Les stars ne veulent plus jouer avec LeBron (sauf Davis)

Antoine PimmelPar Antoine PimmelPublié

La tournure prise par la Free Agency cet été démontre que LeBron James n'a plus la même influence auprès de ses pairs en NBA.

Invité sur le plateau d’ESPN lors de son passage à Las Vegas, Damian Lillard a bien résumé la mécanique actuelle de la construction des équipes NBA. Selon lui, les dirigeants et les coaches ont de moins en moins d’influence sur les décisions des stars et ce sont finalement les joueurs eux-mêmes qui ont pris le contrôle du processus. Ce sont eux qui décident où et quand s’associer. Ils ont le pouvoir. Voilà à quoi ça se tient pour bâtir un groupe qui peut viser les sommets. Qui veut jouer avec qui ? Par exemple, qui veut jouer avec LeBron James aujourd’hui, en 2019 ? Une question à laquelle Kevin Durant avait répondu dans un article publié sur Bleacher Report en décembre dernier et intitulé « pourquoi personne ne veut jouer avec James. »

« Tout dépend du joueur que vous êtes. Si vous êtes Kyle Korver, ça a du sens. Si vous êtes un joueur plus jeune comme Kawhi [Leonard], s’associer à LeBron a moins d’intérêt. Kawhi aime avoir la balle entre ses mains, dicter le tempo, contrôler l’attaque. C’est comme ça qu’il aime jouer. Ces gars-là n’ont pas besoin d’un autre joueur [majeur] à côté. »

Il y a là une idée à creuser. Mais comprenons d’abord KD. Il mettait là en avant le fait que, selon lui, les superstars NBA n’avaient pas d’intérêt – et donc d’envie – à rejoindre James aux Los Angeles Lakers. Son point de vue était d’autant plus intéressant puisqu’il était encore un futur agent libre à l’époque. Cette intersaison devait donner des indications sur la dynamique de la ligue et l’éventuelle baisse d’influence du King.

Huit des vingt-quatre All-Stars 2019 se sont retrouvés sur le marché. Aucun d’entre eux n’a rejoint les Lakers. Six des trente meilleurs joueurs du monde – Kevin Durant, Kawhi Leonard, Kyrie Irving, Klay Thompson, Jimmy Butler et Al Horford – étaient disponibles. Aucun d’entre eux n’a rejoint les Lakers. Ils n’ont pas forcément recalé la franchise hollywoodienne. Soit parce qu’ils avaient tout simplement envie d’aller ailleurs soit parce qu’ils n’ont pas été approchés par les dirigeants californiens. Mais le constat reste le même : L.A. n’a signé aucune de ces stars.

Leonard a pourtant montré qu’il voulait absolument débarquer dans la cité des anges. Il a quitté les Toronto Raptors quelques semaines après y avoir gagné le titre NBA. Incroyable. C’est dire à quel point il voulait rentrer à la maison, lui qui a grandi à Riverside, à un peu moins d’une heure de route du Staples Center. Il n’a pas choisi les Lakers pour autant. Il a préféré signer chez les voisins, les Clippers, franchise qui n’a jamais rien gagné et qui n’a évidemment pas le prestige de ses rivaux à l’échelle locale, nationale et internationale.

Une hypothèse consiste à mettre en avant le fait que le MVP des finales 2019 n’a pas voulu se mêler à d’autres stars. Mais c’est faux. Complètement faux, même. Au contraire ! Il a absolument cherché à recruter un autre joueur majeur. C’était carrément une condition pour signer aux Clippers. Sans ça, il serait peut-être même resté à Toronto. Leonard a d’abord contacté Durant. Ce dernier a été intrigué mais il s’en est tenu à son plan initial, à savoir s’associer avec ses amis Kyrie Irving et DeAndre Jordan. Alors il s’est tourné vers Paul George.

Après une rencontre, des SMS et des appels, PG a contacté Sam Presti, le GM du Thunder, afin de demander à être transféré. Un an après s’être engagé pour quatre saisons avec Oklahoma City. Il a obtenu gain de cause. Les deux ailiers vont donc former un tandem impressionnant chez les rouges et blancs. Si Kawhi n’était pas contre l’idée de partager la gonfle avec une autre star, il est facile d’en déduire qu’il n’était pas franchement emballé à l’idée de jouer avec James. Ce qui avait d’ailleurs déjà été rapporté par Adrian Wojnarowski dès la signature de LeBron James aux Lakers en 2018.

Justement, cette intersaison 2018. L’arrivée du natif d’Akron à Los Angeles se profilait à l’horizon depuis presque un an. C’était un secret à peine gardé. George le savait. Lui aussi voulait venir en Californie. Il a grandi à Palmdale, là encore à un peu moins d’une heure de la mégalopole. Il avait donc l’opportunité d’aller partager le ballon avec une superstar pour qui il n’a jamais caché son admiration. Pourtant, il a surpris son monde en faisant le choix de rester au Thunder. Et donc de bouder les Lakers – les supporteurs des mauves et ors l’ont mal pris.

Voilà qu’un an plus tard, Leonard contacte George et ce dernier se met à faire des pieds et des mains pour rejoindre L.A. Il a sauté sur l’occasion sans hésiter. Il venait à peine de jurer fidélité à Oklahoma City et il n’a pas hésité à faire marche arrière. Pour Kawhi. Ce qu’il n’a pas fait pour LeBron. Ce n’est pas anodin.

Durant a aussi été pressenti aux Lakers à un moment. Mais il voulait jouer avec Irving, pas James. Le constat est le même pour « Uncle Drew ». Il y a eu des rumeurs d’une éventuelle réunion entre Kyrie et LBJ au cours de la saison. Mais ça ressemblait fort à du fantasme de journalisme. Les événements récents ont prouvé que c’était du vent. Nous avons appris depuis que ça fait déjà bien longtemps que KD et Irving ont pris la décision d’unir leurs forces. Et ce n’était clairement pas à Los Angeles qu’ils comptaient le faire.

Alors pourquoi ? Pourquoi LeBron James n’a-t-il plus le même pouvoir d’attraction ? C’est sans doute d’abord de sa faute. Le quadruple MVP aime tout contrôler. Plus que ça, ça a l’air d’être un besoin pour lui. Il aime avoir son emprise sur le jeu. Déjà, il faut comprendre qu’il a un QI basket supérieur à quasiment n’importe quel joueur NBA. Il répète sans cesse qu’il a cette détermination à « faire le bon choix » à chaque action. C’est l’ADN de son jeu. Le problème, c’est qu’il n’a pas forcément la confiance pour déléguer cette prise de décision à ses coéquipiers. Il va leur faire des passes quand ils seront en position pour tirer. Et c’est pour ça qu’il se dit altruiste. Mais il ne va pas souvent les laisser créer.

C’est handicapant pour une deuxième star souvent obligé de changer son jeu, soit pour évoluer sans le ballon (Dwyane Wade qui a été énorme dans ses coupes au Heat), soit pour shooter (Chris Bosh, Kevin Love). Vous imaginez Kawhi Leonard s’en contenter ? Bien sûr que non. Kevin Durant ? Paul George ?

Le pire, c’est que cette emprise, ce contrôle, ne se limitent pas au terrain. LeBron James cherche aussi à prendre les commandes de la narrative. Il a « ses » journalistes, ce que Durant mettait aussi en avant en parlant de « fanboys » dans les médias. Quand James veut exprimer une idée sans ouvrir la bouche, il fait parler – via son entourage – un insider qui donnera un papier en UNE d’ESPN. Il y aussi ses tweets et ses déclarations teintées d’ironie. Son cercle puissant qui fait pression sur les franchises. C’est un cirque permanent.

« Il y a tellement de hype qui accompagne le fait d’être avec LeBron. Il a tellement de fanboys dans les médias. Même les journalistes rampent devant lui. Je me dis ‘Nous jouons au basket, et parfois ce n’est même pas lié au basket.’ Donc je comprends pourquoi quelqu’un ne voudrait pas être dans cet environnement car il est toxique. Surtout avec toute cette attention merdique. Ce n’est pas du tout la faute de LeBron. C’est juste le fait qu’il y a tellement de groupies dans les médias qui sont pendus à ses lèvres et au moindre mot qu’il prononce. Barrez-vous et laissez-nous jouez au basket », ajoutait Durant (Via Basket-Infos).

Ça passait à une époque où LeBron James était de loin le meilleur joueur du monde. Mais ce n’est plus le cas. Les stars actuelles – du moins au moins deux ou trois – font jeu égal avec lui. Leonard est plus fort. Durant aussi. LeBron prend de l’âge et ne défend presque plus. Même Brandon Ingram montrait des signes d’agacement la saison dernière ! Le jeune ailier prenait carrément les matches à son compte en fin de saison. En voilà un qui était bien content de quitter Los Angeles.

C’est tout simplement une légende qui décline. C’est aussi pour ça qu’il voulait absolument obtenir un soutien. Seul Anthony Davis a accepté la mission. Et pour cause, ils ont le même agent – un agent qui lui a visiblement retourné le cerveau (il fut une époque récente où A.D. voulait jouer pour Boston et ne s’en cachait pas). Puis Davis a moins besoin de la balle. Leur duo devrait fonctionner à merveille. Car n’oublions pas que même si LeBron James est une légende sur la phase descendante de sa carrière, ça reste une légende qui sera déterminée à prendre sa revanche après avoir manqué les playoffs. Et ça, ça peut faire très mal.