Elle devait au départ être une pièce de rotation, une jeune meneuse européenne venue apprendre derrière une armada de stars. Trois matches plus tard, Pauline Astier est déjà devenue l’une des belles surprises du début de saison WNBA avec le New York Liberty.
Quand New York a signé la Française au printemps, l’idée semblait assez claire : apporter de la profondeur derrière Sabrina Ionescu dans un effectif taillé pour le titre. Difficile d’imaginer alors une vraie place pour la meneuse de 24 ans, surtout quand même Marine Johannès avait parfois dû se contenter d’un rôle limité sous Sandy Brondello. Mais l’arrivée du nouveau coach Chris DeMarco a changé certaines choses. Et Pauline Astier est en train d’en profiter pleinement.
Bien sûr, les blessures de Sabrina Ionescu et Satou Sabally lui ont ouvert la porte. Encore fallait-il la franchir. La Tarbaise ne s’est pas contentée de quelques minutes propres et discrètes : elle a immédiatement eu un impact sur le jeu du Liberty. Après une première sortie intéressante contre Connecticut, elle a surtout marqué les esprits face à Washington avec 18 points, 7 passes, 5 rebonds et seulement deux ballons perdus, avant d’enchaîner avec 24 points malgré la défaite frustrante contre Portland.
Ce qui impressionne surtout, c’est la maturité de son basket. On retrouve exactement ce qu’elle montrait déjà à Bourges, en équipe de France ou cette saison à Prague, où elle s’était affirmée comme l’une des meilleures meneuses d’Europe : du calme, de la lecture de jeu, du rythme juste et une vraie capacité à faire jouer les autres sans disparaître offensivement.
Une petite fenêtre de tir pour le RoY ?
À New York, ses coéquipières ont déjà été séduites. Jonquel Jones a notamment salué son absence de peur et sa maturité, tandis que Chris DeMarco expliquait dès le training camp avoir “une énorme confiance” en elle et rappelait que l’équipe de France lui confiait déjà les clés du jeu.
L’autre symbole fort, c’est évidemment la connexion française avec Marine Johannès. Sous DeMarco, les deux Bleues semblent bénéficier d’une liberté offensive beaucoup plus importante. Johannès réalise elle aussi un énorme début de saison, et le duo français apporte actuellement une créativité et une spontanéité qui changent parfois complètement le visage du Liberty.
Alors, Pauline Astier peut-elle vraiment rêver du trophée de rookie de l’année ? Elle y est en tout cas éligible, puisque c’est sa première saison en WNBA. Même si, comme souvent avec les joueuses européennes, le mot “rookie” mérite un petit astérisque. Astier n’arrive pas de nulle part. À 24 ans, elle a déjà connu Bourges, Prague, l’équipe de France et les matches à très haute intensité. Elle ressemble davantage à ces joueuses déjà formées par le très haut niveau européen qui débarquent en WNBA avec un bagage que certaines rookies NCAA n’ont pas encore.
Marine Johannès avait elle aussi découvert la ligue avec des kilomètres au compteur, sans jamais être une rookie au sens classique du terme. L’exemple le plus parlant reste peut-être Julie Allemand, arrivée à Indiana en 2020 alors qu’elle était déjà l’une des meilleures meneuses d’Europe, et rapidement installée parmi les meilleures rookies de la saison. C’est parfois ce qui chagrine dans les discussions autour du trophée. Mais le règlement est clair : Pauline Astier est rookie, donc Pauline Astier peut entrer dans la course.
Le contexte lui ouvre une petite fenêtre : plusieurs top prospects connaissent un début de saison contrarié, entre blessures, minutes limitées ou rôle encore secondaire. Azzi Fudd est pour l’instant préservée par Dallas, tandis que Lauren Betts sort du banc à Washington. Son temps de jeu devrait logiquement baisser lorsque Sabrina Ionescu reviendra, mais si Astier garde un vrai rôle dans la rotation new-yorkaise, il y a peut-être quelque chose à aller chercher.
Une chose paraît déjà certaine : Pauline Astier n’est plus simplement une curiosité européenne au fond du banc du champion. Vu la confiance que New York semble prêt à lui donner, cette histoire pourrait devenir très sérieuse, très vite.
