Anthony Davis : les gagnants et les perdants du trade

Shaï MamouPar Shaï Mamou Publié

Anthony Davis est donc un joueur des Los Angeles Lakers. On a désigné les gagnants et les perdants de ce trade majeur de l'intersaison NBA.

Anthony Davis : Gagnant

La pression qu'il a mise sur la franchise qui l'a drafté a entamé un peu sa cote de popularité. C'est le seul problème pour lui à l'heure actuelle. Anthony Davis a obtenu le trade qu'il désirait et débarque mine de rien dans une équipe au sein de laquelle joue l'un des meilleurs basketteurs de tous les temps. Il n'aura pas à passer un an dans une franchise qu'il ne voulait pas rejoindre - dommage, ça a réussi à certains - et sera déjà là où il veut s'engager sur le long terme. Sportivement, il faudra attendre de voir comment se goupille la suite du recrutement à L.A., mais "Unibrow" a finalement eu gain de cause.

Rich Paul : Gagnant

L'ami de LeBron James est un peu devenu l'ennemi public n°1 depuis la demande de trade d'Anthony Davis. Les soupçons de manigance avec le "King" ont plané sur ce dossier et l'influence de Paul aux Lakers révélée dans un article lunaire de Baxter Holmes, a entaché sa réputation. Mais au final, quel est le job d'un agent ? Permettre à son client d'obtenir ce qu'il souhaite. En cela, Rich Paul a excellé, satisfaisant à la fois Davis et James, quitte à se mettre du monde à dos.

Ses deux clients les plus célèbres et les plus lucratifs jouent désormais ensemble, dans la franchise la plus populaire de la planète. Il va pouvoir partir tranquillement en vacances et aura sans doute droit à une place sur le Banana Boat de LeBron s'il le souhaite.

Magic Johnson : Perdant

Magic n'avait pas réussi à adjoindre une autre star à LeBron James avant la deadline de février ou même lors de la free agency une fois le "King" recruté. Quelques semaines après son départ, les Lakers ont corrigé le tir. Il n'a pas fallu longtemps à Rob Pelinka pour actionner le bouton trade. Ça ne va pas arranger l'image de Magic, dont le règne à L.A. en tant que dirigeant restera celui d'un roi fainéant qui se demandait ce qu'il faisait là.

David Griffin : Gagnant

Le gars n'a pas abandonné le chômage pour rien. L'ancien General Manager des Cleveland Cavaliers n'a mis que quelques semaines à régler la situation qui avait pourri le quotidien des Pelicans. Une fois Anthony Davis rencontré et les Lakers appâtés, Griffin a braqué Rob Pelinka pour lui soutirer jusqu'au dernier centime. En moins d'un mois, sa bonne étoile lui a offert le 1st pick de la Draft 2019 et plein de nouveaux jouets prometteurs à développer ou à réutiliser. On peut supposer qu'il va pousser sa réussite du moment et ne pas s'arrêter là.

Les New Orleans Pelicans : Gagnants

Ce que récupèrent les Pels à un an de la fin de contrat d'Anthony Davis, un joueur monstrueux mais qui n'avait aucune envie de rester, est exceptionnel : un 4e pick de Draft 2019 (à échanger possiblement contre un très bon joueur si aucun jeune basketteur de la cuvée ne leur convient), deux anciens numéros 2 de Draft au potentiel encore inexploité (Lonzo Ball et Brandon Ingram) mais qui peuvent parfaitement suivre le chemin de D'Angelo Russell, et un petit trésor de guerre avec des picks façon Danny Ainge. NOLA est tranquillement devenue l'équipe que les gens voudront suivre sur le League Pass la saison prochaine, qu'importe leur classement.

LeBron James : Gagnant

LeBron a eu ce qu'il voulait : un coéquipier suffisamment fort pour l'aider à ne pas passer ses dernières saisons dans la ligue sans prétentions pour le titre. Si les choses tournent au vinaigre, Anthony Davis servira aussi de bouc émissaire et il suffira simplement de le laisser partir l'été prochain et de repartir de zéro. LeBron a contrôlé la narration des événements et s'est à nouveau inscrit en spectateur passif des opérations. Pourtant, c'est très clairement sa présence et son impatience qui ont conduit les Lakers à faire un move de cette importance. Du LeBron dans le texte et une franche réussite, surtout si d'autres joueurs de renom débarquent dans la foulée.

Les fans des Lakers : Perdants

Beaucoup d'entre eux ne sont pas ravis, c'est assez clair. Récupérer Anthony Davis est formidable, mais à quel prix ? Recruter des stars est dans l'ADN de la franchise, c'est vrai. Mais balayer d'un revers de la main les jeunes joueurs auxquels les fans se sont attachés, alors qu'ils auraient sans doute pu avoir "Unibrow" gratuitement dans un an va faire grincer des dents. Il suffit de voir comment la fanbase des Knicks a petit à petit analysé le trade de Carmelo Anthony à l'époque dans une situation similaire. L'extase, puis la lucidité et enfin la colère d'avoir envoyé un paquet de joueurs compétents et prometteurs vers Denver. Mettre l'avenir en péril pour un shoot d'adrénaline possiblement court ne peut décemment pas plaire à ceux des Lakers.

Zion Williamson : Gagnant

Sur le papier, jouer avec Anthony Davis l'excitait sûrement. Mais ne vaut-il pas mieux que le prodige de Duke grandisse dans un projet bâti autour de lui, sans superstar pour l'éclipser dans le jeu et médiatiquement ? Les ambitions des Pelicans ne seront pas démesurées et il va pouvoir développer des affinités techniques et relationnelles avec des joueurs un poil plus vieux que lui et qui peuvent former un noyau intéressant pour l'avenir.

Les Knicks et les Celtics : Perdants

Les Celtics ont refusé de laisser partir Jayson Tatum et fait capoter un éventuel trade. Difficile d'en vouloir à Danny Ainge, informé au préalable que Davis ne resterait sans doute pas au-delà de son contrat. Mais avec le départ probable de Kyrie Irving, Boston se retrouve donc démuni et impuissant pour monter un effectif plus clinquant. Al Horford lui-même n'a pas encore prolongé.

Les Knicks vont sans doute eux ouvrir la fiole de cyanure et l'ingérer au déjeuner. L'enchaînement des événements a été incroyablement défavorable : le non-gain du 1st pick malgré une chance sur trois, la blessure dramatique de Kevin Durant, le départ probable de Kyrie Irving pour Brooklyn et le trade de Davis vers les Lakers alors que New York était la seule autre destination qui l'intéressait. Les Knicks devraient bientôt activer le mode panique et envoyer des liasses à foison à des free agents d'un standing moindre, dans l'espoir de sortir des abysses...

Rob Pelinka : Perdant, mais gagnant en 2020 ?

Anthony Davis est un Laker, bravo. Pour ce faire et pour montrer qu'il pouvait gérer la franchise sans Magic, l'ancien agent de Kobe est allé assez loin. Et le risque, car c'en est un, est assez énorme. Sur le papier, perdre autant d'atouts présents et futurs nous paraît dément, surtout pour une franchise qui a connu l'échec d'une association un poil similaire entre Kobe Bryant et Dwight Howard il n'y a pas si longtemps. C'est la suite des événements qui dictera finalement le bien-fondé de son pari. Si un autre All-Star arrive dans la charrette et que Pelinka parvient à monter un roster cohérent autour tout en s'assurant que Davis sera là au-delà de 2020, ce sera une franche réussite.

Brandon Ingram et Lonzo Ball : Gagnants

Pour Ingram, ce qu'on souhaite déjà, c'est que sa santé s'améliore rapidement et que l'on n'ait pas à faire à un scénario à la Chris Bosh. Les Pelicans ont a priori eu suffisamment de garanties. Pour Ball, il faut espérer un peu de répit sur le plan des pépins physiques. S'ils sont aptes, il y a quand même là deux jeunes joueurs qui pourraient parfaitement emprunter la même voie que D'Angelo Russell en termes de progression. Fini le quotidien usant de L.A., place à une atmosphère de travail et de vie différente à NOLA. Le contexte va les avantager et ils ne seront plus éclipsés par les exigences de LeBron James. La direction des Pelicans croit bien plus en eux et les deux anciens n°2 de Draft auront tout pour s'épanouir là-bas.

Les Clippers : Gagnants

Plus les Lakers ont une équipe forte, plus Patrick Beverley s'amusera à dire que les Clippers sont quand même la meilleure équipe de Los Angeles et se fera un plaisir de contrarier leurs plans. Mettez Kawhi Leonard et Kevin Durant en plus aux Lakers, et ce bon vieux Pat ne flanchera pas une seconde. Être dans la position d'outsider convient finalement assez bien à cette franchise et ce trade va lui offrir ce luxe;

Kyle Kuzma : Gagnant, mais sous pression

Les Lakers l'ont considéré intransférable, au contraire de Brandon Ingram et Lonzo Ball. Si son jeu est plus mature, le plafond de Kuzma est moins élevé. Ses qualités défensives aussi, malheureusement. Le voilà désormais obligé de justifier la confiance placée en lui. Si Ingram et Ball explosent comme D'Angelo Russell et que les Lakers se retrouvent en difficulté, on repensera forcément à cette immunité accordée à Kyle Kuzma.