Que vaut vraiment Hassan Whiteside ?

Hassan Whiteside va toucher le jackpot en fin de saison. Mais est-il bien raisonnable pour Miami d'offrir un contrat max à un joueur aussi enthousiasmant que frustrant ?

Que vaut vraiment Hassan Whiteside ?
L'histoire d'Hassan Whiteside est belle et pas si fréquente de nos jours en NBA. Qu'un joueur drafté au 2e tour fasse 6 passages en D-League, porte les couleurs de deux clubs différents au Liban et en Chine, avant de devenir le meilleur contreur de NBA et un candidat sérieux pour le All-Star Game, c'est même assez exceptionnel. Si le Heat et son grand manitou Pat Riley peuvent s'auto-congratuler d'avoir fait cette superbe pioche à même pas 1 million de dollars la saison, le moment de la réflexion approche. Whiteside, dont le contrat de 2 ans arrive à expiration à la fin de la saison, sait parfaitement que ses performances sur le terrain et ses statistiques ont mis une claque à beaucoup de monde. Et lui ont dû coup assuré d'être courtisé et de toucher un pactole auquel il ne rêvait évidemment pas lorsqu'il galérait au Proche-Orient... Miami part forcément avec une longueur d'avance, puisque c'est bien la franchise floridienne qui a sorti le joueur du trou et lui a permis de se révéler. Sans parler du fait que le Heat a quand même une base solide et de quoi être ambitieux pour les 2 ou 3 années qui viennent, grâce à Dwyane Wade, Chris Bosh ou Goran Dragic. Mais Pat Riley prendra-t-il le risque de lui offrir un contrat maximum ? Si l'on part du principe qu'à 26 ans et une petite centaine de matches seulement derrière lui Hassan Whiteside peut encore progresser, oui. Si l'on veut faire un peu de maths, c'est nettement moins sûr.

Wade est-il prêt à sacrifier de l'argent pour Whiteside ?

En l'état, un contrat max coûtera environ 22.5 millions de dollars par an au Heat. S'ils font signer Whiteside pour ce montant, ils atteindront 72.5 millions sur 90 autorisés avec Bosh, Winslow, Dragic, McRoberts, Richardson et donc Whiteside. Il leur restera environ 18 millions à dépenser pour 6 places. Tout dépendra du coup de ce que souhaite Dwyane Wade. S'il demande ne serait-ce que 12 millions (il en gagne 20 cette saison), les spots restants seront tous réservés à des contrats minimum. Il n'y aurait donc pas de place pour améliorer l'équipe avec des renforts extérieurs, à moins que Pat Riley ne réussisse le même tour de force que RC Buford à San Antonio, lequel a convaincu une pointure comme David West de lui faire une gigantesque ristourne.
[superquote pos="d"]Le manque de progrès tactiques de Whiteside fait perdre patience à Wade et Bosh.[/superquote]Dwyane Wade étant le taulier du Heat, il y a fort à parier qu'il sera consulté à ce sujet. Il y aura vraisemblablement un dîner aux chandelles entre Riley et "Flash" dont on peut en imaginer la teneur. "Est-ce que tu es prêt à accepter que Whiteside touche le jackpot et te fasse gagner moins d'argent ? Ou est-ce que je dois jouer la carte des sentiments et lui faire comprendre que sans nous il ne serait rien ?". Pour le moment, la réponse de Wade est assez incertaine. Les deux hommes s'entendent plutôt bien sur le terrain et fréquentent régulièrement le top 10 grâce aux alley-oops qu'ils s'envoient les yeux fermés.
"Il y a 10 ans, dans la rue, je faisais semblant d'être Shaq et mon pote était D-Wade. Il m'envoyait des passes lobées et moi je dunkais. Aujourd'hui, je fais ça dans la vraie vie, avec le vrai Dwyane Wade, c'est dingue", expliquait même le natif de Caroline du Nord dans le Washington Post.
Mais le spectacle et les statistiques ne font pas tout, le triple champion NBA le sait parfaitement. Whiteside a beau tourner à 12.1 points, 11.1 rebonds et 3.8 contres par match, ses lacunes tactiques et son manque de lucidité sont parfois suffisamment criantes pour faire sortir le placide Wade de ses gonds. L'autre soir face aux Clippers, le vétéran s'est même mis en rogne et a tiré Whiteside par le maillot en lui demandant pourquoi l'écran qu'il avait demandé n'était jamais venu. Certains informateurs plutôt fiables, comme Michael Wallace d'ESPN, affirment même que le manque de progrès tactiques d'Hassan Whiteside et de Gerald Green (un autre revenant) font perdre patience aux deux leaders que sont Dwyane Wade et Chris Bosh. Selon eux, après autant de matches d'affilée dans un roster aussi expérimenté et habitué à la gagne, le pivot devrait être plus avancé et moins éparpillé tactiquement.

Un big man peut-il prospérer à l'ère du small ball ?

 
Le profil d'Hassan Whiteside est également un paramètre qui peut logiquement faire hésiter la direction du Heat. La mode n'est plus aux pivots à l'ancienne qui passaient leur vie autour du cercle. Les standards d'aujourd'hui réclament davantage de polyvalence, qu'il s'agisse d'étirer le jeu grâce à un shoot à mi-distance ou de distribuer des ballons dans la raquette.
[superquote pos="g"]Green : "Tu sais scorer mec ? Les grands sont des dinosaures".[/superquote]Comme on vous l'expliquait dans cet autre article, le #21 de Miami est statistiquement le plus mauvais passeur depuis pas loin de 70 ans en ce qui concerne les joueurs qui prennent au moins 7 tirs par match. Même des intérieurs comme Andre Drummond ou DeAndre Jordan dont le jeu d'attaque tourne également autour du dunk, font très nettement mieux que 0.2 passe de moyenne (avec un ratio de 48 tirs pris pour une passe décisive)...
D'un naturel très cash, Hassan Whiteside avait répondu à un journaliste local que s'il affichait aussi peu de passes décisives, c'est "parce qu'il est très difficile d'en faire lorsque c'est toujours vous qui êtes à la finition au dunk". Pas faux. Mais lorsque l'on voit le small ball des Warriors prospérer et inspirer la plupart des franchises, on se demande si l'argent investi sur Whiteside conduira au succès. Hassan Whiteside se moque par ailleurs pas mal des critiques sur son jeu unidimensionnel. Au point qu'il y a quelques semaines, on l'avait vu se lancer dans une petite joute sur Twitter avec Draymond Green, très représentative des différences entre les deux hommes.
Whiteside : - "Le small ball ne marche que contre des pivots qui ne scorent pas. J'aimerais bien qu'on mette quelqu'un de 2 mètres sur moi..."
Green : - "Tu sais scorer mec ? Les grands sont des dinosaures".
Whiteside : - "Deux dribbles dans la peinture et ça va crier à l'aide pour une prise à deux. Casse-toi avec ton small ball. Double-double facile. Prends du poids. Ne floppe pas".
Green : - Il y a 82 millions (comme le montant du contrat de Green..., NDLR) de raisons de flopper et la D-League n'en a jamais été une. Continue de porter des T-shirts pour réclamer qu'on augmente ta note à NBA2K..."

Crédible pour le All-Star Game

[superquote pos="d"]Winslow : "Ce ne sont pas les contres en eux-mêmes, mais plutôt la crainte qu'un contre puisse arriver qui joue en notre faveur".[/superquote]En attendant, Hassan Whiteside vit plutôt bien sa situation. Il vient ainsi d'entrer en campagne pour être sélectionné pour le All-Star Game 2016, avec un argument que les fans lassés par la parodie de basket qu'est devenu l'événement approuveront : "Avec moi, il y aura de la défense". Si ses aînés comme Wade et Bosh sont un peu frustrés par son évolution, ses autres camarades l'adorent et prennent fait et cause pour lui, à l'image de Justise Winslow, qui a écrit une tribune franchement bien rédigée pour convaincre son lectorat du niveau atteint par Whiteside.
"Je pense que d'une certaine manière Hassan est sous-coté. Il a de la reconnaissance, mais les gens ne se rendent pas compte à quel point sa présence au contre change un match. Ce ne sont même pas les contres en eux-mêmes, mais plutôt la crainte qu'un contre puisse arriver qui joue en notre faveur."
"J'ai vu de très bonnes équipes chambouler tous leurs plans offensifs à cause de lui. J'ai aussi vu des shooteurs de classe mondiale sentir sa présence, se dépêcher de tirer et rater à chaque fois. J'ai vu des dunkeurs de concours entendre Hassan sur leurs pas et transformer leur geste en fadeaway après avoir été pris d'une secousse en pleine élévation. Je vous le dis : c'est fou ce que font certaines équipes pour l'éviter. Et ne vous méprenez pas, je les comprends".
"Que vous votiez pour lui ou non, ce n'est pas grave. Mais si vous votez pour un autre, je vous conseille de cliquer aussi fort que possible. Qui sait, Hassan pourrait venir contrer votre vote..."
Tant qu'on ne sait pas si Miami participera ou non aux playoffs (la logique voudrait que oui, mais la densité exceptionnelle de la Conférence Est maintient le suspense) et s'y montre compétitif, difficile de savoir si Hassan Whiteside portera encore le maillot du Heat la saison prochaine. On peut imaginer qu'une franchise comme les Bulls, dont Whiteside est fan depuis l'enfance, aura les arguments pour le convaincre. C'était d'ailleurs face à Chicago, il y a un an presque jour pour jour, que l'on avait compris que ce type sorti de nulle part n'était pas n'importe qui. Pas sûr que l'on reverra de si tôt un joueur signer un triple-double avec 14 points, 13 rebonds et 12 contres dans un match NBA... https://www.youtube.com/watch?v=lUKZaRnFYdo