Janelle Salaün avait déjà largement dépassé le cadre de la bonne surprise. Sa deuxième saison avec les Golden State Valkyries vient désormais de lui offrir une place à part dans l’histoire du basket français. À 25 ans, l’ailière a été élue Sixième joueuse de l’année en WNBA, devenant la première Française à remporter l’un des grands trophées individuels décernés par la ligue en fin de saison.
Le vote ne souffre d’ailleurs d’aucune discussion. Salaün a recueilli les 74 voix du panel de journalistes et diffuseurs. Une unanimité assez rare pour donner une idée de l’avance qu’elle avait prise sur la concurrence au fil des mois.
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L’émotion qui a accompagné l’annonce tranche presque avec l’assurance qu’elle dégage sur le terrain. Entourée de ses coéquipières, Salaün a fondu en larmes lorsqu’elle a appris la nouvelle. Il y avait forcément de quoi être submergée. Son trophée récompense une saison exceptionnelle à titre individuel et marque une première pour le basket français en WNBA.
Surtout, le mot « remplaçante » décrit assez mal la joueuse qu’elle est devenue. Salaün est sortie du banc lors de ses 40 matches de saison régulière, certes. Elle y a inscrit 12,7 points de moyenne en seulement 22 minutes, avec 39,2 % de réussite à trois points. Ses 509 points constituent le record WNBA sur une saison pour une joueuse utilisée comme remplaçante. Ses 93 tirs à trois points en sont un autre, tout comme ses 27 matches à au moins 10 points. Elle a également terminé en tête de toutes les joueuses de banc au plus-minus cumulé avec +160.
Ces chiffres permettent aussi de mieux comprendre la façon dont Natalie Nakase l’utilise. Salaün avait commencé 33 matches lors de sa première saison aux États-Unis. Elle aurait probablement une place dans le cinq de départ de nombreuses équipes de WNBA. Golden State a choisi une autre voie cette année, avec l’idée de conserver une menace offensive de premier plan lorsque les rotations commencent.
Le résultat est redoutable. Salaün n’entre pas pour faire souffler quelqu’un ou simplement tenir quelques minutes. Elle arrive avec la responsabilité de créer un écart, d’apporter du tir, de l’agressivité et une énergie différente.
Nakase résume assez bien ce qui lui plaît chez la Française. « Ja est une tueuse. C’est l’une des personnes les plus compétitives que je connaisse. Elle reste très calme, elle veut les grands moments. Je pense qu’elle s’épanouit dans ces moments-là. »
Ce profil explique sans doute pourquoi le passage sur le banc n’a jamais ressemblé à une rétrogradation. Salaün a accepté ce rôle et en a fait une spécialité au point de produire l’une des saisons les plus impressionnantes jamais réalisées par une joueuse de banc en WNBA.
Le timing ajoute encore un peu de relief à son trophée. Golden State vient d’atteindre les demi-finales des playoffs et affronte Las Vegas avec une place en Finales en jeu. La meilleure sixième joueuse de la saison n’a donc pas fini de jouer des matches qui comptent.
Son parcours permet aussi de mesurer la vitesse à laquelle elle avance.
Championne de France avec Villeneuve-d’Ascq en 2024, finaliste de l’EuroLeague la même année, championne d’Italie et MVP des Finales avec Schio en 2025, Salaün s’est installée dans la rotation de l’équipe de France et a participé aux grandes campagnes des Bleues. Elle avait notamment décroché l’argent aux Jeux Olympiques de Paris en 2024. Deux ans plus tard, son nom figure désormais sur un trophée WNBA.
Golden State peut d’ailleurs savourer son lien avec le basket français. Gabby Williams, autre joueuse majeure des Valkyries, vient de remporter pour la deuxième fois le Trophée Alain Gilles, qui distingue le meilleur basketteur ou la meilleure basketteuse française de l’année, hommes et femmes confondus. Williams a devancé Victor Wembanyama et Evan Fournier après une saison marquée notamment par son titre en EuroLeague avec Fenerbahçe et son rôle majeur avec les Bleues.
Deux Françaises, deux récompenses majeures à quelques jours d’intervalle, dans une équipe qui joue encore le titre WNBA. Les Valkyries ont décidément plutôt bien fait leurs courses en France.
Pour Salaün, le plus frappant reste peut-être qu’à 25 ans, son parcours donne encore l’impression d’être en construction. Elle possède déjà un beau CV européen, une place avec les Bleues, deux saisons réussies en WNBA et désormais une distinction que personne n’avait encore remportée avant elle dans le basket féminin français. Vu le tempérament et le talent de la joueuse, on parie d’ores et déjà qu’elle n’en restera pas là...
