Comment Wembanyama et les Spurs traversent le « process »

Comment Wembanyama et les Spurs traversent le « process »

Malgré l’arrivée de Victor Wembanyama, les Spurs sont encore loin de leurs objectifs. Ils doivent déjà traverser le « process ».

Benjamin MoubèchePar Benjamin Moubèche  | Publié  | BasketSession.com / MAGAZINES / Focus

Pour Victor Wembanyama et les Spurs, la défaite est un concept peu familier. En France, le premier choix de la draft a toujours côtoyé la victoire. Quant à San Antonio, la franchise n’a relâché son emprise sur la NBA que quatre années plus tôt, après 22 saisons en playoffs, un accomplissement sans pareil dans l’Histoire.

Pourtant, ensemble, ils ont essuyé la plus longue série de défaites de leur vie respective. 18 revers consécutifs : une traversée du désert de plus d’un mois, entre les deux oasis qu’ont été leurs victoires face aux Suns le 2 novembre et face aux Lakers le 15 décembre. Sur leurs 29 premières rencontres, 25 se sont soldées par un échec.

Wembanyama et les Spurs embrassent le «processus». Il s’agit d’un rite de passage dans la ligue, quasi inévitable, et ils le savent. Mais cela ne rend pas l’épreuve moins difficile pour autant. «Je déteste perdre, mais je reste concentré sur l’objectif à long terme», résumait le Français le 11 décembre, après avoir battu un record peu enviable.

Le premier cycle de la NBA

Ce processus est le résultat d’un clivage flagrant en NBA, opposant plus que jamais les équipes qui perdent et celles qui gagnent. Un schéma binaire, fruit direct du système, de sa draft et de son marché des transferts. Certaines équipes se construisent en amassant des ressources : des choix de draft, des jeunes, du potentiel. Les autres consomment ces ressources : avec des trades, des vétérans, des certitudes.

 

« Personne ne doute qu’à long terme, nous serons les gagnants. » – Victor Wembanyama

Les Spurs, plus jeune collectif de la ligue, appartiennent sans conteste à la première catégorie. «Il n’y a pas grand-chose à faire quand on reconstruit, si ce n’est faire son travail, et cela prend du temps. Toutes ces choses avancent par cycles», rappelait Gregg Popovich au début du mois.

Les franchises passent aujourd’hui d’un état à l’autre, elles alternent entre des ères clairement délimitées. Trouver une star et bâtir une équipe autour requiert de bons choix à la draft. Un transfert d’envergure exige une profusion de ressources. Les dix derniers champions NBA illustrent ce phénomène : ils ont drafté au moins deux de leurs stars (Nuggets, Warriors, Spurs…) ou ont réalisé un trade majeur (Bucks, Lakers, Raptors…), ou les deux.

Popovich continuait ainsi son explication : «Notre période faste s’est étalée sur trois décennies différentes — c’était assez long, je ne pense pas que quelqu’un ait fait cela. Maintenant, nous sommes à l’autre bout de la chaîne. Et vous n’avez qu’un seul choix : celui de vous mettre au travail tous les jours et de développer autant de joueurs que vous le pouvez, de surveiller les agents libres, de bien drafter et d’assembler le tout.»

Tim Duncan Gregg Popovich San Antonio Spurs

Chaque front office cherche à identifier l’instant idéal pour amorcer le virage, souvent par une transaction importante, afin de créer un avantage décisif. Car il ne suffit pas d’être bon pour gagner un titre, il faut être meilleur que les autres. Alors, cette fenêtre dépend de nombreux facteurs — les joueurs, leurs contrats, le marché des transferts, la concurrence… Manquer cet intervalle, en s’élançant trop tôt ou trop tard, peut gâcher tout un cycle. Pour San Antonio, dans la deuxième année de leur reconstruction, le moment n’est pas encore venu.

Victor Wembanyama, les Spurs, et le test du marshmallow

La patience de Victor Wembanyama

Avec le premier choix de la draft — et surtout avec ce premier choix-là —, les fans des Spurs espéraient une transformation radicale. Or, Victor Wembanyama, à 19 ans, se révèle être le socle de la reconstruction plutôt que l’élément déclencheur de cette transition vers le second cycle. Une claque pour de nombreux observateurs, sans doute une déception pour l’athlète lui-même, compétiteur ultime.

«Gagner, c’est ce que j’aime le plus dans la vie», confiait-il après sa première victoire en NBA. Depuis, il n’a pas vraiment eu matière à alimenter cette flamme intérieure. Si son amour du succès reste inchangé, sa relation avec l’échec a considérablement évolué.

«[La défaite] me motive encore plus», lançait-il le 12 novembre, au début de la série de défaites historique des Spurs. Un mois plus tard, une fois le record tombé, son discours était plutôt tourné vers l’avenir : «Bien sûr, ce n’est pas facile, mais nous savons que nous n’avons pas le choix de continuer à travailler. Le bon côté, c’est que personne ne doute qu’à long terme, nous serons les gagnants. Je déteste perdre, mais je reste concentré sur l’objectif à long terme.»

Victor Wembanyama n’a certainement pas capitulé. Simplement, il a appris à voir au-delà de l’issue immédiate des matches, à adopter une perspective plus large. Il a compris la situation de San Antonio et le fonctionnement de la NBA. «Ça change de l’Europe, où tout peut basculer d’une saison à l’autre pour un club, voire d’un début de saison à une fin de saison, a reconnu la star. Ici, c’est différent. C’est dur, mais on garde l’objectif en tête.»

Le natif du Chesnay mettra sans doute des années à atteindre cet «objectif» — si, contrairement à la plupart des joueurs, il l’atteint un jour. LeBron James a eu besoin de neuf ans et d’une signature controversée. Michael Jordan a attendu sa sixième saison. Les jeunes stars qui ont exceptionnellement conduit leur équipe au titre étaient toutes plus âgées : Magic Johnson avait 22 ans, Tim Duncan 23 ans, Dwyane Wade 24 ans. Ils avaient aussi une superstar de plus de 30 ans à leurs côtés.

La patience s’impose.

Le dernier match : Les Spurs retrouvent Victor Wembanyama… et la défaite

Les Spurs «trust the process»

Victor Wembanyama n’est pas le seul à attendre. L’équipe entière a donc adopté la même posture mesurée, à commencer par Gregg Popovich. Le coach, qui avait proclamé que la victoire serait «aussi importante cette année que le développement des joueurs l’était l’année dernière», a dû faire face à sa part de désillusions. Il a accepté que son nouveau prodige n’est ni David Robinson ni Tim Duncan, qui étaient déjà équipés pour les sommets à leur arrivée dans la ligue.

«[Entraîner cette jeune équipe], c’est un défi. Mais c’est un défi excitant et important, a décrit le quintuple champion NBA, embrassant pleinement son rôle de professeur. Je ressens une grande responsabilité envers ces joueurs. Si je peux être là quand nous gagnons, je suis sûr que je peux rester quand nous perdons […] C’est agréable de les coacher de manière totalement différente de ce que j’ai fait avec Timmy, Manu (Ginobili) et Tony (Parker).»

Tous les athlètes, tous les entraîneurs, aspirent à la victoire. Cette soif de réussite est presque une nécessité pour atteindre et rester à un tel niveau, dans n’importe quel sport. Néanmoins, l’échec est inévitable, et il est essentiel d’en tirer des leçons. «Chaque match contient son lot d’erreurs. Vous apprenez quand vous gagnez. Vous apprenez quand vous perdez», insistait déjà Popovich le 8 novembre, à New York, après une troisième défaite consécutive.

Au travers de leur série noire, les Spurs ont donc recueilli de nombreux enseignements. Sur leurs forces, leurs lacunes, leurs rotations, leur cohésion… «Il faut se regarder dans le miroir et juste être meilleur, rester ensemble, ne pas se pointer du doigt», retient surtout Devin Vassell, qui affirme, comme ses coéquipiers, que cette épreuve a resserré les liens du collectif.

 

«Il n’y a pas grand-chose à faire quand on reconstruit, si ce n’est faire son travail, et cela prend du temps. » – Gregg Popovich

«J’essaie juste de trust the process [sic]», a assuré Keldon Johnson, prononçant le cri de ralliement des équipes en reconstruction. L’avenir des Spurs, comme des 29 autres franchises de la NBA, ne peut être que flou. Pour Johnson et toute l’organisation, des joueurs à la direction, il n’y a pas d’alternative : il faut croire.

Nul ne sait si le Français et San Antonio enlèveront un quelconque trophée ensemble. Ce qui est certain, c’est que Victor Wembanyama ne passera pas de son début dans la ligue à son premier titre sans jamais occuper l’intervalle sépare ces deux moments. Il ne peut que travailler, attendre, et espérer.

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