Kawhi Leonard, pour l’éternité

Shaï MamouPar Shaï Mamou Publié

Kawhi Leonard a inscrit le premier game winner au buzzer sur un game 7 dans l'histoire des playoffs. Quoi qu'il arrive, le pari de Masai Ujiri a payé.

Dans quelques semaines, Kawhi Leonard choisira peut-être d'exporter ses talents loin de Toronto. L'ancien ailier des Spurs est libre de choisir sa prochaine destination. En offrant cette nuit aux Raptors le plus beau moment de leur jeune histoire, il s'est assuré une place à vie dans le coeur des fans. S'il part, ce qui reste une forte probabilité si on s'en réfère à ses envies initiales, Masai Ujiri aura dans tous les cas réussi son coup.

Le General Manager nigérian avait provoqué un séisme en tradant le chouchou local DeMar DeRozan, contre un joueur certes parmi les meilleurs de la ligue, mais dont l'envie de porter le maillot de Toronto et les plans à court terme avaient de quoi laisser sceptique. Le coup de poker s'est avéré payant et les Raptors ont rempli leur part du contrat en montrant autant de respect et d'admiration à Leonard que possible pour lui donner envie de rester.

Lui, de son côté, s'est assuré que l'on n'oublie jamais ces quelques mois passés dans l'Ontario.

It's alive, it's alive !

Kawhi Leonard
C'est la première fois que le visage de Kawhi Leonard montre autant d'expressions différentes.

Auteur de playoffs absolument exceptionnels statistiquement et en termes de leadership technique, "The Klaw" a qualifié son équipe pour la finale de Conférence contre les Milwaukee Bucks dans les ultimes secondes du game 7 contre Philadelphie. Pour parachever un chef d'oeuvre à 41 points et éviter une prolongation à l'issue incertaine, Kawhi Leonard a justifié les comparaisons avec les plus grands de ce sport qui pleuvent depuis quelques semaines. Un tir plus clutch que clutch, au buzzer et malgré la présence de Joel Embiid, et le numéro 2 des Raptors pouvait attendre, accroupi, la langue tirée, de voir son ballon entrer après avoir rebondi quatre fois sur le cercle. Un moment suspendu et interminable. Jamais un game 7 ne s'était décidé au buzzer dans l'histoire des playoffs.

Derrière, preuve que le garçon a un peu fendu la carapace depuis son arrivée au Canada, Kawhi exultait à sa manière, sortant de sa poker face habituelle pour être rapidement enseveli par ses coéquipiers en délire. En se relevant, Leonard haranguait Danny Green, le compagnon que Gregg Popovich a choisi de mettre dans sa valise lorsqu'il s'est résigné à laisser partir sa pépite.

Evidemment, l'ancien protégé de Pop avait retrouvé son calme après la tempête de bonheur qui a envahi la Scotiabank Arena. Ses propos, pourtant emprunts de satisfaction et d'émotion, n'étaient pas forcément en adéquation avec son visage, qui indiquait lui qu'il ne s'agissait que d'une partie du boulot et qu'il restait deux séries à gagner avant que sa mission ne prenne fin...

"C'était super. Un game 7 et un panier de la gagne, c'est quelque chose que je n'avais jamais connu auparavant. C'est une bénédiction d'avoir pu en arriver là. Et d'avoir mis ce panier à cet instant... Je savais qu'il me fallait essayer de créer un peu d'espace plutôt que de simplement faire du catch and shoot. J'ai fini par trouver ce spot. Je l'aime et sur lequel j'ai travaillé. Il me fallait juste shooter très haut ensuite".

Très haut, comme l'espoir qu'a suscité Kawhi Leonard chez les fans. Les Raptors ont depuis longtemps pris conscience qu'ils avaient dans leurs rangs un basketteur unique capable de mettre fin à des années de déception dans les moments-clés. Il s'agit maintenant de capitaliser sur ce niveau phénoménal tant qu'il est encore temps. L'opportunité de le faire va se présenter très vite, avec un challenge d'un genre encore différent. Pour la première fois depuis le début de la post-saison, Toronto ne sera pas favori de sa série. Un alien d'un genre encore différent va se présenter sur le chemin de Kawhi Leonard. Le duel avec Giannis Antetokounmpo est sans doute ce que l'on pouvait souhaiter de mieux pour le spectacle et la narration.