Jeremy Sochan, le grain de folie des Spurs

Jeremy Sochan, le grain de folie des Spurs

DE NOTRE CORRESPONDANT À SAN ANTONIO – Ses cheveux vendent la mèche : Jeremy Sochan n’est pas un joueur comme les autres. C’est précisément pour cette raison que les Spurs ont choisi d’en faire leur cobaye.

Benjamin MoubèchePar Benjamin Moubèche  | Publié  | BasketSession.com / MAGAZINES / Portrait

Quand les Spurs ont jeté leur dévolu sur Jeremy Sochan lors de la draft 2022, ils savaient qu’ils n’accueilleraient pas un rookie ordinaire. Déjà remarqué à l’Université Baylor pour sa chevelure caméléon — verte, bleue, jaune —, c’est avec un costume croisé violet et une nouvelle teinture blonde qu’il a grimpé sur la scène du Barclays Center, pour le plus grand moment de sa vie. L’expression d’une originalité qui le définit en tant que personne et en tant qu’athlète.

Hors du terrain, le basketteur américano-polonais se décrit comme un «citoyen du monde», un «esprit libre», au croisement des cultures américaines et européennes. Sa personnalité déborde, au point de déteindre sur Victor Wembanyama avec ses folies capillaires. Sur le parquet, il déploie une singularité tout aussi captivante.

Aujourd’hui, Sochan s’est vu attribuer un rôle à son image : décalé, intrigant. Propulsé meneur pour la première fois de sa jeune carrière, il doit désormais transformer son jeu. Un pari d’une excentricité rare pour San Antonio.

Dès sa draft, les prémices de l’expérience

«Je ne me mets pas d’étiquette de poste», assurait le joueur de 2,03 m à Mike Vorkunov de The Athletic, juste avant sa draft. «Parce que je sens que je peux faire tout ce qu’un meneur peut faire et tout ce qu’un pivot peut faire en attaque, mais aussi en défense.»

Si Sochan oscillait entre les postes 3 et 5 au niveau universitaire, on lui reconnaissait une «mentalité de meneur». L’héritage de sa mère, Aneta, meneuse spécialiste de la passe et sa première coach.

Avant son entrée en NBA, son nom était régulièrement associé à celui de Draymond Green. Son style de jeu, axé sur la défense et la création, y était pour beaucoup. Sa personnalité électrique également. «Sa manière de jouer et son énergie sont agaçantes. C’est un joueur que j’admire, j’aime sa fougue et son intelligence. C’est quelque chose que je retrouve chez lui et chez moi», a-t-il confié à Marc J. Spears de Andscape.

Dans une ligue où la notion de «positions» se brouille, la transition Sochan vers un rôle de créateur apparaît comme une évolution logique. Celle-ci le rapproche de son modèle. Un choix sensé, malgré un démarrage timide.

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Cette saison, des débuts difficiles

«Il n’a pas peur de faire d’erreurs», assurait Gregg Popovich, à la fin de sa saison rookie. Preuve en est, dès son arrivée à San Antonio, l’athlète n’a pas hésité à convier le légendaire coach à un dîner. «Si on ne demande pas, on ne sait jamais», justifiait-il.

Il faut cet état d’esprit pour se contorsionner dans un rôle inédit et en dévoiler les résultats approximatifs sous les yeux du monde — ce dont il avait déjà pris l’habitude avec son lancer franc à une main. En moyenne, 2,4 ballons échappent à Jeremy Sochan chaque soir, un volume considérable comparé à son apport à la création (4,4 passes décisives par match). Surtout, il peine à orchestrer le jeu des Spurs comme le ferait un meneur de formation, tel que Tre Jones.

«C’est un processus. Mais au fil des jours, ça devient plus facile, je m’améliore.»

«C’est la première fois de ma vie que je joue meneur. Une transition comme celle-ci est rare en NBA. Il y a eu des moments où je n’avais pas envie. Il y a eu des moments de doutes», a-t-il confié. «Il ne va pas devenir Chris Paul en quelques matches. Il apprend à chaque rencontre», a rappelé Popovich.

À tout juste vingt ans, Sochan n’arpente les parquets de la ligue nord-américaine que depuis 14 mois. Talent brut, imprévisible, il n’avait pas même décroché une place de titulaire en NCAA. La patience est de rigueur, surtout pour celui dont on a fait l’expérience de la saison 2023-2024.

Aux Spurs, la place du développement

Gregg Popovich avait sans doute tort d’annoncer que «la victoire [serait] aussi importante cette année que le développement des jeunes l’était la saison dernière». La progression, semble-t-il, reste au cœur des priorités. C’est ce qui donne du sens à cette phase de test.

Oui, Tre Jones, seul véritable gestionnaire de l’effectif, rendrait les Spurs plus performants. Son impact statistique (+16,5 sur le différentiel de l’équipe lorsqu’il est sur le terrain) est indéniable. Il fait partie de presque tous les lineups les plus efficaces des Texans. Cependant, l’enjeu dépasse la victoire immédiate.

Si l’expérience s’avère concluante, San Antonio aura gagné un meneur et un atout précieux. La possibilité d’aligner cinq joueurs si mobiles de plus de deux mètres apporte une flexibilité inestimable en défense. En cas d’échec, l’essai aura tout de même permis d’en apprendre plus et de développer ses talents de créateur — une formidable qualité pour un ailier, comme Draymond Green peut l’attester. Aussi ceux du collectif, qui partage davantage le playmaking en sa présence.

Jeremy Sochan incarne le grain de folie des Spurs. Par son excentricité, il apporte une touche de fantaisie au milieu de l’organisation militaire imposée par Popovich. L’éloigner de sa zone de confort pour le propulser dans un rôle atypique ne le dénature en rien. Cette extravagance fait partie de lui, en tant que personne et athlète. «Je crois en moi», a-t-il affirmé. «Je veux montrer qu’il est possible d’être soi-même.»

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Pour Jeremy Sochan, un changement de statut

Certes, les résultats ne sont pas au rendez-vous dans l’immédiat. Mais Sochan évolue.

«C’est un processus. Mais au fil des jours, ça devient plus facile, je m’améliore», a témoigné le natif de l’Oklahoma, pétri d’une profonde foi en son coach et d’une constante envie d’apprendre. «Je vais continuer comme ça. Tant que j’ai la confiance de mes entraîneurs, de mes coéquipiers, c’est la chose la plus importante.» Ses camarades de jeu ne manquent pas, en effet, de manifester leur «fierté». Son coach, quant à lui, met régulièrement en lumière ses progrès. Un soutien crucial face au bruit extérieur.

Malgré son rôle sujet à débat, Jeremy Sochan entre dans une autre dimension cette année. Au-delà de ses talents bourgeonnants de créateur, son tir est l’une des grandes révélations de la saison. Il réussit 42,9 % de ses tirs à trois points pour 3,6 tentatives par rencontre, une précision qui pourrait lui ouvrir de nouvelles portes.

«Je veux montrer qu’il est possible d’être soi-même.»

Jeudi dernier, face aux Hawks, le meneur a établi son record personnel avec 33 points, en ne manquant que deux tirs sur 14 tentatives. Il a également enregistré 8 rebonds et 6 passes décisives. «Je pense qu’il a peut-être réalisé son meilleur match», l’a complimenté Gregg Popovich.

Alors qu’il est souvent opposé à l’adversaire le plus dangereux quand il défend et que son potentiel offensif était la source de doutes, il connaît une ascension fulgurante. Sa personnalité et son énergie restent, mais il devient un nouveau joueur. Lui aussi incarne incontestablement l’avenir des Spurs, aux côtés de Wembanyama, et demeure l’un de leurs éléments les plus fascinants.

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