LeBron James ou Michael Jordan, qui a défié les équipes les plus coriaces en finales NBA ?

LeBron James ou Michael Jordan, qui a défié les équipes les plus coriaces en finales NBA ?

Nick Young estime que, contrairement à Michael Jordan, LeBron James a quasiment toujours affronté des superstars en playoffs. On a fait notre petite analyse.

Antoine PimmelPar Antoine Pimmel | Publié  | BasketSession.com / MAGAZINES / Analyse

Tout est parti d’un tweet de Nick Young. Dès ce moment-là, on pouvait deviner que ça allait mal finir. Le célèbre « Swaggy P » voulait rendre hommage à LeBron James. Sauf que, souvent, dans ces cas-là, les partisans du King – ou autre – ont la mauvaise idée de saluer ses performances… en les comparant à celles d’une autre légende. Et dans le cas du natif d’Akron, c’est quasiment toujours en opposition avec Michael Jordan. Au passage, ça en dit long sur le niveau de jeu atteint par le numéro 23 (des Lakers). Il est le seul dans la discussion avec Jojo, et rien que ça, c’est fort. Bref. La parole à Mr. Young :

« Pour moi, MJ n’a jamais affronté de superstars en finales à part un Magic déjà vieux en 1991. Il jouait surtout contre des stars. C’est la première fois de sa carrière que LeBron ne joue pas contre des superstars en finales… ce que je veux dire par superstars, je parle de Curry, de KD, de Duncan, des gars qui sont dans le top trois de tous les temps sur leur position. »

Ce bon vieux Nick s’est évidemment fait détruire par la toile après son intervention. Il y a plusieurs passages intéressants dans ce tweet. Déjà, il fait justement la distinction entre « star » et « superstar ». Cette nuance existe vraiment. Nous avons essayé de la définir récemment, après qu’une grande partie des médias s’empressaient de qualifier de Jamal Murray de « superstar ». Non, il n’en est pas une. Il y a donc une différence. Une superstar, c’est un joueur capable de prendre une franchise et de la mener au titre en étant la première option, le patron, de son équipe. Ça se compte sur les doigts d’une main (ou une main-et-demie, allez) par saison. Young évoque lui des « top-3 All-Time sur leur position. » Alors, déjà, avant de parler de Jordan et de ses adversaires, concentrons-nous sur ceux de James.

Au fait, c’est quoi, une superstar NBA ?

En 2007, un jeune roi sans couronne se présentait contre les terribles San Antonio Spurs avec un effectif dégueulasse des Cleveland Cavaliers. Pour ceux qui ne se souviennent plus : du Sasha Pavlovic, Zydrunas Ilgauskas sur quatre orteils, Boobie Gibson. Ingérable. Ça s’est terminé par un sweep. Sans aucun suspense. Et oui, LBJ faisait face à trois futurs Hall Of Famers : un Tim Duncan encore dans la force de l’âge (30 ans), un Manu Ginobili virevoltant avec encore des cheveux (29) et un Tony Parker en pleine ascension (24).

Quatre ans après, en 2011, un James sous tunique du Heat retrouvait les finales NBA avec la grande étiquette de favoris cette fois-ci. Il y avait encore une superstar en face. Dirk Nowitzki, 32 ans. Et un Jason Kidd en toute fin de parcours, 37 balais et cramé comme pas possible. Mais ce que Young oublie, ou ne mentionne pas, c’est que Miami comptait aussi Dwyane Wade et Chris Bosh dans ses rangs. C’est une série que les Floridiens n’auraient jamais dû perdre. Et bien ils l’ont perdu.

 

 

Dès l’année suivante, le retour des ‘Three Amigos’. Pour un duel avec le Thunder. Celui de Kevin Durant, Russell Westbrook et James Harden. Trois MVP. Enfin… trois futurs MVP. Parce qu’à l’époque, c’est respectivement 23, 23 et 22 ans. Quasiment aucune expérience. KD était déjà une superstar. Mais pas Westbrook et Harden, loin de là. Le barbu jouait même sixième homme de luxe (et il défendait bordel !). C'est-à-dire à quel point ça remonte. Miami comptait toujours Bosh et Wade en plus du King. L’argument n’est donc pas valide. Ou alors, si OK, il y avait de la star en face. Mais le Heat restait favori. Largement. Le 4-1, pour la première bague de James, va dans ce sens.

2013, encore des finales – ça va être long il en a joué 8 de suite le garnement. Retrouvailles avec les Spurs. Il faut savoir que 2013, c’est la meilleure saison en carrière de LeBron James. L’apogée de son apogée. Historiquement, difficile de trouver plus fort autrement qu’en se penchant du côté de Chicago. Donc toujours les mêmes. TP, Duncan, Gino. Avec Kawhi Leonard en plus. Mais qu’est-ce que c’est gonflé de parler de superteam. Ça, c’est une manière de réinventer l’Histoire. Les Spurs semblaient vieux ! C’est ce qui se répétait en boucle : ils sont vieux ! 36 ans pour Timmy ! 35 pour Manu ! Seul Tony, avec ses 30 printemps, était encore dans la meilleure période de sa carrière. Et Kawhi restait un joueur de devoir. C’est au bout de sept manches et grâce – en autres – à un panier miraculeux de Ray Allen que le Heat l’a emporté.

 

Un an après, la revanche. Théoriquement, les Spurs devaient être carbonisés. Momifiés. Mais surtout déterminés. Animés par l’esprit de vengeance. Duncan courait à peine, Ginobili n’avait plus de cheveux, Parker tenait le choc mais c’est surtout l’explosion de Leonard qui leur a permis de compléter leur chef-d’œuvre en pratiquant un basket fantastique. Devinez quoi ? Miami était favori de ces finales. Mais chut, tout le monde l’a oublié en regardant des compilations YouTube des plus belles extra-passes des hommes de Gregg Popovich.

En 2015, on passe sur le début dans une nouvelle ère. LeBron James contre les Golden State Warriors. Ce n’est même pas une vanne. Comment définir autrement ces finales quand le quadruple MVP avait pour meilleurs coéquipiers Matthew Dellavedova et Tristan Thompson ? Sur le papier, les Cavaliers pouvaient faire figure de favoris si Kyrie Irving et Kevin Love ne s’étaient pas blessés. Mais voilà, ils étaient outs. Notons que si ces Warriors sont aujourd’hui dans l’Histoire, une partie du public considéraient que Klay Thompson et Draymond Green étaient des « faux All-Stars ». Stephen Curry, par contre, sortait de son premier MVP.

Acte II en 2016. Contre une formation californienne à 73 victoires sur la saison. Qui menait 3-1. Ce titre est clairement l’un des plus beaux de tous les temps. Un accomplissement immense dans la carrière de James. Il avait trois All-Stars en face. Il en avait deux à ses côtés. Ça reste magnifique.

Pour la belle, les Warriors ont eu la lumineuse idée d’ajouter Kevin Durant à leur effectif – ben oui, pourquoi pas ! – et là, c’était clairement déséquilibré. C’est presque injuste de compter cette défaite, et celle de l’année après, dans le bilan de LeBron James. Donc on va directement embrayer sur 2018. Un 4-1, un 4-0. Là, normalement, ça lâche la manette.

Conclusion : sur ces neuf finales, dix en comptant celle-ci, LeBron James n’a pas toujours affronté des « super teams ». Et parfois, quand ce fut le cas, lui aussi bénéficiait d’une armada aussi forte, voire encore plus impressionnante sur le papier. Allez, place à MJ – même si oui, on sait, vous avez tous vu The Last Dance donc on va faire plus vite.

LeBron James est-il le meilleur joueur de l’histoire des playoffs ?

Pour son baptême du feu, en 1991, Michael Jordan s’est retrouvé contre Magic Johnson. « Old Magic » selon Nick Young. Ben… pas tant que ça. 31 ans. C’est juste que ça résonne aujourd’hui comme sa fin de carrière puisque sa maladie (VIH) l’a poussé à arrêter. Mais à l’époque, ça rapporte encore 19 points, 7 rebonds et 12 passes de moyenne. Dans la lignée totale de ses moyennes en carrière. James Worthy, 29 piges à ses côtés. Jordan était juste au-dessus. Et c’est le passage de témoin.

En 1992, les Bulls rencontrent les Trail Blazers. OK, potentiellement une seule superstar en face : Clyde Drexler. Et oui, si on prend la définition de Young, il ne fait partie des trois meilleurs joueurs de tous les temps sur sa position. Mais c’était un pur crack à l’époque ! Un membre de la « Dream Team » ! Même si, dans l’idée, ça reste effectivement peut-être plus faible que certaines équipes affrontées par LeBron James au cours de sa carrière.

93, parmi les plus belles de l’Histoire. Un affrontement mythique avec les Suns de Charles Barkley. Et désolé, mais « Sir Charles » est une superstar. Pas juste une star. Petit interlude baseball.

Retour en 1996. Les grands taureaux. 72 victoires. Du Phil Jackson, du Dennis Rodman. Une saison plus bonne que la plus bonne de tes copines. Et surtout un Michael Jordan au sommet. En finales, ce sont les Sonics de Gary Payton et Shawn Kemp. On est d’abord pour dire que ce ne sont pas des superstars. Enfin, si, GP l’était et Kemp aussi. Mais c’est vrai qu’un Payton n’a pas la même place dans l’Histoire qu’un Durant, un Duncan ou un Nowitzki. Ce n’est pas un blasphème. C’est une légende. Clairement. Mais ce n’est pas l’un des vingt meilleurs basketteurs de tous les temps. D’ailleurs, les Bulls se sont baladés pendant une partie de la série avant que Payton sorte le grand jeu.

Puis il y a eu le double affrontement avec le Jazz. Et là, encore une fois, nous ne sommes pas d’accord avec Nick Young. Ce n’était pas juste une équipe de « stars ». Karl Malone ne peut pas être relégué dans cette catégorie. Il était d’ailleurs considéré comme le meilleur joueur de l’Histoire à son poste à ce moment-là (pas encore de Duncan et compagnie). Avec un meneur emblématique, John Stockton, à ses côtés.

Dans l’ensemble, LeBron James a peut-être effectivement défié plus de « super teams » que Michael Jordan. Mais c’est aussi une question d’époque. Parce qu’à l’inverse, le King a lui aussi évolué plus souvent au sein d’une franchise où s’associaient les superstars. Dennis Rodman est un Hall Of Famer mais il ne peut pas être considéré dans cette catégorie, contrairement à un Dwyane Wade par exemple. Personne ne gagne seul. Ni James, ni Jordan. Même s’ils donnent lieu à toutes les prises de tête, et même s’ils n’ont aucun sens vu qu’il est difficile de comparer les périodes, les débats restent intéressants. Mais, selon nous, Nick Young n’est pas tout à fait dans le vrai. Voire carrément à côté de la plaque. Damm, plus de 1600 mots pour arriver à cette conclusion…

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