Tout le monde peut bouger, sauf Nikola Jokic. C’est ce que Shams Charania nous indiquait en évoquant l’intersaison des Denver Nuggets, qui s’annonce chargée. Dans les faits, il paraît tout de même peu probable que la franchise du Colorado fasse des changements aussi drastiques dans son effectif. Le noyau dur devrait rester le même… enfin à peu près. Parce que la sortie de route dès le premier tour des playoffs en se faisant éliminer (humilier ?) par des Minnesota Timberwolves très largement diminués et quand même plus conquérants ne sera certainement pas sans conséquences.
David Adelman devrait être confirmé dans ses fonctions et c’est donc dans le cinq majeur qu’il pourrait y avoir quelques ajustements. Revenons-en au noyau dur : celui-ci ne concerne peut-être plus que deux joueurs, à savoir Jokic et son acolyte Jamal Murray. Le Canadien sort de la meilleure saison individuelle de sa carrière et il s’est montré décevant en playoffs. Vu son salaire à 50 millions, il pourrait être, à juste titre, un levier pour remodeler l’effectif. Mais il s’agirait alors quasiment d’un départ à zéro. Le jeu à deux entre les All-Stars des Nuggets reste l’atout majeur de cette équipe et il est peu probable que le front office ose y toucher. C’est plutôt tout autour que ça peut évoluer.
Le premier réflexe serait d’imaginer des transferts de Cam Johnson et/ou Christian Braun. Le premier parce qu’il n’a pas été à la hauteur des espoirs placés en lui après son arrivée (les Nuggets ont sacrifié Michael Porter Jr et un premier tour de draft pour le faire venir) et le second parce qu’il s’est lui aussi troué après avoir pourtant signé une belle extension de contrat.
Mais peut-être que l’ajustement viendra d’un autre joueur considéré lui aussi comme intouchable il fut un temps. Aaron Gordon est « Mr. Nugget », le meilleur pote de Nikola Jokic et un membre clé du sacre de 2023. Il est essentiel au succès de cette équipe. Sauf qu’il est régulièrement blessé depuis deux ans et il occupe le même poste que Peyton Watson, la révélation de la saison dans le Colorado.
Les dirigeants n’ont pas prolongé Watson en octobre 2025 et ce dernier sera donc restricted free agent d’ici quelques semaines. Denver pourra s’aligner sur toutes les offres mais les finances du club sont déjà dans le rouge et le conserver serait synonyme d’une taxe bien, bien salée. Les Nuggets peuvent-ils le payer 30 millions la saison et le laisser sur le banc en doublure de Gordon ? Vont-ils vraiment garder les deux ?
Les deux ailiers sont susceptibles de jouer ensemble sur les postes 3 et 4 mais, avec un Jokic en panne d’adresse de loin et un Braun trop maladroit, ça poserait probablement des problèmes de spacing pour une équipe qui a justement manqué de réussite derrière l’arc. Ça peut marcher uniquement si au moins deux des joueurs cités tournent régulièrement autour des 37-38% à trois-points.
Peyton Watson n’a pas pu jouer les playoffs en raison d’une blessure aux ischios contractée début avril. Son absence s’est clairement faite ressentir. Ses qualités athlétiques et son énergie auraient été déterminantes contre des Timberwolves bien plus agressifs que leurs adversaires. Ce boost, Aaron Gordon est censé l’assurer mais il était diminué par une santé fragile. Watson (23 ans) est plus jeune que le trentenaire et il sort d’une saison à plus de 14 points, 49% de réussite aux tirs et 41% derrière l’arc. Il est amené à continuer à progresser et il sera bientôt difficile de lui refuser une place dans le cinq.
Denver peut sans doute faire encore une saison avec les deux. Mais la franchise est à un carrefour : soit elle se séparer de Gordon maintenant… soit elle surfe sur la cote de son jeune joueur pour aller chercher un autre talent censé aider Jokic à décrocher une nouvelle bague.
Vu l’émergence des San Antonio Spurs et la domination du Oklahoma City Thunder, deux équipes très jeunes, faire « all in » sur les deux ou trois années à venir paraît risqué. Mais mieux vaut tenter sa chance maintenant, avant le prime de Victor Wembanyama. Enfin, la logique ne s’applique pas à toutes les équipes mais les Nuggets ont un joueur souvent considéré comme le meilleur au monde, ou au moins l’un des meilleurs au monde. Maximiser ses plus belles années de basket prend son sens. D’où la conclusion : plutôt que de transférer AG, peut-être que le management doit sacrifier Watson, qui ne sera de toute façon pas le franchise player une fois le « Joker » parti à la retraite.
Kawhi Leonard aux Nuggets avec Nikola Jokic ?
C’est le moment d’enfin évoquer Kawhi Leonard. Les Los Angeles Clippers n’ont pas atteint les playoffs, battus au play-in par les Phoenix Suns. Mais deux choses ressortent de la saison des Californiens. La première, c’est que Kawhi était en bonne santé et il est clairement encore l’un des dix meilleurs basketteurs de la planète. La deuxième, c’est que la franchise a entamé son processus de rajeunissement en acquérant Darius Garland, Bennedict Mathurin et des futurs tours de draft en se séparant de James Harden et d’Ivica Zubac.
Il est logique que le démantèlement se poursuive pendant l’intersaison. Et ça commence par Leonard. Son trade est déjà annoncé par plusieurs médias américains. Les Clippers ne sont pas obligés de faire ce deal. Il est leur superstar depuis 2019. Mais il est évident que l’organisation entre dans une nouvelle ère. Son seul but va être d’assainir les finances, de construire une nouvelle base solide et moderne en essayant par la suite d’attirer des free agents ou des superstars en quête d’un trade. Le regard est porté sur l’avenir. Leonard ne peut plus incarner ça. Son contrat à 50 millions de dollars (l’officiel…) expire en juillet 2027 et les Angelenos n’ont aucun intérêt à le prolonger au prix fort.
Denver reçoit : Kawhi Leonard (50 millions)
Los Angeles reçoit : Peyton Watson (sign&trade autour des 25-27 millions annuels), Cam Johnson (23 millions), Zeke Nnaji (7,4 millions), compensation à la draft
Notons que les Nuggets devront d’abord se séparer du contrat de Jonas Valanciunas pour faciliter le move. Le Lithuanien était déjà pressenti pour revenir en Europe en septembre dernier.
Pour ceux qui pensent que l’offre est faible, n’oublions pas que Leonard est en fin de contrat. Ça affecte forcément sa valeur quelle que soit son niveau de jeu, notamment parce que les Nuggets devront lui offrir un nouveau contrat onéreux pour rentabiliser l’échange.
Cam Johnson est purement un asset dans ce deal, tout comme l’éventuelle compensation à la draft qui reste à déterminer. Le principal élément reste Peyton Watson. Il faut le voir comme le Jerami Grant pré-explosion au scoring. Les Clips miseraient sur l’avenir en ajoutant encore un joueur au profil actuel, avec du potentiel et des qualités athlétiques. Bien sûr que Watson ne sera jamais une star comme Kawhi. Mais s’il se rapproche des 19-20 points de moyenne, il fera figure d’éventuelle troisième option offensive si jamais un cador venait à signer à Los Angeles dans quelques années. Ou peut-être qu’il servira à nouveau de monnaie d’échange, allez savoir.
Pour Denver, c’est risqué. C’est un pari. Celui de partir au combat avec deux, voire trois, cadres souvent sujets aux blessures. Leonard, Gordon et potentiellement Murray. Mais sur le papier, Jokic entouré de ces quatre-là, ça claque. Ça rivalise théoriquement avec le Thunder et des Spurs pas encore à leur sommet. Ça peut, bien sûr, tourner à la catastrophe si KL se fait le genou deux semaines avant les playoffs. Dans la vie, parfois, il faut être joueur.
