104 DET
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97 UTA
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131 POR

Le « Prime » d’Anthony Davis, ça arrive lourd

Antoine PimmelPar Antoine PimmelPublié

Nous avions tous oublié à quel point Anthony Davis est fort, très fort, au basket. Pour une fois débarrassé (enfin, presque) de ses blessures, le mutant a un message à faire passer : le futur de la NBA, c’est lui.

Cette nuit, Anthony Davis a célébré ses 25 bougies avec 25 points, 11 rebonds et 10 blocks. Le premier triple-double de sa carrière. Aussi le premier basketteur à compiler un triple-double par les contres le jour de son anniversaire, merci ESPN Stats et Infos (sérieusement, c’est quel genre de stats stupides ça même ? A quand le premier joueur à avoir inscrit 47 points le jour des 35 piges de sa sœur ?). La performance, brillante malgré la défaite, s’inscrit dans la lignée des dernières sorties de la superstar des New Orleans Pelicans.

A.D. est déchaîné depuis le 26 janvier dernier, date de la sévère blessure de DeMarcus Cousins (rupture du tendon d’Achille, out pour six à huit mois). 43 points à OKC. 44 points et 17 rebonds sur la tronche des Nets. 42 et 15 devant les Lakers puis 45 et 17 contre Miami dans la foulée. 53 et 18 passés aux Suns. Et ainsi de suite. Le meilleur enchaînement de matches de l’ex premier choix de draft depuis son arrivée en 2012. La représentation basketballistique d’un film gore (ou pornographique). 31,7 points, 50% aux tirs, 38% à trois-points, 12,6 rebonds, 2,5 steals et 3,1 blocks lors des 17 derniers matches sans Boogie. Avec des Pelicans soudainement remontés à la quatrième place de la Conférence Ouest. Costaud.

Les statistiques absurdes, c’est le dada de Dav-Dav. Il en claqué, des prestations chiffrées d’anthologie. Mais jamais en si peu de temps et de manière si répétée. Pour une raison simple : son corps ne tient habituellement pas le choc. Son principal point faible depuis le début de sa carrière. Aussi monstrueux soit-il – et, bordel, il est monstrueux – l’intérieur n’a jamais joué plus de 75 matches (une seule fois, ensuite ça descend à 68) sur une saison. Il joue, il brille, il se casse. Il joue, il brille, il se casse. Même là, cette nuit, le bonhomme effectuait son retour après un pépin physique. Une sale manie. Ô combien frustrante.

Des blessures à répétition qui ont fini par faire – presque – oublier à quel point il est terrifiant quand il s’y met. Dès 2015, lors de sa troisième année dans la ligue, il était présenté comme le futur de son sport. Le prochain visage mono-sourcillé de la NBA. Puis il y a eu l’éclosion de Giannis Antetokounmpo. Les débuts de Joel Embiid. Puis l’ascension du même Giannis. Et celle du même Embiid, devenu All-Star tout comme Karl-Anthony Towns. Et voilà qu’Anthony Davis basculait doucement dans la catégorie de joueurs super fort mais toujours blessé et coincé dans la mauvaise équipe.

A l’heure actuelle, il est toujours aussi talentueux, aussi souvent blessé et ne joue probablement pas pour la bonne franchise. Mais malgré ça, ses coups d’éclat récent viennent remettre les pendules à l’heure : alors qu’il vient de souffler ses 25 printemps, il est toujours le chef de file des… 25 piges et moins en NBA. Pas Giannis. Pas Jojo. Ni KAT. Mais A to the freaking D. Il est en avance sur les autres. Déjà parce qu’il a été drafté plus tôt, parce qu’il a joué les playoffs (Antetokounmpo aussi, d’ailleurs le Grec est le seul qui est véritablement au même pallier – ou presque – que Davis). Et parce qu’il est (peut-être) le plus fort ET le plus prometteur du lot. Towns et Embiid font partie du top 15. Antetokounmpo est top 8. Davis ? Top 5. En forme, évidemment.

Sauf qu’un joueur n’est jamais reconnu à sa vraie valeur tant qu’il n’a pas 1) la santé 2) la bonne équipe. Et c’est au moment où les Pelicans gagnent le plus de matches que la question se pose finalement pour de bon : est-ce que New Orleans est vraiment l’organisation qui aidera Davis de dominer le monde de la balle orange ?

Les New Orleans Pelicans, pas assez bien gérés pour Anthony Davis ?

Rachel Nichols d’ESPN avait sondé le joueur sa situation contractuelle lors du All-Star Weekend. Elle avait osé un rapprochement avec Kevin Garnett, MVP en puissance qui a attendu de longues années avant de quitter ses Minnesota Timberwolves, incapables d’atteindre le Graal, pour rejoindre les Boston Celtics. La suite ? Deux finales, une bague. La seule de sa carrière. Que ce serait-il passé si KG avait mis les voiles plus tôt ? Allez savoir. Mais Davis, brutalement honnête, a avoué ne pas avoir l’intention de se ranger lui-même dans la catégorie des mecs qui n’ont pas eu le courage de se barrer. Comme ces gens qui s’entêtent à rester bloqués dans des relations sans avenir.

Alors, oui, il se voit toujours aux Pelicans. Mais ses dirigeants vont devoir lui donner de la matière pour qu’il résiste à l’appel des super teams – Celtics, Warriors – que lui-même admet volontiers apprécier. Pour l’instant, ils ont – presque, encore une fois – tout faux. Ils ont surpayé un paquet de jeunes vétérans (Omer Asik, E’Twaun Moore, Alexis Ajinça, Solomon Hill). Ils ont tenté des paris perdants (Eric Gordon, Ryan Anderson, Tyreke Evans). Les choix de draft ont été dilapidés dans des transferts sans saveur. Jusqu’au jour où ils ont fini par mettre la main sur DeMarcus Cousins, ancien alumn de Kentucky. Un Wildcat, comme Davis.

Une association de Big Men qui détonne à l’ère du small ball. Ils ont pris le risque d’aller à contre courant. Et si Davis fonctionnait bien avec DMC, c’est – comme par hasard – en son absence que les Pels ont enfin pris leur envol. Non pas que les deux All-Stars ne savent pas jouer ensemble. Au contraire. Ils s’aiment bien, ce qui facilite leur tandem. Ils font de vrais dégâts à deux. NO était déjà parmi les candidats au playoffs avant que l’ex-pivot des Sacramento Kings se pète. A.D. a même un meilleur +/- avec Cousins que sans lui. Ils se complètent.

Avec ou sans Boogie, telle est la question

Anthony Davis

Le problème, ce n’est pas Cousins. C’est le système. Les qualités surnaturelles d’Anthony Davis semblent tout simplement mieux mises en avant, mieux exploitées, quand il est aligné en pivot. Un poste qu’il a longtemps refusé. Peut-être pour éviter de briser son corps fragile en se coltinant soir après soir les lourdauds qui évoluent près du cercle. Mais les cachalots sont de moins en moins nombreux. Le jeu est de plus en plus rapide. Les joueurs de plus en plus légers. Et donc Davis de plus en plus à même de dominer. Le mettre en pivot, c’est s’assurer un massacre dans la raquette adverse. Parce qu’un arrière de 2,08 avec des bras gigantesques qui jouent près du cercle, c’est impossible à arrêter. Au final, ce sont surtout Jrue Holiday et Rajon Rondo qui profitent de l’absence de DeMarcus Cousins. Parce qu’ils ont plus d’espaces.

Jrue Holiday avec Cousins : 15,6 points à 37%, 31% à 3-pts, 4,9 passes, +3
Jrue Holiday sans Cousins : 23,5 points à 50%, 36% à 3-pts, 6,8 passes, +3,8

Anthony Davis rend ses coéquipiers meilleurs simplement en courant et en étirant le jeu. Ce qui laisse penser qu’il serait encore plus fort – individuellement – quand il est aligné au côté d’un intérieur fuyant comme Nikola Mirotic. Reste à savoir s’il serait capable de tenir le choc physiquement sur toute une saison sans Boogie pour couvrir ses arrières. Et si les Pelicans feraient vraiment mieux. Pas sûr. Mais le poste quatre est sans doute sa meilleure position. Celle où il peut faire le plus de dégâts. Surtout qu’il tâtonne enfin au Prime de sa carrière. Le début de son apogée à 25 piges. Il a potentiellement huit saisons devant lui pour prendre le contrôle de la ligue. Histoire que plus personne n’oublie qui est le boss.