Quand les Clippers s’inspirent des Bulls de Jordan pour dominer la NBA

Les Los Angeles Clippers s'affirment de plus en plus comme la meilleure formation de la ligue, tout en reprenant des principes d'une équipe légendaire.

Quand les Clippers s’inspirent des Bulls de Jordan pour dominer la NBA
C’est commun de se moquer des Los Angeles Clippers. Même en brillant depuis quelques années maintenant – 8 qualifications en playoffs au cours des 9 dernières saisons – la franchise garde cette réputation de loser qui lui colle à la peau depuis son déménagement dans la cité des anges en 1984. Surtout que les équipes qui se succèdent font tout pour enrichir le palmarès… comique de l’organisation. En se plantant. En s’étouffant elles-mêmes en playoffs. Et en gaspillant des avances de trois manches à une. Oui, les Clips sont ciblés. Alors quand en plus ils se permettent de nommer Tyronn Lue sur le banc tout en se proclamant candidat au titre, la critique devient facile. Mais pas forcément justifiée. Riez. Rions. Mais aujourd’hui, après plus d’un mois de compétition, c’est bien l’autre équipe de L.A., pas les Lakers donc, qui domine le championnat. En réalité, les deux pensionnaires du Staples Center font tous les deux une forte impression et caracolent en tête de la ligue. Avec le même bilan : 13 victoires et 4 défaites. Mais les plus forts, actuellement, ce sont donc les Clippers. Dans le jeu, dans la justesse, dans le sentiment qu’ils dégagent. Encore plus lors des sept derniers matches, tous gagnés par les Californiens. Sur cette période d’invincibilité, ils claquent 122 points pour 105 encaissés sur 100 possessions. Le meilleur différentiel, même supérieur à celui du Jazz lui aussi lancé sur sept victoires consécutives. Les joueurs de Tyronn Lue commencent vraiment à cliquer tous ensembles. Ils défendent forts. Ils sont efficaces et adroits en attaque. Ils dominent, tout simplement. C’est le moment de faire grincer des dents, de révolter les âmes les plus sensibles de notre communauté basket et d’outrer les puristes les plus cons réacs. Il est temps d’établir des similitudes – DES SIMILITUDES – entre cette équipe et celle des Chicago Bulls des années 90. Avec, bien entendu, des pincettes, des proportions gardées et un recul sur la réflexion.

Un petit air des Chicago Bulls 96 ?

La première comparaison, elle se fait sur l’ossature même du cinq majeur et de l’effectif. Les Clippers, tout comme les taureaux, ont deux superstars sur les ailes. Deux « two way players. » Un ailier-fort versatile et excellent en défense. Et la vraie similitude, finalement, se fait presque sur les deux « points faibles » du groupe de départ : ils n’ont pas de pivot dominant dessous ni de meneur dominant balle en main. Ce n’est pas tant que Kawhi Leonard et Paul George sont les Michael Jordan et Scottie Pippen de Los Angeles. Ce sont plutôt Nicolas Batum et Ivica Zubac qui assument les rôles de Ron Harper et Luc Longley. Même si, en réalité, les Clips débutent les rencontres avec un cinq « small ball » avec Patrick Beverley à la place du Croate. Mais les supporteurs de Chicago se souviendront que Phil Jackson adorait lui aussi mettre Dennis Rodman en pivot pour apporter de la mobilité. Voilà pour le premier point. C’est justement en l’absence d’un meneur ou d’un pivot pour servir de point d’ancrage de l’attaque que Lue et son staff se sont tournés vers les principes de Phil Jackson et son légendaire assistant Tex Winter. N’oublions pas que le coach actuel des Clippers évoluait pour ce même Jackson aux Lakers… lorsqu’il était joueur. https://www.youtube.com/watch?v=rhIY1Ifkvns Les Angelenos ont donc décidé d’implémenter des éléments de la célèbre attaque en triangle dans leurs systèmes cette saison. Cette fameuse philosophie qui a contribué aux sacres des Bulls de MJ et des Lakers de Kobe et Shaq. Comment l’attaque en triangle a offert tant de titres à Jordan et Kobe

Kawhi Leonard, mis sur les mêmes rails que Michael Jordan et Kobe Bryant

Dès la fin décembre, à l’aube du coup d’envoi de la nouvelle saison, Lue révélait son intention d’utiliser Kawhi Leonard un peu comme Jackson le faisait avec Bryant et Jordan.
« Nous avons mis en place deux ou trois variations du triangle en demandant à Kawhi de jouer dans ces espaces où Michael et Kobe se retrouvaient. Il adore ces deux joueurs et les a en modèles. Donc on va essayer de le mettre en situation. J'ai pu jouer avec ces deux gars-là et dans l'attaque en triangle, donc j'essaye de lui apprendre ça en même temps que je l'apprends à notre équipe »
Leonard est, physiquement, dans le jeu et purement dans le jeu, celui qui se rapproche le plus de ces deux monstres. Il dispose de certaines caractéristiques communes et, tout simplement, il s’est beaucoup inspiré d’eux. Dans sa manière de scorer. D’attaquer la défense. Ses mouvements dos au panier. En isolation ou à mi-distance. Cela fait déjà des années que la comparaison a pris son sens et plusieurs coaches ont avoué voir en Kawhi du Jordan ou du Kobe. Rappel importante : toutes proportions gardées. Kawhi Leonard utilisé comme MJ et Kobe dans l’attaque en triangle ? En l’absence d’un gestionnaire d’élite, les Clippers créent du jeu autrement. Avec des principes du triangle. Avec du mouvement, des écrans, de la lecture. Et des superstars en progression dans ce domaine. KL semble un peu plus à l’aise dans le playmaking. 5,7 caviars en moyenne chaque soir. La meilleure marque de sa carrière. 5,4 pour PG. Là aussi son record personnel.

Les Los Angeles Clippers, un collectif fort et retrouvé

Il pleut désormais des extra-passes certains soirs à Los Angeles. La balle tourne. Chaque joueur tente de créer le décalage puis transmet. Le signe d’un collectif fort. D’un collectif qui gagne. Et donc d’une alchimie nouvelle. Le groupe de l’an dernier était miné par les querelles internes et sa mésentente a fait exploser l’équipe en plein vol dans la bulle Disney, un contexte très particulier où seuls les joueurs soudés pouvaient vraiment briller. Là, ça vit bien. L’arrivée de Serge Ibaka – le meilleur ami de Leonard – et le départ de Montrezl Harrell ont assaini les fondations. Les victoires aident aussi à renforcer les liens. Ty Lue a souvent été critiqué pour ses limites tactiques mais il est réputé pour être proche de ses joueurs. Ces derniers le suivent. Cette équipe tire enfin dans le même sens. Et vers le haut. Surtout que ce groupe, encore une fois, est revanchard. Les stars doivent se rattraper après leur échec lors des derniers playoffs. C’est d’ailleurs ça, le vrai point de séparation entre les Bulls et les Clippers. Kawhi Leonard et Paul George n’ont pas le mental de Michael Jordan et Scottie Pippen. Le talent non plus, même s’ils sont terriblement doués, mais surtout l’état d’esprit. La capacité à rester maître de son destin et de ne pas craquer. C’est tout ce qui manque à cette équipe des Clippers. Parce au-delà de ça, physiquement, dans le jeu, c’est sans doute la meilleure de la NBA. Mais attention justement. Attention à ne pas la sous-estimer. Contrairement à l’an dernier, elle navigue sous les radars et c’est certainement ce qu’il y a de mieux pour ses stars. Rira bien qui rira le dernier.