Meyers Leonard, le talent caché des Blazers

Plutôt discret depuis son arrivée en NBA, Meyers Leonard connait une progression intéressante. Et si nous avions sous-estimé le jeune pivot des Blazers ?

Antoine PimmelPar Antoine Pimmel | Publié  | BasketSession.com / MAGAZINES / Focus
Meyers Leonard, le talent caché des Blazers
Les basketteurs culminant à 2,16 m sont rares, même en NBA. La taille et l’envergure de Meyers Leonard ont toujours été des atouts pour le jeune pivot drafté en onzième position par les Portland Trail Blazers en juin 2012. Les basketteurs culminant à 2,16 m capable de shooter de loin sont encore plus rares. Et ils sont chers. En ce sens, l’ancien pensionnaire d’Illinois est un intérieur unique et son évolution intrigue. Qui aurait pu se douter qu’un jeune joueur passé inaperçu depuis son arrivée en NBA – il s’est surtout distingué pour s’être fait dunker dessus par Michael Kidd-Gilchrist – serait si proche de rejoindre le club mythique et très fermé des « 50-40-90 guys » ? Meyers Leonard s’en rapproche, même s’il reste une moitié de saison à disputer. Il a converti 17 de ses 19 premières tentatives sur la ligne des lancers-francs, soit 89,5% de réussite. S’il rentre ses deux prochains lancers, il sera un membre officiel et temporaire du club. En effet, il tourne à 51,6% dans le champ et 44,2% à trois-points. Étonnant, non ?

Un "stretch-pivot" en NBA

[caption id="attachment_104017" align="alignleft" width="300"] Dunks, lancers-francs et trois-points. Meyers Leonard est un pur produit analytique.[/caption] Leonard n’avait shooté qu’à 13 reprises derrière l’arc au cours de ses deux premières saisons NBA. Il était jeune, irrégulier, inconsistant et peu sûr de lui. Surtout, on lui demandait de pratiquer un basket qui n’a jamais été le sien. Il jouait encore arrière au lycée avant de prendre une quinzaine de centimètres en un an, un peu à la manière d’un Anthony Davis. Décalé en pivot, il a découvert un nouveau poste. L’adaptation fut difficile mais ses 13 pts et 8 rbds de moyenne avec Illinois lors de sa deuxième saison universitaire ont convaincu les Blazers de miser sur lui le soir de la draft. Mais il n’était pas prêt, comme la plupart des intérieurs draftés aussi tôt à ce niveau. Ses deux premiers exercices dans la ligue furent décevants et il tournait à 2,5 petits points de moyenne l’an passé.
[superquote pos="d"]"On me voit comme un pivot de 2,16 m mais je ne suis pas un pivot classique."[/superquote]« Les gens se demandaient ‘Mais qu’est-ce que c’est que ça ? On l’a drafté en onzième position, on attend plus de lui’. J’avais juste besoin de temps », explique le jeune homme. « Les gens me voient comme un joueur de 2,16 m, long, fort et avec de larges épaules. Tout le monde pense que je suis un pivot (traditionnel). »
Les Blazers avaient eux aussi besoin de temps avant de comprendre comment utiliser Meyers Leonard. Il n’est pas un intérieur capable de provoquer des prises à deux en réceptionnant la gonfle près du cercle. Il n’est pas non plus un pivot à la DeAndre Jordan ou Tyson Chandler, ces géants capables de poser des écrans puissants et de rouler fort vers le cercle pour conclure au dunk ou en alley-oop. Il est plus raffiné, plus subtil. Il préfère s’écarter du panier pour mettre de la pression sur les défenses adverses.
« C’est le joueur que je suis. Je ne voulais pas essayer d’impressionner les gens en faisant quelque chose pour laquelle je ne suis pas très bon. Je voulais continuer à travailler ma défense mais je voulais aussi montrer mes qualités. Je voulais courir et prendre des tirs ouverts. »
Leonard est finalement taillé pour les systèmes très offensifs de Terry Stotts. Portland pratique un basket rapide et les coaches encouragent leurs joueurs à faire circuler la balle, à écarter le jeu et à tenter leur chance derrière l’arc lorsqu’ils sont libres de tout marquage. Les Blazers prennent 27 tirs à trois-points en moyenne à chaque rencontre (37% de réussite). Seuls les Houston Rockets arrosent encore plus de loin. D’abord cantonné dans un rôle mineur, le jeune pivot a désormais l’autorisation de shooter au-delà des 7 mètres.
[superquote pos="d"]"Le coach a compris que je pouvais aider."[/superquote]« Le coach m’a vu tirer à l’entraînement puis au camp et en Summer League… Il a réalisé que j’étais capable d’aider dans ce secteur. »
Mis en confiance, il a tenté sa chance à sept reprises derrière l’arc lors d’un affrontement contre Houston fin décembre. Il a déjà inscrit plus de deux tirs primés dans le même match à quatre reprises cette saison, ce qui n’est pas si mal pour un joueur qui passe un petit quart d’heure sur le terrain en moyenne. Mais plus que les chiffres, c’est les conséquences de son évolution qui sont intéressantes pour Portland.

Quel place dans l'avenir des Blazers ?

[caption id="attachment_149315" align="alignleft" width="300"] La présence de Meyers Leonard sur le parquet peut faciliter la vie de LaMarcus Aldridge.[/caption] Le club des « 50-40-90 guys » est prestigieux mais les progrès de Meyers Leonard sont pour l’instant évalués sur de petites données (43 tentatives à trois-points en 23 rencontres). On se fiche de savoir ou non s’il atteindra cette barre mythique en fin de saison, ni même de savoir s’il sera en mesure d’intégrer ce groupe au cours de sa carrière. En revanche, sa capacité à trouver sa cible de loin offre de nouvelles solutions aux Blazers.
« Je suis heureux qu’il rentre ses shoots », reconnaît Terry Stotts. « Sa présence crée des espaces. Il lit bien les réactions de la défense lorsqu’il y a des prises-à-deux sur LaMarcus Aldridge au poste bas. »
[superquote pos="d"]"Les défenses n'ont pas d'autres choix que de respecter l'adresse de nos intérieurs." Damian Lillard[/superquote]LaMarcus Aldridge est lui aussi un meilleur shooteur extérieur cette saison (21/42) et il est toujours aussi redoutable à mi-distance. Portland joue encore mieux au sein d’une configuration « small ball » avec « LMA » en pivot et quatre joueurs mobiles capables de shooter de loin à ses côtés mais la star est réticente à l’idée d’être alignée en poste 5 et donc de devoir défendre sur les colosses adverses. C’est là où la présence de Meyers Leonard est un bonus considérable. Le pivot est long et il a pour mission de contenir les poids lourds d’en face tout en laissant Aldridge s’occuper de l’autre intérieur. Il est toutefois assez mobile pour suivre la cadence infernale dictée par Damian Lillard et ses coéquipiers mais aussi de shooter de loin afin de laisser Aldridge manœuvrer au poste tout en étirant la défense.
« Les défenses n’ont pas d’autres choix que de respecter l’adresse de nos deux grands », remarque Damian Lillard. « Meyers a prouvé qu’il pouvait rentrer ses shoots et il écarte le jeu. Je peux alors rentrer plus facilement dans la raquette. »
Meyers Leonard a 22 ans. Il découvre encore la ligue. Les blessures de Joel Freeland et Robin Lopez lui ont offert l’opportunité de se montrer un peu plus. De quoi convaincre les dirigeants et les supporteurs de lui accorder un peu de confiance et de lui laisser encore le temps de se développer. Les joueurs de son profil sont rares, il serait bête de ne pas lui laisser sa chance.

Des highlights de Meyers Leonard

[youtube hd="0"]https://www.youtube.com/watch?v=1nrlUK18tz0[/youtube]
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