Il y a des joueurs que l’on n’a pas envie de voir disparaître dans une dernière aventure sans relief, au fond d’une équipe sans direction claire. DeMar DeRozan fait partie de ceux-là.
Fraîchement coupé par les Sacramento Kings, le vétéran de 36 ans se retrouve libre. Et franchement, il mérite mieux qu’une sortie discrète, noyée dans une équipe bancale ou un projet déjà condamné. Pas besoin d’un conte de fées artificiel, ni d’un rôle décoratif dans une armada. Juste une vraie dernière aventure. Une équipe cool, compétitive, avec du sens, du rythme, des matches qui comptent et un rôle à sa mesure.
DeRozan a encore des choses à donner. Et surtout, il a gagné le droit de finir sa carrière dans un décor un peu plus lumineux.
1- Parce qu’il sort de deux contextes franchement plombants
Ces dernières années, DeMar DeRozan a choisi des projets qui pouvaient se défendre sur le papier. Chicago, d’abord. Sacramento, ensuite. Les deux arrivées se sont faites via sign-and-trade, donc avec sa validation. Le problème, c’est que les deux situations ont rapidement pris une direction beaucoup moins enthousiasmante que prévu.
Chez les Bulls, il a rejoint une équipe qui avait de l’allure, avec Zach LaVine, Lonzo Ball, Nikola Vucevic et une vraie envie de redevenir pertinente. Pendant quelques mois, l’histoire a même été très belle. DeRozan a sorti une saison énorme, a enchaîné les tirs clutchs et a redonné de la fierté à Chicago. Puis les blessures, les limites de l’effectif et l’absence de progression collective ont tout figé. Les Bulls sont devenus l’une de ces équipes coincées dans le ventre mou, trop correctes pour tout casser, trop limitées pour viser haut.
À Sacramento, le tableau était différent, mais le résultat a fini par sentir la même frustration. Les Kings sortaient d’une période plus joyeuse, avaient retrouvé les playoffs et voulaient rester ambitieux. DeRozan devait apporter son expérience, sa création et son sang-froid. Sauf que la dynamique s’est vite brouillée. À 36 ans, il s’est encore retrouvé dans une équipe instable, plus proche du casse-tête que de l’élan collectif.
Après Chicago et Sacramento, ce serait bien de le voir dans une situation un peu plus épanouissante et stimulante.
2 - Parce qu’il a été un immense joueur, parfois sous-coté
DeMar DeRozan n’a jamais été le joueur idéal pour les débats modernes. Son jeu ne s’est jamais résumé à une carte analytique parfaite. Il aime le tir à mi-distance, les isolations, les feintes, les appuis, les possessions où il faut aller chercher un panier difficile quand l’attaque ralentit. Pendant des années, ça lui a valu d’être sous-estimé ou résumé à ses limites.
Pourtant, son CV parle très fort. Six fois All-Star, plusieurs sélections All-NBA, plus de 26 000 points en carrière, une longévité remarquable et une constance que beaucoup de joueurs plus “modernes” n’ont jamais approchée. DeRozan a porté Toronto pendant des années, il s’est réinventé à San Antonio, il a remis Chicago sur la carte pendant un temps et il a continué à produire partout où il est passé.
On peut discuter de son impact en playoffs, de son fit dans certaines équipes ou de sa défense. Mais on ne peut pas faire comme si sa carrière était simplement celle d’un très bon scoreur de saison régulière. DeRozan a compté. Il a marqué son époque, avec un style à part et une vraie fidélité à son identité de joueur.
Ce genre de carrière mérite une sortie propre. Une fin qui ressemble à autre chose qu’un contrat par défaut.
3- Parce qu’il a aidé la NBA à parler de santé mentale
C’est l’un des aspects les plus importants de son héritage. Avec Kevin Love, DeMar DeRozan a été l’un des joueurs qui ont permis à la NBA d’aborder plus frontalement la question de la santé mentale.
Quand il a parlé de dépression, de solitude et de ce que l’on peut traverser derrière l’image du joueur NBA riche, célèbre et performant, il a ouvert une porte. À l’époque, le sujet était encore beaucoup moins présent dans le sport de haut niveau. Sa prise de parole a eu un vrai impact, parce qu’elle venait d’un joueur respecté, exposé, longtemps associé à l’idée de solidité et de régularité.
DeRozan n’a pas seulement raconté son mal-être. Il a contribué à rendre la parole plus libre pour d’autres joueurs, pour des fans, pour des gens qui ne trouvaient pas forcément les mots. C’est un apport qui dépasse largement les stats, les sélections au All-Star Game ou les paniers clutchs.
Pour ça aussi, on aimerait le voir finir dans un environnement qui lui rend un peu de ce respect. Une équipe où il ne serait pas seulement un nom connu sur une feuille de match, mais un vétéran écouté, utile, intégré à quelque chose de cohérent.
4- Parce qu’il peut encore aider une bonne équipe
Parler d’une belle fin de carrière pour DeRozan ne veut pas dire le transformer en mascotte. Il peut encore jouer. Son profil demande simplement le bon cadre. Dans une équipe avec du spacing, des shooteurs, une hiérarchie claire et des responsabilités bien définies, DeRozan peut apporter quelque chose de précieux. Il n’a plus besoin d’être l’option numéro 1 d’un projet ambitieux. Il peut devenir cette arme d’expérience qui stabilise un cinq, guide un second unit ou donne une vraie alternative quand le match se joue sur les possessions lentes.
En playoffs, les attaques finissent souvent par ralentir. Les défenses enlèvent les premières options. Les systèmes parfaits se transforment en duels, en lectures, en tirs difficiles. Dans ce basket-là, DeRozan a encore une vraie valeur.
La bonne équipe ne lui demandera pas de sauver une saison. Elle saura simplement utiliser ce qu’il fait toujours très bien.
5- Parce que son rêve de jouer à Los Angeles s’est refermé trop brutalement
Dans le cas de DeMar DeRozan, Los Angeles n’est pas une destination comme une autre. Il est né à Compton, a grandi avec les Lakers dans le paysage, puis a joué à USC avant de partir en NBA. Porter un jour le maillot d’une franchise de L.A. étiat de l'ordre du rêve.
À l’été 2021, ce rêve a même semblé tout proche. DeRozan a raconté qu’il pensait son arrivée aux Lakers quasiment bouclée. Dans son esprit, il allait rentrer à la maison, jouer devant les siens, aux côtés de LeBron James et Anthony Davis, dans une équipe encore construite pour viser le titre. Il était parti en vacances au Mexique avec cette idée en tête, avant de voir le dossier s’évaporer en quelques jours.
Les Lakers ont finalement pris une autre direction avec Russell Westbrook, laissant DeRozan avec le sentiment d’un rendez-vous manqué. La NBA fonctionne comme ça, bien sûr. Les plans changent, les dirigeants pivotent, les opportunités se ferment. Mais pour lui, ce n’était pas simplement une destination qui disparaissait. C’était peut-être la meilleure occasion de boucler la boucle à la maison.
Aujourd’hui, la piste Lakers paraît beaucoup moins évidente. L’histoire est passée, les besoins ont changé, et le timing ne semble plus vraiment aligné. Les Clippers pourraient représenter l’autre porte d’entrée à Los Angeles, mais là encore, tout dépendrait du rôle, de l’ambition réelle et de la direction prise par la franchise.
C’est aussi pour ça qu’on aimerait le voir trouver une dernière situation qui ait du sens. Si le rêve de L.A. ne se réalise pas, DeRozan mérite au moins une équipe compétitive, cohérente, où ses dernières saisons ne donnent pas l’impression d’un lot de consolation.
