurs : elle court beaucoup, elle défend fort sur les lignes de passe et sur le ballon… Malgré tout, les Américains mettent constamment leur adversaire sous pression. En étant patient et en jouant dans la profondeur, tu peux marquer. Surtout, le secteur intérieur n’est pas la qualité première de cette équipe américaine.

L’Allemagne dispose de bons joueurs pour ça, avec Theis, Thiemann, Wagner et Voigtmann. Au-delà de ça, si elle ralentit le jeu, mange le chrono et ne joue pas le jeu des Américains — c’est-à-dire essayer de jouer rapidement — elle peut les mettre en difficulté. Les Allemands ont aussi une expérience que leurs adversaires n’ont pas, avec une moyenne d’âge de 24 ans et une expérience proche de zéro en FIBA. Ils ont le fighting spirit, ce que j’aime beaucoup, et ils n’ont rien à perdre.

Il y aura une réaction de Dennis Schröder, qui ne peut pas rester sur le match qu’il a fait face à Lettonie. Ce n’est pas possible. Mais tout le monde s’attend à voir les États-Unis démonter l’Allemagne, et si c’est l’inverse qui se produit, ça restera un exploit.

BS : Tu as parlé de Dennis Schröder, qui pourrait-être selon toi le facteur X de cette demi-finale?

Yacine Aouadi : Schröder est un joueur de haut niveau. Je ne sais pas ce qu’il fera, mais c’est le genre de joueurs qui ne restent pas sur une contre-performance. Donc j’attends une réaction de sa part.

Sur cette rencontre, je choisirais Moritz Wagner. Son frère, Franz, sortira à mon avis un bon match et il était probablement le facteur X du dernier match. Mais je pense à Moritz parce que je trouve qu’il apporte vraiment quelque chose quand il sort du banc. Il apporte cette énergie, cette grinta, ce fighting spirit… Il est mobile, il va dans les intervalles, je l’ai trouvé bon sur la compétition.

BS : De manière réaliste, quelle affiche imagines-tu pour la finale? Et quelle affiche aimerais-tu voir personnellement?

Yacine Aouadi : De manière réaliste, une finale nord-américaine se profile. Et si ça ne tenait qu’à moi, j’aimerais voir l’une des deux équipes européennes, l’Allemagne ou la Serbie, se hisser en finale.

Ce serait représentatif de la compétition. Surtout que l’on s’attendait non seulement à voir un pays d’Europe en finale, mais peut-être même gagner. Pour ces demi-finales, je pense que Canada — Serbie est plus ouvert qu’Allemagne — États-Unis, quoiqu’il faut se souvenir du match de préparation qui était, à mon sens, très ouvert.