
Vainqueurs à Portland (124-103) avec le triple-double de Cameron Boozer (18 points, 12 rebonds, 12 passes), les Grizzlies sont avec Houston les deux seules équipes encore invaincues. Leur net rating (+11,9 points pour 100 possessions) les place au 4e rang de la ligue. Mais quand on regarde en détail d’où vient cet écart, il repose en grande partie sur la statistique la plus instable du basket : l’adresse à 3 points.
Un vrai socle : le rebond et le repli défensif
Une partie du début de saison de Memphis est solide. Les Grizzlies sont la meilleure équipe de la ligue pour limiter les points en contre-attaque : 10,2 par match, contre 15,1 en moyenne. C’est d’autant plus notable qu’ils vont beaucoup au rebond offensif (3e, 36,1 %), une stratégie qui expose normalement au jeu rapide adverse. Ils sont aussi 5e au rebond total et 7e pour les points concédés dans la raquette.
À l’inverse, plusieurs faiblesses ressortent. Memphis est 27e à 2 points (49,4 %), 25e pour la capacité à obtenir des lancers francs, et dernier de la ligue en déviations.
Une attaque qui ne fonctionne qu’à 3 points
En regardant les points rapportés par chaque tir, le contraste est net :
- À 3 points, Memphis est 1er en attaque (1,19 point par tir, contre 1,02 en moyenne) et 4e en défense (0,89 concédé).
- À 2 points, l’attaque est 27e (0,99 contre 1,09), aussi bien près du cercle (27e) qu’à mi-distance (28e).
- En défense à 2 points, l’équipe est dans la moyenne : 12e sur l’ensemble des tirs à 2 points, 15e près du cercle.
Autrement dit, ce qui distingue Memphis du reste de la ligue se trouve presque entièrement derrière la ligne à 3 points, en attaque comme en défense.
Le problème : l’adresse à 3 points ne dure pas
Plusieurs travaux d’analyse NBA montrent que l’adresse à 3 points des adversaires dépend très peu de la défense. Une défense peut limiter le nombre de tirs à 3 points et leur qualité, mais une fois le tir parti, sa réussite dépend surtout du tireur et du hasard. D’une saison à l’autre, et même d’une série de dix matchs à l’autre, le classement des équipes sur cette statistique change presque entièrement.
Les données de suivi des tirs de la NBA le confirment pour Memphis : les Grizzlies concèdent plus de tirs à 3 points ouverts que la moyenne (88 % contre 85 %). Rien n’indique donc une défense du périmètre exceptionnelle. Le 12 sur 49 de Portland jeudi soir pèse lourd dans les 30,3 % concédés.
Ce que vaudrait Memphis avec une adresse moyenne
Pour mesurer cette dépendance, on peut ramener l’adresse à 3 points de chaque équipe et de ses adversaires à la moyenne de la ligue (34,3 %), puis recalculer les net ratings. Memphis passe alors de +11,9 à +1,1, et de la 4e à la 12e place. Environ 6,4 points pour 100 possessions viennent de sa propre adresse, et 4,4 de la maladresse de ses adversaires.
Memphis n’est pas un cas isolé : Houston (de la 2e à la 10e place) et Minnesota (de la 3e à la 9e) perdent autant dans ce scénario. Mais ces trois équipes sont celles dont le début de saison dépend le plus de l’adresse à 3 points.
Limites
Cinq matchs, c’est très peu, et ces chiffres sont à lire comme un scénario, pas comme une prévision. Le scénario est aussi volontairement extrême : il ramène tout le monde exactement à la moyenne, alors que Memphis dispose de vrais tireurs et restera sans doute un peu au-dessus. Le calendrier, enfin, a été favorable : Utah deux fois, Sacramento, Golden State, Portland.
Pour voir les visuels (je fais de beaux graphiques), ça se passe sur mon compte tweeter.
Hugo Mayca – @fr_analytics