Steve Francis, dealer à 18 ans, joueur NBA à 22

Steve Francis fête ses 43 ans aujourd'hui. L'occasion de revenir sur ce texte où il avait raconté l'enfer de ses jeunes années.

Antoine PimmelPar Antoine Pimmel | Publié
Steve Francis, dealer à 18 ans, joueur NBA à 22

Steve Francis est un sacré personnage. Il l'était déjà quand il drivait à toute vitesse dans les raquettes NBA, glanant au passage trois sélections pour le All-Star Game quand il portait encore les couleurs des Houston Rockets. Du bling-bling. Des mots crus. Des vannes. Une icône dans le Texas dont la carrière a fini par dérailler après son transfert à Orlando - Tracy McGrady effectuant le chemin inverse - en 2004. Mais pour comprendre le bonhomme, il faut connaître son histoire tellement particulière. "Franchise", qui fête ses 43 ans aujourd'hui, avait pris sa plus belle plume pour la raconter lui-même sur le Players Tribune. Le récit est dur. Touchant. Bouleversant. Extraits.

« Quatre ans avant de prendre l’avion avec Hakeem Olajuwon, quatre ans avant de défier Gary Payton, je vendais de la drogue à un coin de rue de Takoma Park dans le Maryland. Ma mère était décédée. Mon père en prison. Nous vivions à dix-huit dans un seul appartement. J’avais quitté le lycée. Pas d’études. Rien. Je construisais mon empire de la drogue toute la journée en essayant de ne pas me faire voler. Je jouais au basket le soir. Je n’essaye pas de glorifier le trafic de drogues.

Mais il faut comprendre d’où je viens. J’ai grandi à D.C. dans les années 80 au moment de l’épidémie de crack. Le crack a dévasté toute notre communauté. C’était comme un fléau. Je l’ai vu. Je l’ai vécu. Et je l’ai vendu. Mon père était réputé à D.C. Mes grands frères aussi. Mais ma mère a insisté auprès d’eux pour que je ne sois jamais mis là-dedans. J’ai eu mon premier boulot à dix ans. Je faisais le « phone boy ». C’était facile. Je devais juste attendre près de la cabine téléphonique, l’air innocent. Et quand le téléphone sonnait, je devais décrocher. C’était toujours des gens qui cherchaient de la drogue ou des prostitués. Je leur indiquais où trouver les dealers et je faisais ça toute la journée.

Je suis resté sur ce coin de rue, à faire ce que je devais faire pour survivre. J’ai été braqué un million de fois. Je me suis fait tabasser un million de fois. Mais, honnêtement, les fusillades, ce n’est pas ce qui me faisait le plus peur. C’était… naturel. Le plus flippant, c’était la drogue. Les seringues. Les camés étaient partout. Des infirmières, des profs, des facteurs. Le maire, Marion Barry. Des zombies partout. J’ai arrêté complètement de jouer au basket quand ma mère est décédée du cancer. J’avais dix-huit ans. Mon implication dans le trafic de drogue est alors grimpée en flèche.

J’ai eu une opportunité pour me barrer. C’était la faculté de San Jacinto au Texas. Ma grand-mère m’a convaincu que c’était ce que ma mère voulait pour moi. C’était un choc culturel. 30 000 blancs et moi. Mais j’avais de la stabilité. Un lit. Une place dans un effectif. Puis je suis allé à l’université de Maryland à 21 ans. Pensez juste à ça : à 18 ans, je vendais de la drogue et je me faisais braquer. A 22 ans, j’étais drafté et je serrais la main de David Stern. »

L'histoire vaut le détour. Steve Francis y raconte son enfance mais aussi ses débuts en NBA, le trashtalking de Gary Payton, l'arrivée de Yao Ming... le tout dans son style si caractéristique. Cru mais vrai. Comme lui.

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