Analyse : Pourquoi Indiana doit laisser Roy Hibbert sur le banc

Le système avec deux intérieurs "traditionnels" des Indiana Pacers affichent ses limites face aux Atlanta Hawks. Il est temps de mettre Roy Hibbert sur le banc et de passer au "small ball". Un changement de style s'impose. Il y a urgence.

Antoine PimmelPar Antoine Pimmel | Publié  | BasketSession.com / MAGAZINES / Focus
Analyse : Pourquoi Indiana doit laisser Roy Hibbert sur le banc
L’effectif actuel des Indiana Pacers a été monté de toutes pièces par Larry Bird et les autres dirigeants de la franchise dans l’unique but d’affronter – et de battre – le Miami Heat en finale de Conférence. Ce n’est pas hasard si les forces de l’équipe coïncident avec les faiblesses des doubles champions en titre. Ce n’est pas un hasard si les éminences grises d’Indianapolis ont décidé de blinder la raquette – le talon d’Achille supposé du Heat – avec Roy Hibbert, David West, Luis Scola, Ian Mahinmi et même Andrew Bynum (hum). La belle résistance affichée lors des derniers playoffs (défaite en finale de Conférence au terme d’une ultime septième manche), la première moitié de saison époustouflante des joueurs de Frank Vogel et les deux victoires sur Miami (en décembre et en mars) ont donné raison aux Pacers. Leur système fonctionne face au Heat et ils avaient plus que jamais les cartes en main au sein d’une Conférence Est extrêmement faible. Mais la franchise en a oublié l’essentiel et elle se retrouve désormais à une défaite d’une élimination au premier tour qui sonnerait comme un tremblement de terre dans l’Indiana. Si Paul George et ses coéquipiers n’atteignent pas les finales NBA, on peut s’attendre à un remaniement de l’effectif (et du staff ?) cet été. Peut-être même un changement de direction, de vision. Mais les Pacers doivent-ils attendre d’être éliminés pour effectuer un virage à 180 degrés ? Les Atlanta Hawks de Mike Budenholzer – ancien assistant de Gregg Popovich aux San Antonio Spurs – exploitent au mieux les faiblesses du système de Frank Vogel et ils sont désormais en position de force pour atteindre le second tour des playoffs. Un homme se retrouve désormais au centre du débat : Roy Hibbert. Il est désormais clair que le pivot All-Star n’a plus sa place dans le cinq majeur, au moins face aux Hawks.
« Je ne sais pas encore, on verra », assurait Frank Vogel après le Game 3, perdu par les Indiana Pacers il y a quelques jours. « Il sera probablement titulaire (pour le Game 4 – NDLR). Je ne peux rien dire affirmer pour l’instant mais j’ai confiance en Roy. Il n’a pas très bien joué depuis le début de la série mais on ne va pas l’abandonné pour autant. On va trouver une solution. »
Frank Vogel et ses assistants ont longtemps cru en Roy Hibbert. Mais a-t-il seulement confiance en lui ? Impérial lors des playoffs 2013 – et les performances en playoffs valent plus que celles en saison régulière – le géant d’Indiana a perdu pied depuis plusieurs semaines. Illustration. [youtube hd="0"]https://www.youtube.com/watch?v=MVk09k-WWnM[/youtube]
« Au point où nous en sommes, je peux tout envisager », déclarait finalement Frank Vogel après une nouvelle défaite de son équipe dans le cinquième match de la série.
Les Indiana Pacers sont dos au mur. Ils n’ont plus le choix. Le réveil de Roy Hibbert – 4,8 points à 10/32 aux tirs – s’est fait attendre pendant trop longtemps. Il ne s’agit pas d’une punition envers le All-Star dont la force mentale n’est pas à la hauteur de ses capacités physiques. Le staff n’a peut-être pas encore tiré un trait sur lui et ils ont sans doute raison, nous ne sommes pas à l’abri d’un déclic psychologique en cas de bonne performance face à un adversaire qui convient mieux à Hibbert. Mais il faudra pour ça d’abord passer le premier tour et gagner à Atlanta, puis à Indiana lors d’un éventuel Game 7. Il ne s’agit pas non plus de remplacer « poste pour poste » Roy Hibbert par Ian Mahinmi, certes combatif. On parle là d’un changement de style des Pacers, d’un lifting complet.

Place au « small ball »

Si les rencontres entre les Atlanta Hawks et les Indiana Pacers ne sont pas un régal pour les yeux, elles sont riches en enseignement tactiques. Un constat saute d’abord aux yeux : les joueurs de Frank Vogel éprouvent toutes les difficultés du monde pour inscrire un panier. A contrario, les Atlanta Hawks dégagent un sentiment de facilité, même lorsqu’ils sont en manque de réussite. Les coéquipiers de Paul George pratiquent un basket axé sur l’attaque placée en demi-terrain mais on a surtout le sentiment qu’ils peinent à se mettre en rythme. Les tirs sont forcés, le plus souvent, et sont pris en fin de possession. A l’inverse, les Hawks font tourner la balle et dégainent derrière l’arc avant que la défense d’Indiana soit bien en place (ces fameuses sept premières secondes de possession durant lesquelles les défenseurs cherchent leurs repères furent la marque de fabrique des Suns sous Mike D’Antoni). Atlanta a remporté le Game 3 de 13 points (98-85), tout en affichant un vilain 2/16 derrière l’arc en première période. Imaginez donc l’écart si les joueurs de Mike Budenholzer avaient converti deux ou trois tentatives – dont plusieurs ouvertes – de plus en début de match ? Quand les Hawks jouent mal, ils gagnent. Quand ils jouent bien, ils étrillent les Pacers. Illustration du manque de solution des hommes de Frank Vogel sur l’attaque placée. Le spacing des Indiana Pacers est problématique. Sur l'exemple ci-dessus, Paul George n'a pas de place pour se frayer un chemin jusqu'au cercle. David West occupe tout l'espace au poste haut et Roy Hibbert est planté sous le panneau. Les Hawks (seulement la quatorzième meilleure défense de la NBA, 104,1 pts encaissés sur 100 possessions) n'ont qu'à se concentrer autour de la raquette pour empêcher les Pacers de marquer des paniers faciles. Pero Antic et DeMar Carroll couvre bien Paul George sur cette prise à deux, le pivot a pu intervenir rapidement sur la star des Pacers étant donné que tous les défenseurs des Hawks étaient autour de la raquette. Les passes pour Hill et Stephenson sont impossibles. David West s'est éloigné du cercle mais Paul Millsap l'a laissé s'écarter (West est à 25% à trois-points en carrière) afin de venir aider sur George et Hibbert, couvert par Kyle Korver (qui a déjà contré trois fois le géant au cours de la série...). Nouvelle illustration quelques secondes plus tard avec ce drive de David West. L'image se passe de commentaires...

Le déclic dans le Game 5 ?

Les Pacers étaient menés de 27 points au moment où Frank Vogel a osé – enfin – changer pour de bon son système. Jusqu’à présent, le coach d’Indiana avait tenté des changements de rotation (Rasual Butler est apparu avant de disparaître, George Hill et C.J. Watson alignés ensemble, etc) plus ou moins efficaces. Après seulement trois minutes et des poussières disputées dans le troisième QT, il a alors aligné un cinq « extra small » avec C.J. Watson et George Hill dans le backcourt, Paul George à l’aile, David West en cinq et Chris Copeland dans le rôle de l'intérieur fuyant. Un changement de style complet qui a porté ses fruits. A partir de ce moment-là du match, les joueurs d’Indianapolis ont dominé les Atlanta Hawks, certes branchés sur courant alternatif, 47-30. Ils sont même revenus à 9 points – après en avoir compté 30 de retard – pour finalement s’incliner 107-97.
« Ça a l’air d’avoir marché », avouait Lance Stephenson après la rencontre.
La franchise a peut-être enfin trouvé un système capable de perturber les Hawks. Ce cinq « small ball » a un profil similaire à celui proposé par Atlanta. Sauf que les joueurs des Pacers sont à priori plus talentueux (même si Frank Vogel manque encore cruellement de shooteurs à sa disposition pour vraiment mettre en place une telle philosophie de jeu) et meilleurs en défense. Avec de tels espaces, Paul George est le meilleur joueur sur le terrain. Il est assez puissant pour travailler son adversaire au poste bas (il doit cependant élargir sa palette offensive), quitte à provoquer des prises à deux pour ressortir la balle sur les shooteurs des Pacers, à savoir Hill (37% à trois-points en carrière), Watson (38%) ou Copeland (42%). Le jeu des Pacers est nettement plus espacé avec David West en point d'ancrage à l'intérieur, comme les Brooklyn Nets le font avec Kevin Garnett. West peut également s'écarter du cercle pour inscrire des paniers à mi-distance après pick&roll ou pick&pop, tout comme Luis Scola. Sur cette action, le joueur des Pacers a l'opportunité de ressortir la gonfle sur les shooteurs. Paul George est notamment tout seul à trois-points, dans le corner, le tir le plus recherché par les équipes NBA car considéré comme le plus efficace.

Chris Copeland titulaire ?

Chris Copeland a manqué ses cinq premiers tirs à son entrée en jeu. Mais sa présence a pesé sur la défense des Hawks, obligés de faire l’effort pour contester les tirs de l’ancien joueur des Knicks. Du même coup, les autres joueurs d’Indiana (George, Hill) ont pu attaquer le cercle en disposant de nettement plus d’espaces. C’est comme ça qu’ils sont revenus progressivement dans la parte cette nuit. Copeland a d’ailleurs fini par mettre dedans et il a terminé la partie avec 6 points. Un message fort pour son coach.
« Je vous l’avait dit », a-t-il balancé en revenant en défense. « Je lui avait dit de me faire confiance et il l’a fait. Il m’a laissé faire. J’allais rentrer des shoots. Je n’ai pas crié ça (« je vous l’avait dit ») seulement pour Frank Vogel. Même si j’avais manqué les dix premiers tirs, j’aurais mis les dix suivants. Je suis heureux que le coach m’ait donné cette opportunité même si je n’ai pas tout de suite été bon. Je serai encore meilleur au prochain match… si je joue. »
« Chipé » aux New York Knicks et signé pour 6 millions sur deux ans, Chris Copeland a très peu joué avec les Indiana Pacers cette saison (41 matches, 6 minutes en moyenne). Dans un mouvement de désespoir, Frank Vogel lui a offert sa chance… et il a peut-être trouvé un système qui convient mieux aux Pacers pour rivaliser avec les Hawks. A noter que ce cinq « small ball » est aussi plus efficace en défense. Les joueurs d’Indiana peuvent ainsi « switcher » sur chaque écran et mieux défendre la ligne à trois-points, le point fort d’Atlanta (39% de réussite en 151 tentatives, à noter que les Pacers affichent un très bon 40,5% mais en seulement 111 tentatives). Illustration. [youtube hd="0"]https://www.youtube.com/watch?v=okVwlhUqfjw[/youtube] Les Indiana Pacers n'ont plus le choix. Une défaite de plus face au huitième de la Conférence Est et tout ce pour quoi ils se sont battus pendant des mois sera effacé d'un revers de la main. Frank Vogel veut-il vivre et mourir avec ses idées et ses principes ? Veut-il laisser une chance supplémentaire à Roy Hibbert quitte à y jouer son poste ? Les Pacers ont encore une carte à jouer : le "small ball". C'est le moment où jamais de tenter le tout pour le tout car après, il sera trop tard.
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