Amen Thompson à 208 millions, pourquoi Houston a autant misé sur lui

Amen Thompson prolonge pour cinq ans et 208 millions de dollars avec les Rockets, qui misent sur son immense potentiel malgré ses limites au shoot

Amen Thompson à 208 millions, pourquoi Houston a autant misé sur lui

Les Houston Rockets viennent de prendre l’une des décisions les plus importantes pour leur avenir. Amen Thompson a trouvé un accord pour une prolongation de cinq ans et 208 millions de dollars, selon ESPN, avec un trade kicker de 10% en cas de transfert. Cela représente 41,6 millions de dollars par saison en moyenne à partir de 2027-28. Une somme immense pour un joueur qui n’a encore jamais été All-Star, mais qui reste nettement inférieure au maximum auquel il pouvait prétendre, estimé autour de 252 à 253 millions sur cinq ans. Houston a donc consenti un investissement massif sans pour autant céder totalement face au potentiel de son jeune phénomène.

Le pari est assez facile à comprendre lorsqu’on regarde ce que Thompson est déjà devenu à seulement 23 ans. Pour sa troisième saison NBA, le quatrième choix de la Draft 2023 a tourné à 18,3 points, 7,8 rebonds, 5,3 passes et 1,5 interception à 53,4 % au tir, en démarrant les 79 matches qu’il a disputés. Son évolution depuis son arrivée est spectaculaire : 9,5 points lors de son année rookie, 14,1 la suivante puis 18,3 cette saison, avec des responsabilités de plus en plus importantes dans la création. Houston lui a même confié le poste de meneur sur une bonne partie de la saison, malgré un profil totalement atypique pour la fonction.

Un joueur déjà exceptionnel… avec un énorme défaut

Ce qui rend Amen Thompson aussi particulier, c’est évidemment son impact défensif. Dès sa deuxième saison, il avait intégré la All-Defensive First Team et terminé cinquième du vote pour le Defensive Player of the Year, une précocité extrêmement rare. À 2,01 m, avec des qualités athlétiques hors normes, il peut prendre quasiment n’importe quel extérieur adverse, changer sur plusieurs positions, couper les lignes de passe et déclencher la transition dès qu’il récupère le ballon. Il n’est pas simplement un très bon défenseur pour son âge : il a déjà montré qu’il pouvait faire partie des joueurs les plus perturbants de toute la NBA dans ce domaine.

Son contrat se joue pourtant principalement à l’autre bout du terrain. Thompson n’a inscrit que 21,6% de ses tirs à trois points cette saison et reste à 21,9 % sur l’ensemble de sa carrière. C’est une faiblesse énorme dans la NBA actuelle, particulièrement pour un joueur amené à manipuler autant le ballon. Elle permet aux défenses de reculer, de fermer la raquette et peut compliquer l’association avec d’autres joueurs qui ont besoin d’espace. C’est précisément pour cette raison qu’un contrat au maximum n’était pas considéré comme une évidence à Houston : avant même cet accord, le Houston Chronicle évoquait plutôt une prolongation située entre 20 et 23 % du salary cap, compte tenu des interrogations autour de son shoot et de son plafond offensif.

Mais réduire Thompson à son absence de tir serait passer à côté de tout ce qu’il apporte déjà offensivement. Sa puissance, son premier pas, sa capacité à finir près du cercle, son activité sans ballon et surtout sa progression comme créateur lui permettent déjà de peser lourdement sans jumper. Ses derniers playoffs ont d’ailleurs constitué un signe très encourageant. Dans la série perdue 4-2 contre les Lakers, il a compilé 19,2 points, 7 rebonds, 5,7 passes, 2 interceptions et 1,2 contre en jouant… 44 minutes par rencontre. Son shoot extérieur est resté limité, mais Houston lui a confié des responsabilités énormes et il n’a absolument pas disparu lorsque le niveau s’est élevé.

Le pari de Houston peut devenir extrêmement rentable

C’est finalement là que se trouve toute la logique du contrat. Les Rockets ne versent pas 208 millions à Thompson parce qu’ils pensent qu’il est déjà un joueur à 40 millions par saison. Ils le font parce que son profil actuel possède déjà une valeur considérable et qu’à 23 ans, il dispose encore de plusieurs voies pour devenir une véritable star. La plus évidente serait évidemment de développer un tir extérieur simplement respectable. Thompson n’a pas besoin de devenir Stephen Curry : s’il pouvait simplement obliger une défense à respecter son tir ouvert et dépasser régulièrement les 30-32 %, l’espace supplémentaire dont il disposerait pour attaquer le cercle pourrait complètement changer son plafond.

Il existe même un scénario où il devient encore meilleur sans jamais être réellement dangereux à trois points. Son handle peut continuer à progresser, tout comme sa lecture du jeu et son efficacité dans la raquette. Un Amen Thompson capable de créer régulièrement pour les autres, de dominer physiquement près du cercle et de prétendre chaque année aux meilleures distinctions défensives pourrait déjà justifier une très grosse partie de cet investissement. Ce qui explique aussi pourquoi Houston a préféré sécuriser maintenant cinq années supplémentaires plutôt que de le laisser approcher de la restricted free agency et prendre le risque qu’une nouvelle explosion fasse grimper encore son prix.

Cette prolongation dit enfin quelque chose de la construction des Rockets. Kevin Durant représente naturellement leur fenêtre immédiate pour jouer le titre, mais Thompson est destiné à appartenir à celle d’après, avec Alperen Sengun, Jabari Smith Jr., Tari Eason et Reed Sheppard. Houston essaie depuis plusieurs années de conserver son jeune noyau avec des contrats inférieurs au maximum, et vient encore de réussir à éviter les quelque 250 millions auxquels Thompson aurait théoriquement pu prétendre.

208 millions restent évidemment une somme gigantesque pour un joueur dont le principal défaut est aussi l’un des plus handicapants dans le basket moderne. Mais le risque existe dans les deux sens. Si le shoot ne vient jamais et que Thompson plafonne offensivement, ce contrat pourra devenir lourd. S’il transforme ne serait-ce qu’une partie de son potentiel en véritable arsenal offensif, Houston pourrait au contraire regarder dans quelques années ces 41,6 millions annuels comme le prix très raisonnable payé pour verrouiller l’un des joueurs les plus uniques de sa génération.