Pourquoi le couple John Wall-Bradley Beal va mal finir

Comment faire lorsque vos deux meilleurs joueurs ne s'entendent pas, sur et en dehors du terrain ? C'est l'énigme que doit résoudre Scott Brooks s'il veut ramener les Wizards au premier plan.

Shaï MamouPar Shaï Mamou  | Publié  | BasketSession.com / MAGAZINES / Focus
Pourquoi le couple John Wall-Bradley Beal va mal finir
Lors d'une conversation en 2013, Kevin Séraphin nous avait lancé : "John Wall est fort, ne vous méprenez pas. Mais le type qui m'impressionne le plus dans l'équipe, c'est Bradley Beal. Il peut tout faire et je le vois aller très loin". Visiblement, les dirigeants des Washington Wizards ont à peu près la même haute opinion de l'arrière de 23 ans que leur ancien joueur, puisqu'ils n'ont pas hésité à lui offrir un contrat de 127 millions de dollars sur 5 ans cet été, faisant de lui l'élément le mieux payé de l'équipe. Les circonstances sont évidemment particulières avec la hausse du salary cap, mais Bradley Beal va tout de même toucher plus de 40 millions de dollars de plus que le franchise player désigné, John Wall, sur son deal actuel. Dans une équipe à l'atmosphère saine et pleine de camaraderie comme Golden State, où Stephen Curry, tout double MVP qu'il est, n'a que le quatrième salaire des Warriors, ça n'aurait sans doute pas posé problème. A Washington, où le manque d'affinités entre Wall et Beal est la marotte de la presse locale depuis quelques semaines, c'est un peu plus inquiétant. Depuis ses débuts en NBA à l'automne 2012, le natif de St Louis - où le rappeur Nelly, un ami de la famille, venait le chercher à l'école - a brillé, c'est indéniable. Présent dans le meilleur 5 des rookies en 2013 et auteur de quelques jolis coups de chaud en saison régulière comme en playoffs par la suite, l'ancien Gator de Florida a malheureusement été victime de problèmes physiques multiples. Sur 328 matches possibles, Beal n'en a disputé que 247, avec un historique de blessures qui aurait fait hésiter plus d'un General Manager au moment de lui offrir un tel pactole : le tibia droit et la jambe gauche en 2013, le poignet droit en 2014, l'orteil gauche, la cheville, l'épaule et la jambe droite en 2015, puis le nez et la hanche en 2016. Soit 9 maux différents et relativement sérieux en trois ans... [superquote pos="d"]"On a tendance à ne pas s'aimer sur le terrain avec Bradley..."[/superquote]John Wall, s'il a toujours reconnu le talent de celui que certains comparaient à Ray Allen à sa sortie de la fac, a eu du mal à cacher sa frustration face aux absences de son cadet. En quatre ans sous la coupe de Randy Wittman, les Wizards ont atteint les playoffs à deux reprises, affichant de belles promesses sur le plan du jeu. Le niveau de Beal dans ces rencontres, avant la non-qualification pour la post-saison en 2016, laissait présager un avenir radieux pour le backcourt de DC. Du moins tant que chacun restait dans son domaine de prédilection... John Wall est un passeur redoutable et un slasher formidable, mais un piètre shooteur, en dépit de progrès significatifs la saison dernière (35% à 3 points contre 30% en 2014-2015). Pas de problème, se disait-on, puisque Bradley Beal a lui le potentiel pour devenir l'une des meilleures gâchettes de sa génération. Sauf que ce dernier aime aussi avoir la balle en main, organiser le jeu et driver pour prouver qu'il n'est pas uniquement destiné à vivre au large. On l'a vu lors des deux campagnes de playoffs en question : Beal n'a pas hésité à agir comme un go-to-guy sans se demander si cela plaisait ou non à son coéquipier à la hype initialement supérieure. Wall a dû s'effacer et pas toujours dans la joie et la bonne humeur.

Kobe et Shaq, des exceptions

On ne peut pas reprocher aux deux garçons de dissimuler leur manque d'atomes crochus. L'un et l'autre se sont récemment épanchés dans la presse pour expliquer que leur relation se limitait au terrain. Si à chaque fois ils ont affiché le voeu pieu d'améliorer leur entente, ça ne paraît pas gagné.
"Il y a quand même pas mal de fois où a tendance à ne pas s'aimer sur le terrain avec Bradley. On doit être capables de mettre ça de côté. Quand quelque chose ne se passe pas comme on le souhaitait sur le terrain, il faut qu'on apprenne à se parler. Je suis l'option numéro 1, mais il doit être l'option numéro 1 bis. A la fac, DeMarcus Cousins et Eric Bledsoe savaient que l'attention médiatique était sur moi mais que je ne les laisserais pas derrière. C'est parce qu'on passait tout notre temps ensemble et que l'on a créé un lien indestructible", a ainsi lancé Wall sur CBS Sports au début de l'été, rapidement corroboré par Beal.
"C'est difficile parce qu'on est tous les deux des mâles alpha. C'est difficile quand deux gars croient en eux aussi fermement et parieraient sur eux-mêmes contre n'importe quel adversaire. Parfois, on perd de vue le fait que l'on a besoin l'un de l'autre. Je ne serais pas dans cette situation s'il n'y avait pas John et inversement. Après, c'est une question de fierté mais on doit la mettre de côté ou au moins atteindre nos buts individuels tout en réalisant ceux de l'équipe. On doit se projeter sur 5 ou 10 ans en tant que partenaires dans cette équipe".
[superquote pos="g"]"On est tous les deux des mâles alpha".[/superquote]C'est bien connu, on n'est pas obligés de s'apprécier pour bien travailler ensemble. Pendant un temps tout du moins. Kobe Bryant et Shaquille O'Neal se sont cordialement détestés en interne pendant des années mais ont tout de même réussi un three-peat que personne n'a su reproduire depuis. Pour les deux Lakers, les embrouilles hors terrain étaient compensées par le fait qu'il s'agissait de deux des joueurs les plus dominants de leur temps dans leur registre. Ce n'est pas le cas pour Wall et Beal, même si le premier peut se targuer d'avoir été sélectionné à trois reprises pour le All-Star Game. De plus, Kobe et Shaq n'avaient strictement rien à voir sur le plan du jeu et n'évoluaient pas dans la même zone. Les deux Wizards se partagent le backcourt et leurs palettes respectives sont en opposition frontale la plupart du temps. Si les Wizards ont décidé de confier les rênes de l'équipe à Scott Brooks, ce n'est pas uniquement parce qu'il a connu les Finales NBA avec OKC. C'est aussi parce qu'il a su faire cohabiter sur le terrain deux alpha-dogs aux besoins très importants : Kevin Durant et Russell Westbrook. Mais si les deux ex-compères du Thunder se sont parfois pris le bec en plein match, ils ont toujours été très proches en dehors du parquet. La mission est cette fois beaucoup plus relevée pour Brooks et de sa réussite risque de dépendre l'avenir à court et moyen terme d'une franchise qu'on a bien du mal à placer sur l'échiquier de la ligue à un mois de la reprise...
Contrat de John Wall : 85 millions de dollars jusqu'en 2019. Contrat de Bradley Beal : 127 millions de dollars jusqu'en 2021.
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