Victor Wembanyama a-t-il vraiment un shot pour être MVP ?

Après une nouvelle démonstration contre Detroit, Victor Wembanyama relance sérieusement le débat. Niveau de jeu, impact des deux côtés du terrain, dynamique collective des Spurs : le Français a désormais de vrais arguments dans la course au MVP.

Victor Wembanyama a-t-il vraiment un shot pour être MVP ?

La question paraissait presque prématurée il y a encore quelques semaines. Elle l’est beaucoup moins aujourd’hui. Après sa nouvelle démonstration contre Detroit, Victor Wembanyama remet une pièce dans la machine. 38 points, 16 rebonds, 5 contres, 4 paniers à trois points, et surtout une victoire nette des Spurs face au leader de la conférence Est. Ce n’est pas juste une grande ligne de stats. C’est une performance qui nourrit un débat devenu sérieux : Victor Wembanyama peut-il vraiment se mêler à la course au MVP ? Antoine et Shaï se sont attaqué au sujet ce matin dans le CQFR. Debrief.

D’abord, il faut partir d’un constat simple : le niveau MVP, il l’a. Ce n’est même plus le sujet. Quand un joueur est capable d’aligner ce genre de match contre une équipe comme Detroit, avec un tel impact des deux côtés du terrain, la question n’est plus “est-ce qu’il a le talent ?”. Elle est ailleurs. Elle est dans la durée, dans l’histoire de la saison, dans la concurrence, dans les critères habituels, et aussi dans le sprint final.

Face aux Pistons, Wembanyama a donné une impression de domination totale. Les Spurs ont pris le contrôle rapidement, en grande partie grâce à lui. Il colle 24 points en première mi-temps, met le match dans le bon sens, et impose immédiatement sa présence. Là où c’est encore plus fort, c’est que cette performance vient juste après un précédent duel bien plus rugueux, plus physique, plus pénible à négocier. Et visiblement, Victor a retenu la leçon.

C’est d’ailleurs un des signes les plus intéressants chez lui. Quand une équipe lui pose un problème, il revient souvent avec une réponse. Contre Detroit, il a beaucoup mieux su provoquer les fautes, ou au moins les obtenir. Il finit avec 11 passages sur la ligne, preuve qu’il a mieux compris comment attaquer ce contexte-là. Il ne s’est pas contenté de “faire un gros match”. Il a ajusté son approche. Et ça, c’est déjà un marqueur de très grand joueur.

Un match de MVP, oui. Une saison de MVP ?

Il faut quand même distinguer les deux. Oui, Wembanyama a sorti un match de MVP. Oui, il a le potentiel pour être MVP un jour, peut-être très vite. Mais pour gagner le trophée cette saison, il faut plus qu’un carton monumental. Il faut une narration, une régularité, une place dans la hiérarchie collective de la ligue, et une campagne qui survive à la comparaison avec les autres monstres de la saison.

C’est là que le débat devient passionnant. Parce qu’en mars, il n’y a pas un candidat écrasant. Il y a encore plusieurs histoires possibles. Il y a Nikola Jokic, évidemment. Il y a Shai Gilgeous-Alexander. Il y a Cade Cunningham, dont le dossier dépend beaucoup de la place finale de Detroit. Et désormais, il y a aussi Wembanyama, parce que les Spurs construisent quelque chose de très lourd dans cette fin de saison.

San Antonio ne se contente pas d’aligner les belles victoires. Les Spurs battent les grosses équipes. Ils ont battu plusieurs fois Oklahoma City, plusieurs fois Detroit, et sont devenus une formation qui fait très mal dans les confrontations directes entre candidats au titre. Ce n’est pas anodin. Si la saison se terminait sur un énorme run des Spurs, avec Wembanyama en locomotive statistique et défensive, le dossier deviendrait très sérieux.

Parce que le vrai carburant d’une campagne MVP, ce n’est pas seulement la fiche individuelle. C’est aussi l’histoire que raconte la saison. Et aujourd’hui, il est possible d’imaginer un scénario où l’histoire des dernières semaines, c’est : “Les Spurs ont accéléré comme un vrai contender, et Wembanyama a été le meilleur joueur de cette montée en puissance.”

Ce qui joue pour lui

Son dossier a quelque chose d’unique. Déjà parce qu’il est un extraterrestre statistique. La ligne contre Detroit n’a jamais été vue sous cette forme-là. On pourra toujours discuter du contexte, de l’époque, de son profil, du volume de tirs à trois points qui change la lecture historique. Mais à la fin, ça reste une perf qu’on n’avait jamais vue en NBA.

Ensuite parce qu’il produit des deux côtés du terrain. C’est fondamental. Beaucoup de candidats dominent d’abord offensivement. Wembanyama, lui, peut ruiner un match en attaque et transformer complètement la défense de son équipe. Les 5 contres contre Detroit n’ont rien d’un détail décoratif. Ils font partie du socle de sa valeur. C’est un joueur qui modifie la géographie d’un match.

Enfin, il est entouré par une équipe qui monte. De’Aaron Fox a été excellent contre Detroit avec 29 points. Stephon Castle a encore été utile. Julian Champagnie continue d’être une arme létale dans le corner. San Antonio ne dépend pas uniquement d’un héroïsme permanent de Victor. Et paradoxalement, ça aide aussi sa candidature : ses grosses performances s’inscrivent dans des victoires solides, pas dans des défaites héroïques.

Ce qui peut le freiner

Il y a quand même plusieurs obstacles. Le premier, c’est l’éligibilité. On n’en est pas encore au verdict final, mais elle peut peser. Et tant que ce point n’est pas verrouillé, il est difficile de le propulser tout en haut sans réserve.

Le deuxième, c’est la densité de la concurrence. Jokic reste Jokic. Shai a un dossier ultra crédible. Cade peut encore écrire une très belle fin de saison si Detroit reste tout en haut. Et même si Wembanyama a un plafond plus spectaculaire que presque tout le monde, la course au MVP ne se gagne pas seulement au plafond.

Le troisième, c’est peut-être simplement le temps. Il est possible que Victor soit déjà au niveau… mais encore un peu tôt dans le calendrier de sa propre ascension. Comme si tout le monde voyait bien ce qui arrive, sans être encore prêt à lui remettre le trophée tout de suite, sauf si la fin de saison devient irréfutable.

Alors, a-t-il un vrai shot ?

Oui. Clairement oui.

Pas au sens “c’est le favori évident”. Pas encore. Mais au sens où il serait absurde de l’écarter du débat. Il a le niveau. Il a les perfs. Il a l’impact. Il a l’équipe qui commence à raconter une vraie histoire. Et il a surtout cette qualité rare : quand on se demande s’il est à sa place dans une discussion trop grande pour lui, il répond souvent par un match qui rend la question ridicule.

Aujourd’hui, Wembanyama n’est peut-être pas encore le MVP. Mais il est bel et bien dans la conversation. Et vu la tournure que prend cette fin de saison, il serait imprudent de penser qu’il n’y a là qu’un simple débat de passage.

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Wembanyama n’a peut être pas le meilleur dossier « visuellement » ça reste effrayant de voir autant de gens oublier l’impact global qu’il a sur le terrain et mettre devant lui des plots en défense…On se focus trop sur les stats individuelles offensives et on oublie la défense, les stats collectives, la dissuasion et l’impact du joueur sur les systèmes mis en place par les autres équipes quand il est sur le terrain.
On le voit avec Cunningham par exemple, impressionnant cette année + Détroit meilleur bilan et qui se fait littéralement éteindre par Castle. Autant dire que ça la fout mal pour un potentiel MVP…
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Pour moi il est hors concours avec les match immondes fait apres le ASG. C'est pas UN match qui change quelque chose.
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Vous considérez qu'il a un vrai shot en imaginant que les usual suspects sont aussi éligibles ?
Comme Cade ?
Spoiler alert : non.
Peu importe qui finit avec le meilleur bilan, ils ne sont que deux dans la course au MVP. Et les deux nouveaux venus dans le débat vont se disputer la place de 3e. Je parie sur Cade, sachant que ce sont les mêmes votants pour le DPOY, en cas d'hésitation, ils auront tendance à équilibrer un peu.
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