De toute façon, LeBron James ferait un mauvais GM

De toute façon, LeBron James ferait un mauvais GM

Supporteurs français, ne vous offusquez pas du fait que le King préfère Dennis Smith Jr à Frank Ntilikina. On sait tous qu’il ne serait pas un bon dirigeant.

Antoine PimmelPar Antoine Pimmel | Publié  | BasketSession.com / MAGAZINES / Focus
Les propos de LeBron James ont fait l’effet d’une bombe. Enfin, surtout en France. Après une victoire à l’arrachée de ses Cleveland Cavaliers en difficulté contre des modestes (pour ne pas dire faiblards) Dallas Mavericks, le quadruple MVP a validé le rookie texan Dennis Smith Jr. Plutôt que de simplement complimenter le jeune meneur, il a préféré incruster les New York Knicks dans la discussion. En se permettant au passage d’égratigner la décision de Phil Jackson, ex-Président de l’organisation de la grosse pomme avec qui il s’est brouillé l’an dernier. Tout ça pour dire que James a créé un débat en affirmant que Smith « aurait dû être un joueur des Knicks. » Autrement dit, en plus direct : New York – et donc surtout Jackson – a fait une erreur en sélectionnant Frank Ntilikina avec le huitième choix de la dernière draft. Déjà, il semble évident que les motivations du King était tout autre que de clasher le jeune français. C’était là une pique envers Phil, coupable d’avoir employé le dégradant « posse » (crew) pour désigner tous les amis et associés qui voyagent en permanence avec LeBron. Ensuite, c’était aussi une manière de recentrer les discussions sur un autre sujet à l’heure où ses Cavaliers patinent. Cleveland va affronter New York. Et la presse ne parle plus des galères des triples finalistes mais des choix hypothétiques de LeBron le (faux) GM. Une superbe opération de communication dont il a le secret. Mais trop tard. En France, la guerre est déclarée avec le champion NBA. Comment peut-il oser s’en prendre à Ntilikina ? Le futur de notre équipe de France. Un rookie discret, certes, mais dont l’impact est évident pour tous ceux qui ont regardé jouer les Knicks plus d’une fois cette saison. Peu importe que les fans new-yorkais eux-mêmes pensaient comme LeBron James avant le coup d’envoi de la saison. Il fallait protéger le « French Prince ». Kristaps Porzingis et Enes Kanterqui n’avait jamais aussi bien défendu de sa vie – sont montés au créneau pour contredire les affirmations hâtives de la star de l’Ohio. Maintenant, calmons-nous tous. Souvenons-nous de l’essentiel : de toute façon, James ferait un mauvais GM. Comme toutes les giga-méga-superstars de l’Histoire de la ligue, il a un droit de regard sur tout ce qui se trame au sein de ses différentes organisations. Sauf que le King, comme son surnom l’indique, est particulièrement attiré par le pouvoir. Il le dit lui-même. Il aime diriger, prendre les décisions, etc. Son influence, il est évident qu’elle a souvent dépassé le cadre du parquet. Il s’est servi de son immense popularité pour imposer, ou au moins faire pression, sur les choix effectués par les Cavaliers depuis le début de sa carrière (il avait un peu moins de poids au Miami Heat). En 2010 (2010 !!!!), Bleacher Report signait déjà un article intitulé : « LeBron James est le pire GM de la NBA ». Le média US pointait du doigt la façon dont le narcissisme du joueur le poussait à réclamer de plus en plus de pouvoir décisionnaire au sein des Cavaliers (pour finalement se barrer). C’est plus l’attitude globale du joueur qui est souligné dans l’article. Mais deux décisions ressortent tout de même. A cette époque, il tenait absolument à avoir un gros pivot lourd dans son équipe. La NBA n’était pas encore axée sur le « small ball ». Il a donc insisté et fait venir un Shaquille O’Neal de 37 ans. Une légende rincée. Shaq n’a fait qu’une seule saison dans l’Ohio. Il jouait à peine 23 minutes par match. Vous avez toujours pensé que les équipes de LeBron manquait de talents avant qu’il ne signe à Miami ? Et bien sachez qu’il a à chaque fois eu une influence très importante sur le roster mis en place. James était esseulé chaque année avant de former son « Big Three » au Heat. Mais ça, c’est aussi parce qu’il choisissait mal ses coéquipiers. Il a fait pression sur ses dirigeants pour obtenir les mauvais joueurs. En se focalisant souvent sur les noms ronflants. Pareil cet été. Il a été très actif lors de la signature de Derrick Rose. Un ancien MVP… qui n’a plus du tout le même niveau de jeu depuis sa grave blessure en 2012. James voulait donner une chance à Rose. La saison est encore longue, l’ex-star des Bulls va peut-être finir par contribuer. Pour l’instant, son rendement est catastrophique. Oubliez les stats du bonhomme. D-Rose claque ses 14 points par match. Mais à chaque fois qu’il rentre, les Cavs sont mauvais. Parce qu’il ne défend pas. Parce qu’il ne joue pas collectif. Et parce qu’il ne crée par d’espaces. Son jeu est stéréotypé et les défenses modernes – mêmes celles des équipes modestes en saison régulière – sont trop intelligentes et suffisamment préparés pour se faire avoir. En conséquence, les joueurs de Tyronn Lue sont nettement moins performants (un box +/- de -7,9) quand leur meneur est sur le terrain. Au point où certains analystes réclament désormais que Rose soit laissé sur le banc. Là encore, cet effectif des Cavaliers, il a été en grande partie construit par LeBron James. Plusieurs de ses coéquipiers ont le même agent que lui, le puissant Rich Paul. Allez, le King est même soupçonné de diriger en douce l’agence Klutch Sports. Si Tristan Thompson et J.R. Smith portent encore les couleurs de Cleveland aujourd’hui, c’est parce qu’il l’a décidé. Le premier a reçu un contrat max à hauteur de 84 millions de dollars sur cinq ans. Il est aussi bien payé que Draymond Green, All-Star incontournable des Golden State Warriors. Smith a eu le droit à sa cinquantaine de millions sur quatre piges. A chaque fois, James a fait pression pour que ses deux camarades soient prolongés. Sauf qu’à l’heure actuelle, ce sont typiquement ces deux deals qui empêchent la franchise de vraiment se renforcer. Elle n’a plus aucune marge de manœuvre. Parce que plutôt que de laisser ses dirigeants bosser dans l’ombre, il a voulu mettre son grain de sel. Il a utilisé son influence. Rien ne dit que les Cavaliers n’auraient pas quand même conservé les deux loustics. Mais à ce prix ? Alors qu’il n’y avait aucune concurrence sur les dossiers ? Impossible de ne pas y voir le coup de patte de James. Il avait déjà fait de même avec le Heat lors de la draft 2014. En dénicheur de talents autoproclamé, il avait jeté son dévolu sur Shabazz Napier. Comme souvent, c’est à travers les réseaux sociaux qu’il a fait comprendre qu’il valait mieux ne pas le contrarier. Et pour LeBron, le talent absolu de cette cuvée, c’était donc Napier, le MOP du Final Four. Mais si le meneur brillait à la fac avec UConn, les scouts craignaient que sa taille pose problème en NBA. Peu importe. Le Heat ne voulait sans doute pas vexer sa superstar en fin de contrat. Les dirigeants floridiens ont mis en place un trade pour piocher plus haut le soir de la draft. Et ils ont évidemment pris Napier. Devant Clint Capela ou Nikola Jokic. L’ex star des Huskies chauffe désormais le banc à Portland. Tout ça, c’est du James tout craché. Un besoin permanent de se mettre sur le devant de la scène. De tout contrôler. Et de mettre bien ses proches ou ceux qu’ils croient à même de réussir. Allez savoir, ses déclarations ont peut-être même comme but de se rapprocher de Smith Jr pour le signer un jour chez Klutch Sports. Au final, LeBron serait un GM calamiteux. Mais sans doute un excellent agent.
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