On pensait assister au premier chapitre de l'ère Cameron Boozer à Memphis, avec en prime le retour de Jaren Jackson Jr sous le maillot du Jazz. Finalement, c'est Ty Jerome qui a monopolisé l'attention. Le meneur des Grizzlies a littéralement martyrisé Utah pour lancer sa saison : 45 points à 17/25 aux tirs, dont 5/10 à trois points, 7 rebonds et 6 passes, avec une seule balle perdue en 32 minutes. Memphis s'est imposé tranquillement (123-103) et son nouveau meneur titulaire a même eu droit à des chants de « MVP ! » dans le FedExForum.
Le plus impressionnant, au-delà des chiffres, c'est la facilité avec laquelle Jerome a semblé trouver ses tirs. Des floaters, des changements de rythme, une belle maîtrise du pick-and-roll et cette faculté à sanctionner de loin, jusqu'à planter un trois points depuis le logo dans le dernier quart-temps. Le tout sans être un athlète exceptionnel ni avoir besoin de jouer à 200 à l'heure. Jerome a son propre tempo et, mercredi soir, la défense du Jazz n'a jamais trouvé comment le perturber.
Ses 45 points constituent d'ailleurs un record de franchise pour un match d'ouverture, un point de mieux que Ja Morant en 2020. Symbole assez amusant puisque Jerome est justement chargé de lui succéder à la mène.
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Une explosion moins surprenante qu'il n'y paraît
Réduire cette sortie à une soirée où tout rentre serait toutefois oublier ce que Jerome a montré ces deux dernières années. À Cleveland, en 2024-2025, il avait été l'un des meilleurs remplaçants de la ligue, avec 12,5 points en moins de 20 minutes, à 52% aux tirs et 44% à trois points. Ses playoffs avaient laissé un goût amer, notamment contre Indiana, face à qui il avait sérieusement déjoué (8 points de moyenne à 25% de loin). Il avait pourtant été très bon au premier tour contre Miami, avec 16,3 points et 4,8 passes par match.
Le meneur formé à Virginia, passé par Phoenix, Oklahoma City et Golden State avant d'exploser chez les Cavs, a longtemps été cantonné à des rôles secondaires. Son arrivée à Memphis en 2025 devait lui permettre de prendre une autre dimension, mais les blessures l'ont limité à seulement 15 rencontres. Un échantillon minuscule sur lequel il avait néanmoins affiché des moyennes de 19,7 points et 5,7 passes en 22,6 minutes.
La vraie nouveauté n'est donc pas tant sa capacité à scorer que la place qu'il pourrait désormais occuper.
Memphis a besoin d'un joueur comme lui
Les Grizzlies ont tourné la page Morant, Desmond Bane et Jaren Jackson Jr. L'effectif est désormais construit autour de jeunes joueurs comme Cameron Boozer, Cedric Coward, Zach Edey ou GG Jackson, avec quelques éléments plus expérimentés, notamment Jerami Grant.
Dans ce contexte, Jerome a un rôle assez intéressant à jouer. Memphis a besoin d'un meneur capable d'organiser son attaque, de mettre ses jeunes partenaires dans de bonnes conditions, mais aussi de prendre les choses en main lorsque les possessions se compliquent. Sa polyvalence offensive lui permet de remplir ces différentes missions, sans forcément empiéter sur le développement des futurs cadres de la franchise.
Le premier match de Boozer, très maladroit (7 points à 2/15), a d'ailleurs montré que les Grizzlies ne pourront pas systématiquement compter sur leurs jeunes pour porter l'attaque. Jerome a l'expérience, le QI basket et suffisamment d'armes offensives pour assumer une bonne partie de cette responsabilité. Dans le jeu rapide prôné par Tuomas Iisalo, ses qualités de lecture et son adresse pourraient faire des dégâts.
La concurrence de Scotty Pippen Jr. à la mène, les responsabilités de Grant et la progression attendue de Coward ou Boozer auront évidemment leur importance dans la répartition des ballons. À ce stade, difficile néanmoins de trouver beaucoup de joueurs dans cet effectif offrant autant de garanties offensives que Jerome.
Un candidat surprise pour une saison à 20 points de moyenne ?
Il serait absurde de tirer des conclusions définitives après un match contre une équipe du Jazz qui devrait encore beaucoup souffrir cette saison. Les défenses vont s'adapter, l'adresse finira forcément par redescendre et la capacité de Jerome à tenir physiquement reste une vraie interrogation. À 29 ans, il n'a jamais disputé une saison NBA dans un rôle offensif aussi important.
L'hypothèse d'un Ty Jerome à 20 points et 6 passes de moyenne, en revanche, paraît tout à fait crédible. Il n'est pas question d'en faire subitement un All-Star ou le visage de la reconstruction des Grizzlies. Simplement de reconnaître qu'il possède des qualités assez rares et qu'il n'avait peut-être jamais bénéficié d'une situation aussi favorable pour les exprimer.
