Larry Bird ? Non, Larry Legend !

Larry Bird ? Non, Larry Legend !

A force de travail et d'acharnement, Larry Bird a forcé le destin et le respect de ses pairs au point de devenir plus qu'un joueur exceptionnel : une légende.

Théophile HaumesserPar Théophile Haumesser  | Publié

Il était une fois, dans une ville perdue au beau milieu du grand nulle part de la cambrousse américaine, un drôle de petit bonhomme qui vivait avec ses parents et ses cinq frères et sœurs. Un gamin blond comme les blés avec de ces yeux bleus pales qui semblent vous traverser et vous percer à jour au premier coup d'œil et dans lesquels on décèle, dès l'enfance, une volonté inflexible d'aller jusqu'au bout de ses choix. Ce môme à la moue bêcheuse et au regard pétillant, c'est Larry Bird, et c'est à French Lick, à peine plus qu'un point de critérium sur une carte des Etats-Unis ou même de l'Indiana, que sa légende prend sa source.

Just a hick from French Lick

Pour comprendre Larry Bird, il faut comprendre d'où il vient. Dans les années 60, French Lick, commune de 2300 âmes, c'est l'image même de la pauvreté anodine des grands espaces états-uniens où chacun est obligé de jongler d'un job à l'autre pour pouvoir péniblement joindre les deux bouts. Sa mère doit même parfois cumuler deux emplois pour compléter la modeste paie de son père. S'il a conscience d'être pauvre, Larry n'en est pas pour autant malheureux. « Bien sûr, je savais que nous étions pauvres », raconte-t-il dans Drive, son autobiographie, « mais comme nos voisins et tout le monde autour de nous l'étaient aussi, nous n'avions pas de raison de nous sentir rejetés ou envieux. »

Dans ces conditions, Bird apprend dès l'enfance que la valeur d'une personne ne tient pas à la profondeur de son compte en banque, mais à l'ardeur que celle-ci met à la tâche. Tout au long de sa carrière, cette obsession du travail bien fait le poursuivra et le poussera à perfectionner inlassablement son jeu.

Larry BirdA l'origine, le basket n'est pourtant pas le sport favori du petit Larry qui était un fan mordu de baseball. Il aura fallu qu'il assiste à l'un des matches de lycée de son frère aîné Mark, pour qu'il tombe amoureux de la balle orange et qu'il décide de lui dédier le plus clair de son temps. « Je me suis vite aperçu que dès que je travaillais un aspect précis de mon jeu, mon corps s'adaptait en conséquence et je progressais très rapidement. » Dès lors, Bird et une poignée de ses camarades s'entraînent comme des acharnés en tâchant de mettre à profit tous les conseils que leur donne leur entraîneur de lycée.

A cette époque, il ne pense guère à devenir sportif professionnel, il n'a d'ailleurs jamais assisté au moindre match NBA et les seules images qu'il en a sont celles qu'il a glanées de-ci de-là à la télévision.

« J'étais un de ces gamins qui ne se projettent jamais dans l'avenir, se souvient-il. Avant d'arriver à la fac, je n'avais jamais imaginé que j'y jouerais un jour et c'est exactement pareil pour la NBA, je n'y avais jamais pensé avant de m'y retrouver. »

Les choses commencent pourtant à s'emballer puisqu'au terme de son passage au lycée, Larry est l'un des joueurs les plus courtisés du pays et tous les gros programmes (Kentucky, St. Louis, Indiana…) rêvent alors de mettre la main sur le jeune prodige.

Sous la pression de son entourage, Larry Bird choisit finalement de faire ses valises pour Indiana University, la prestigieuse faculté où exerce le redoutable, mais néanmoins fameux coach


. Malheureusement pour lui, Larry n'évoluera jamais sous ses ordres puisqu'il décide de quitter la fac avant même la reprise des entraînements. « Je me sentais perdu au milieu de ce campus », se souvient-il. « Je viens d'une petite ville et je n'étais pas à l'aise au milieu de toute cette foule. Après tout, je ne suis qu'un petit provincial de French Lick (just a Hick from French Lick). »

De la collecte d'ordures aux parquets de la NBA

Ayant renoncé au prestige de jouer pour IU, « l'oiseau » rentre au nid pour se mettre en quête d'un job et c'est ainsi qu'il devient cantonnier ! Réparer les panneaux indicateurs, tondre la pelouse, déblayer la neige ou même vider les poubelles, voilà à quoi il passe ses journées une année durant, avant que sa mère ne le convainque finalement de reprendre ses études. Et c'est finalement à Indiana State, une institution bien moins grande et renommée que IU, que LB prend réellement son envol.

En trois années, il va transformer cette équipe en véritable machine à gagner. En dépit d'un effectif peu fourni en talent, le coach Bill Hodge parvient à tirer le meilleur de ses troupes en leur faisant jouer un basket altruiste au possible et en profitant au maximum du talent de sa star naissante.

"Dès le début de ma carrière, les gens ont dit que je ne pouvais ni courir ni sauter, peut-être, mais en tout cas, je sais jouer."

 

A cette époque, Larry a atteint sa taille d'adulte (2,06 m) et possède déjà l'essentiel des qualités qui lui permettront d'atteindre les sommets. Lorsque l'on parle de Larry Bird, on évoque souvent son manque de capacités athlétiques et il est vrai que si on entend par-là le jump ou la vitesse, Larry n'était guère mieux doté que n'importe quel quidam pour rivaliser avec les meilleurs athlètes du pays.

Madame Nature ne s'est cependant pas montrée avare, puisqu'en plus de sa taille, elle a doté l'oiseau d'une coordination et d'une vision de jeu hors du commun. Ajoutez à cela un altruisme exacerbé, un sens de la passe unique pour un joueur de ce gabarit, une volonté farouche de se jeter sur chaque rebond ou ballon passant à sa portée et une qualité de shoot quasi « yougoslave » et vous comprendrez vite que Bird n'a jamais eu besoin de pouvoir dunker par-dessus un Fred Weis pour s'imposer parmi l'élite.

« Dès le début de ma carrière, les gens ont dit que je ne pouvais ni courir ni sauter, peut-être, mais en tout cas, je sais jouer », lançait-il fièrement.

Au fil des matches, sa réputation grandit et une véritable « Bird mania » gagne les Etats-Unis. Pour quelqu'un de réservé comme lui, la pression se fait trop forte et il décide durant sa dernière année de fac de ne plus du tout s'adresser à la presse, d'une part pour se protéger, mais aussi pour éviter que ses coéquipiers ne disparaissent complètement dans son ombre. Malgré ses efforts, la réussite d'Indiana State lors de sa dernière saison est perçue avant tout comme la sienne et lorsque les Sycamores parviennent à se qualifier pour la finale du tournoi NCAA pour y affronter Michigan State, les médias s'empressent de résumer ce choc à l'opposition des deux meilleurs joueurs du pays : Larry Bird Vs Magic Johnson.

Larry Bird : le dernier grand joueur blanc américain ?

Il y a des rencontres comme celles-là qui peuvent vous changer une vie. Après ce premier affrontement, remporté par Magic, les deux hommes resteront liés à jamais dans l'imaginaire des fans. Avec un peu de recul, on peut même dire qu'aucune autre rivalité, à part peut-être celle entre Wilt Chamberlain et Bill Russell, n'aura à ce point passionné et marqué le monde du basket. En plus de leur talent et de leurs personnalités, il se trouve que Magic et Bird ont rejoint les deux clubs les plus prestigieux et les plus titrés de la NBA, respectivement les Los Angeles Lakers et les Boston Celtics, ce qui leur permit par la suite de se retrouver face à face à trois reprises en finales NBA.

Larry Bird

Ce qui est sûr, c'est que ni les Lakers ni les Celtics n'auront jamais eu à se plaindre d'avoir choisi ces deux joueurs-là, même si les dirigeants de Boston eurent un choc en voyant leur rookie arriver en pré-saison avec un index droit complètement et irrémédiablement tordu après qu'il se le soit fracturé durant l'été en jouant au baseball. Alors que celui-ci ne connaissait pour ainsi dire rien de la grande tradition des C's et de leur mythique Boston Garden, il se fondit pourtant immédiatement dans l'état d'esprit de gros bosseurs de ces « cols bleus » de la NBA.

Durant ses neufs premières saisons dans la grande ligue, Larry Bird ne fut rien moins qu'exceptionnel. Loin d'être un simple shooteur ou scoreur d'exception, il était l'archétype même du « all-around player » comme ses statistiques en carrière en attestent : 24,3 points à 49,6% de réussite, 10,0 rebonds, 6,3 passes décisives et 1,73 interception par match. Ce qui est d'autant plus impressionnant, c'est qu'il ait pu enregistrer de telles stats dans un effectif aussi complet et compétitif que celui de Boston, qui comptait nombre d'autres grand joueurs (Kevin McHale, Robert Parish, Tiny Archibald, Dennis Johnson…).

"Larry Bird se contente de jeter la balle en l'air et Dieu déplace le panier en dessous."

 

Avant que les blessures ne commencent à s'acharner sur lui et ne ternissent les quatre dernières saisons de sa carrière, Bird dominait la NBA au point qu'on le considère à l'époque comme un sérieux prétendant au titre de GOAT. Il est d'ailleurs l'un des trois seuls basketteurs à avoir glané le trophée de MVP trois saisons d'affilée (de 1984 à 1986), les deux autres étant Wilt Chamberlain et Bill Russell.

« Beaucoup de joueurs sont capables de dominer un match dans les derniers instants d'une rencontre, mais seul Larry Bird est capable de le faire dès les premières minutes du match », déclarait même à son sujet son adversaire et ami, Magic Johnson.

Certains jours, lorsqu'il prenait vraiment feu, on pouvait même voir les remplaçants adverses se prendre la tête à deux mains ou tomber à la renverse après ses actions d'éclat.

Un soir où il avait littéralement écœuré les Milwaukee Bucks, le speaker du club ne trouvait qu'une seule explication pour décrire ce qu'il venait de voir : « Larry Bird se contente de jeter la balle en l'air et Dieu déplace le panier en dessous ».

Lors de ses années de MVP, il arrivait que Bird s'ennuie tellement au cours de la saison qu'il s'adonnait alors à des jeux tout personnels, du genre : « Ok, maintenant je vais mettre trois bras-roulés main gauche et après il faut que je mette deux tirs à trois-points en allant sur ma droite », ce genre de choses… Des joueurs des Hawks se souviennent certainement encore d'un Larry Bird les chambrant à chaque fois qu'il passait devant leur banc, un soir où il avait décidé de shooter main gauche et qu'il s'écriait « Left hand, left hand ! » après chaque nouveau panier inscrit.

Toujours au registre de ses plus fameuses anecdotes, impossible d'oublier le coup de pression qu'il mit à ses adversaires lors du premier concours de shoots à trois-points du All-Star Game : après avoir soigneusement attendu que tous les concurrents soient entrés dans les vestiaires, ce bon vieux Larry se pointa alors en demandant : « Alors, lequel de vous va terminer deuxième ce soir ? ».

Aujourd’hui encore, l'Amérique se cherche toujours un successeur à ce grand blond ambidextre et moustachu, à la gouaille de tôlier de pub irlandais. Une fois encore, c'est Magic qui trouva les mots justes pour exprimer le vide laissé par Bird :

« Larry, depuis que nous nous connaissons, tu ne m'as menti qu'une seule fois, c'est quand tu m'a affirmé qu'il y aurait un jour un autre Larry Bird. Mais ça n'arrivera jamais. »

Fiche ID

Larry, Joe Bird
Nationalité : Américaine
Lieu de naissance : West Baden, Ind.
Taille : 2,06 m
Poids : 100 kg
Poste : Ailier
Résidence : Indiana
Débuts professionnels : 1979
Equipes : Indiana State (NCAA), Boston Celtics
Draft : Sélectionné en 6ème position par les Boston Celtics, en juin 1978
Palmarès : Finaliste du tournoi NCAA en 1979, Rookie Of The Year en 1980, Champion NBA en 1981, 1984 et 1986, MVP en 1984, 1985 et 1986, MVP des finales en 1984 et 1986, douze fois sélectionné pour participer au All-Star Game, MVP du All-Star Game en 1982, vainqueur du concours de tirs à trois-points du All-Star Game en 1986, 1987 et 1988, Champion olympique avec la Dream Team en 1992, désigné en 1996 comme l'un des 50 plus grands joueurs de l'histoire, membre du Hall of Fame depuis 1998, élu coach de l'année en 1998 avec les Indiana Pacers

Le meilleur de Larry Bird

Les stats de Bird en carrière

Per Game Table
SeasonAgeGMPFG%3P%TRBASTSTLTOVPTS
1979-80238236.0.474.40610.44.51.73.221.3
1980-81248239.5.478.27010.95.52.03.521.2
1981-82257738.0.503.21210.95.81.93.322.9
1982-83267937.7.504.28611.05.81.93.023.6
1983-84277938.3.492.24710.16.61.83.024.2
1984-85288039.5.522.42710.56.61.63.128.7
1985-86298238.0.496.4239.86.82.03.225.8
1986-87307440.6.525.4009.27.61.83.228.1
1987-88317639.0.527.4149.36.11.62.829.9
1988-8932631.5.4716.24.81.01.819.3
1989-90337539.3.473.3339.57.51.43.224.3
1990-91346038.0.454.3898.57.21.83.119.4
1991-92354536.9.466.4069.66.80.92.820.2
Career89738.4.496.37610.06.31.73.124.3
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Generated 3/25/2020.

Cet article est paru à l'origine dans le numéro 12 du magazine Tyler.

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