Lakers, des projections peu optimistes

Les Lakers ont battu Toronto 131-125 dimanche soir, portés par les 45 points de Luka Doncic. Ils menaient 102-76 à la fin du troisième quart-temps, avant un retour des Raptors en partie face aux remplaçants. Les voilà à 5 victoires pour 2 défaites, avec un profil statistique très déséquilibré.

Une adresse hors normes

En attaque, ils sont premiers de la ligue au pourcentage effectif au tir (eFG%, qui compte un tir à 3 points réussi comme 1,5 tir à 2 points) et deuxièmes pour les lancers francs obtenus. Mais ils sont 28es aux pertes de balle et 23es au rebond offensif. En défense, ils sont 3es aux pertes provoquées, mais 29es au rebond défensif et 20es au defensive rating.

L’idée qui vient naturellement : une équipe qui gagne surtout grâce à son adresse est fragile, parce que l’adresse va baisser et que la défense ne prendra pas le relais. Les chiffres confirment la première partie, pas la seconde.

Les Lakers tournent à 60,0 % d’eFG, contre 53,3 % pour la moyenne de la ligue. Depuis 2016-17, aucune équipe n’a fini une saison régulière au-dessus de 57,8 % (Boston 2023-24 et Cleveland 2024-25). Ce rythme ne tiendra pas. Toute la question est de savoir de combien il va baisser.

Ce qu’il reste d’un début de saison

Pour estimer cette baisse, on peut regarder ce qui est arrivé aux autres équipes. Sur les dix dernières saisons, soit 300 cas (30 équipes × 10 saisons), on compare l’adresse de chaque équipe sur ses 7 premiers matchs avec son adresse sur le reste de la saison, chaque fois par rapport à la moyenne de la ligue. Résultat : l’avance du départ fond presque toujours. En moyenne, il n’en reste qu’environ 30 %. Concrètement, une équipe qui tire 5 points au-dessus de la moyenne de la ligue après 7 matchs ne finit, sur le reste de la saison, qu’à environ 1,5 point au-dessus.

Ce n’est pas que les équipes changent en cours de saison. Si l’on refait le calcul avec 7 matchs tirés au hasard dans la saison plutôt qu’avec les 7 premiers, on retrouve la même proportion. L’écart du départ s’explique d’abord par le petit nombre de matchs. C’est le même principe qu’un joueur à 8/10 aux lancers francs sur ses deux premiers matchs : personne n’en conclut qu’il tire à 80 %.

En ajoutant la saison précédente, qui apporte aussi de l’information, les Lakers sont projetés autour de +2,5 points d’eFG au-dessus de la ligue sur le reste de la saison, soit environ 56 %. Cela reste l’une des meilleures attaques, mais plus une attaque hors normes.

Un chiffre montre pourquoi ce calcul compte : sur dix saisons, supposer que le niveau des 7 premiers matchs va se maintenir donne de moins bonnes prévisions que de placer toutes les équipes à la moyenne de la ligue.

Les défauts se resserrent aussi

La même logique vaut pour les points faibles. Le rebond défensif est même l’un des chiffres les moins fiables en début de saison : il ne reste en moyenne que 18 % de l’écart des 7 premiers matchs. Cela ne veut pas dire que la défense des Lakers va progresser. Cela veut dire que leur 29e place exagère probablement leur faiblesse.

Le calendrier joue aussi. Les Lakers ont affronté Golden State et les Clippers deux fois chacun, puis Utah, Portland et Toronto. Contre le reste de la ligue, ces équipes prennent 28,6 % des rebonds offensifs, contre 27,3 % en moyenne : environ un quart de l’écart des Lakers vient de là. La 3e place aux pertes provoquées tient encore davantage aux adversaires. Ces équipes perdent 15,3 % de leurs ballons contre les autres, à peine moins que contre les Lakers (15,6 %). Pour l’instant, rien ne montre une défense qui va chercher l’interception.

Le bilan : une bonne équipe, pas une équipe d’élite

Pour comparer tous ces éléments, il faut les convertir en points pour 100 possessions. L’adresse rapporte aujourd’hui environ 11 points aux Lakers par rapport à une équipe moyenne ; la projection en prévoit environ 4. La perte est d’environ 7 points. En face, le resserrement des pertes de balle (+2,9) et du rebond défensif (+2,1), avec quelques petits ajustements, leur rendrait environ 5,6 points. Au total, les Lakers seraient entre +2,5 et +3 points pour 100 possessions au-dessus de la ligue sur la suite, contre +5,8 aujourd’hui.

Leur style n’y est pour rien. Toute équipe à ce niveau après 7 matchs redescend de la même façon, que son avance vienne de l’attaque ou de la défense. Dans les données, savoir d’où vient l’avance n’améliore pas la prévision. Les Lakers vont baisser parce qu’ils ont démarré au-dessus de la moyenne, pas parce qu’ils misent tout sur l’attaque.

Les limites

Sept matchs, c’est très peu : ces chiffres décrivent un scénario probable, pas une certitude, et l’incertitude sur le net rating reste d’environ 4 points pour 100 possessions. Les Lakers n’ont conservé qu’environ 39 % des minutes de l’an dernier, donc la saison précédente pèse peut-être trop dans la projection. L’ajustement au calendrier reste partiel, puisque le niveau des adversaires n’est lui-même mesuré que sur quelques matchs. Enfin, les classements cités viennent de NBA.com et les calculs des box scores ESPN : les rangs peuvent varier d’une place ou deux.

Pour voir les visuels, ça se passe sur mon compte twitter.

Hugo Mayca – @fr_analytics