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Kawhi Leonard aux Raptors : ce que signifie le trade pour Toronto

Antoine PimmelPar Antoine PimmelPublié

Kawhi Leonard a donc été envoyé aux Toronto Raptors en l'échange de DeMar DeRozan. Décryptage de l'échange pour la franchise canadienne.

Las Vegas savait. Il y a une semaine, les Toronto Raptors étaient bombardés favoris pour accueillir Kawhi Leonard. Les bookmakers étaient mieux informés la plupart des insiders NBA. Et ce qui se passe à Vegas n’est pas resté à Vegas : l’ailier All-Star a bel et bien été envoyé dans le Canada en compagnie de Danny Green. DeMar DeRozan, Jakob Poeltl et un tour de draft (2019, protégé 1-20) ont pris la direction des San Antonio Spurs.

Le transfert laisse un goût amer. Il est presque… bizarre ? Paradoxalement attendu – Leonard avait fait comprendre qu’il voulait absolument se barrer – et quand même surprenant en raison de la destination finale du joueur boudeur. D’ailleurs, l’échange divise les avis tranchés : sur internet, il y a ceux qui pensent que les Dinos ont réalisé une sacrée affaire. D’autres qui estiment que les éperons s’en sortent très bien. Question de point de vue. Essayons d’y voir plus clair.

Toronto fait tapis !

Ambiance casino toujours avec ce « All In » posé par Masai Ujiri aux testicules aussi gonflées que son culot après avoir dégagé le visage de sa franchise (DeRozan) quelques jours après lui avoir assuré qu’il ne serait pas transféré. Le Président des Raptors joue peut-être son propre destin avec cette décision. Car une grande partie des fidèles du club n’ont pas apprécié la trahison envers le seul joueur majeur qui avait vraiment embrassé la ville et l’organisation. Et pour quoi ? Pour une superstar en fin de contrat qui tire la tronche et dont le désintérêt pour Toronto a été notifié avant même que l’échange soit officialisé.

Les Raptors vont tout miser sur cette saison 2018-2019. LeBron James a déserté la Conférence, son royaume qu’il a mis à feu et à sang pendant son règne. Huit années de domination sans partage et une zone désormais en cendres, laissée aux charognards prêts à s'entre-tuer pour enfin accéder au trône. Pour la première fois de leur Histoire, la franchise peut vraiment prétendre aux finales NBA. Il y a la place. Enfin.

Les finales NBA sont à portée de tir

Parce qu’avec Kawhi Leonard, le « Six » a mis la main sur un potentiel candidat au MVP quand il est en bonne santé. C’est plus fort que DeRozan. C’est surtout plus fort que DeRozan en playoffs. Associez-le avec l’autre arrivant, Green, ainsi que le jeune OG Anunoby et vous obtenez trois joueurs polyvalents capables de (très) bien défendre sur plusieurs postes tout en étirant le jeu au-delà de la ligne à trois-points en attaque. Les stats d’Anunoby lors de sa saison rookie ne font pas bondir d’une chaise – 5,9 points, 37% derrière l’arc – mais le jeune homme a un potentiel sacrément intrigant. Et c’est déjà un joueur d’impact. Ujiri a bien fait de ne pas l’inclure dans l’échange.

Les Raptors ont gagné 59 matches et ils ont donc remplacé leur star par une autre, encore plus efficace dans tous les compartiments du jeu. Plus moderne, aussi. Plus en adéquation avec le basket actuel. Ils ont réussi la manœuvre sans sacrifier les joueurs clés du banc : Fred VanVleet, Delon Wright ou Pascal Siakam. Nick Nurse, le nouveau coach, a un paquet d’options à sa disposition. Est-ce que c’est vraiment plus fort que Boston ou Philly ? Pas sûr. Mais Toronto a une belle carte à jouer.

Kawhi Leonard, un pari risqué

Par définition, faire tapis, c’est assumer le fait d’être en mesure de tout perdre. Et Kawhi Leonard est un pari… délicat. Déjà, on peut se demander si le joueur est en bonne santé. Il n’a disputé que neuf matches la saison dernière en raison d’une étrange blessure aux quadriceps. Les médecins des Spurs lui avaient donné le feu vert mais l’expert choisi par le camp du bonhomme prétendait le contraire. Bref, à ne rien y comprendre. Ce n’est pas rassurant. Surtout qu’il n’a plus été revu – du moins par le grand public et surtout les GM de la ligue – sur un terrain depuis. Pas même une petite vidéo d’un simple workout à 1 contre 0 pendant l’été. Nada. Il doit d’ailleurs encore passer sa visite médicale avant que le transfert soit complètement validé.

Puis il y a aussi évidemment sa situation contractuelle qui complique la donne ! KL peut se retrouver sur le marché dès 2019 en renonçant à la dernière année de son deal (à 21,3 M). Il aurait même déjà prévu de rejoindre l’une des deux franchises de Los Angeles, a priori les Lakers. Ce serait donc simplement une location d’un an pour Toronto. Un court séjour avant un retour à la maison pour le garçon originaire de la cité des anges.

Kawhi n'est pas Paul George

Les Raptors vont tenter une « Paul George ». Comme Kawhi, PG était annoncé avec insistance du côté de L.A. l’an dernier. Comme Kawhi, il a forcé son transfert. Et comme Kawhi, il n’a pas obtenu gain de cause puisqu’il a été envoyé non pas dans l’une des équipes californiennes mais au Thunder.

Sauf que George s’est plu à Oklahoma City. Il a donc décidé de rester fidèle à Russell Westbrook en signant un contrat max cet été. Les Raptors, qui disposent d’une organisation stable, d’une ville où il fait bon vivre et de l’une des meilleures bases de fans de la NBA, espèrent réussir pareil numéro. Mais Kawhi n’est pas Paul. Déjà, il n’y a pas un Westbrook à Toronto pour lui donner envie de rester. Ensuite, leurs personnalités sont différentes. Qui sait réellement ce que veut Leonard ? Qui sait qui il est ? Ou même qui sait réellement qui tire les ficelles ?

Une reconstruction à l’horizon

Si Leonard décide de se faire la malle d’ici un an – scénario le plus probable aujourd’hui – les Raptors repartiront de zéro. Ou presque. Mais, hey, de toute façon, la reconstruction semblait inévitable pour Toronto. Cette équipe ne pouvait tout simplement pas gagner le titre ni même rejoindre les finales NBA, l’objectif avoué depuis l’arrivée de Masai Ujiri à la tête de la franchise. Elle n’était pas favorite, même après le départ de LeBron James aux Lakers.

Leur valeur en playoffs peut sembler tronquée vu qu’ils ont été balayés par les Cavaliers au cours des deux dernières années. Ils s’en seraient peut-être mieux sortis en affrontant une autre équipe. Rappelons quand même que cette équipe de Cleveland était la plus faible de ces quatre dernières années. Les Raptors ont pris un sweep alors que les Pacers et les Celtics ont arraché trois manches à chaque fois. Ils ont connu des difficultés à ce stade de la compétition chaque année depuis l’avènement du duo Lowry-DeRozan. Ça n’allait pas au bout alors que les cadres prenaient de l’âge et que les finances étaient de plus en plus dans le rouge.

Ce groupe était amené à s’autodétruire un jour ou l’autre. Le processus avait même déjà commencé avec le licenciement de Dwane Casey, COY remplacé par son assistant Nick Nurse. La reconstruction allait arriver. Elle a été accélérée. Sauf qu’elle est aussi adoucie avec un potentiel run vers les finales avant de repartir sur de nouvelles bases – toujours en cas de départ de Kawhi en 2019.

Les Toronto Raptors, meilleurs sans DeMar DeRozan ?

Petite réflexion : est-ce que Toronto traversera vraiment une période de mou si la franchise venait à se retrouver sans Leonard ni DeRozan en 2019 ? La question qui paraît bête peut vraiment se poser. Les Raptors n’étaient clairement pas mauvais sans leur arrière All-Star. Au contraire. Petit point chiffré.

Saison régulière 2017-2018 :

Toronto avec DeRozan : +6,8 de Net Rating (seuls Jonas Valanciunas et Norman Powell affichaient un moins bon différentiel).
Toronto sans DeRozan : +9,2 de Net Rating (seul Norman Powell affichait un moins bon différentiel).

Playoffs 2017-2018 :

Toronto avec DeRozan : -7 de Net Rating (seul Jakob Poeltl, transféré à San Antonio, affichait un moins bon différentiel).
Toronto sans DeRozan : +11,4 de Net Rating (le pire différentiel de l’équipe).

Saison régulière 2016-2017 :

Toronto avec DeRozan : +3,3 de Net Rating
Toronto sans DeRozan : +8,3 de Net Rating

Playoffs 2016-2017 :

Toronto avec DeRozan : -10,6 de Net Rating
Toronto sans DeRozan : +7,3 de Net Rating

Les Raptors sont donc historiquement plus forts – et sur de gros échantillons – quand DeMar DeRozan n’est pas sur le parquet depuis deux ans. Son jeu unidimensionnel, c’est d’abord un scoreur même s’il a fait des progrès, axé sur le tir à mi-distance n’impacte que très peu le succès de son équipe. C’est pourquoi Sports Illustrated le classait aussi bas dans son traditionnel top 100 des meilleurs joueurs NBA. Et ce au grand regret du joueur qui pestait sa frustration et sa colère avant de se faire éliminer en playoffs quelques mois plus tard.

Alors, oui, il vaut mieux toujours se méfier des statistiques. Il était tout de même le meilleur joueur de l’équipe. Mais certainement pas le plus efficace. Son contrat (plus de 89 millions de dollars restants sur trois ans) était un boulet dans les finances du club. Si Kawhi part, les Raptors auront soudainement de l’espace sous le cap pour recruter l’un des autres joueurs majeurs disponibles en 2019. Pas sûr que l’un d’entre eux veuille mettre les pieds au Canada mais Ujiri retrouvera enfin de la flexibilité. Avec encore et toujours ce potentiel run vers les finales pour séduire. C’est risqué, certes, mais ça reste calculé. Il fallait le tenter.