Les erreurs de Kevin Durant sur les réseaux racontent aussi sa carrière

Des burners à ses sorties sur les Warriors, Kevin Durant révèle ses contradictions, entre amour du basket et besoin persistant de reconnaissance.

Les erreurs de Kevin Durant sur les réseaux racontent aussi sa carrière

Kevin Durant ne s’est pas contenté d’expliquer que les nouveaux Sixers seraient de très sérieux candidats au titre. Il a tenu à les comparer aux Warriors qu’il avait rejoints en 2016. Puis il a poussé le raisonnement un peu plus loin sur Instagram, en assurant que Philadelphie était nettement plus impressionnant « sur le papier ».

On peut évidemment discuter de son analyse purement basket. Réduire Klay, et surtout Draymond, à leurs moyennes de points, c’est quand même assez curieux pour quelqu’un qui a vécu de l’intérieur ce qui rendait ces Warriors aussi forts. Cette équipe n’était justement pas une simple addition de joueurs capables de marquer 25 points. Elle tournait grâce à la complémentarité, au mouvement, à la défense et à des gars dont l’impact dépassait très largement la feuille de stats.

Mais cette nouvelle sortie est surtout intéressante pour ce qu’elle raconte de Kevin Durant. Depuis des années, KD se présente comme un simple « hooper ». Un passionné qui veut jouer, parler basket et être jugé sur ce qu’il fait sur le terrain. Et tout cela est probablement sincère. Durant aime manifestement ce sport comme peu de superstars de son niveau.

Simplement, il n’est pas uniquement ce basketteur détaché des récits, des débats et de l’opinion des autres qu’il aimerait parfois être.

Timide, prudent, mais déjà plein de certitudes

J’avais eu l’occasion de le rencontrer lors d’un voyage de presse dans la région de Washington, avant son titre de MVP et bien avant son départ pour Golden State. Nous avions découvert les endroits où il avait grandi et discuté avec sa mère, son cousin et plusieurs de ses proches. J’avais aussi pu l’interviewer pour un ancien numéro de Reverse.

À l’époque, je l’avais trouvé plutôt aimable, prudent et timide. Pas spécialement froid, encore moins arrogant, mais pas évident à lire non plus. Il donnait parfois l’impression de chercher ses mots et de ne pas toujours savoir jusqu’où il voulait se livrer.

Kevin Durant se met à dos Klay Thompson et Draymond Green dans une comparaison

En revanche, dès que certains sujets liés au basket arrivaient sur la table, cette hésitation disparaissait. Il avait déjà des certitudes très fortes sur le joueur qu’il était et sur celui qu’il pouvait devenir. Ce mélange d’insécurité et d’assurance m’avait marqué. Avec le recul, il ressemble assez bien au personnage public que Durant est devenu.

Il peut donner l’image d’un homme réservé, qui ne court pas nécessairement après la lumière et voudrait simplement faire son métier. Puis, dès qu’il est question de sa valeur, de ses choix ou de sa place dans l’histoire, le ton change. KD devient beaucoup plus tranchant, parfois agressif, et paraît incapable de laisser passer une remarque qu’il juge injuste.

Ça ne fait pas de lui quelqu’un de détestable. Ça montre surtout qu’il reste très concerné par la manière dont il est perçu, malgré tous ses discours sur son indifférence au bruit extérieur.

Les réseaux comme révélateur

Ses errements sur les réseaux sociaux ne sont pas seulement une série d’anecdotes amusantes. En 2017, Durant avait accidentellement répondu depuis son compte principal à des critiques concernant son départ d’Oklahoma City, en parlant de lui à la troisième personne et en s’en prenant notamment à Billy Donovan et à l’effectif du Thunder. Il avait ensuite présenté ses excuses, qualifiant lui-même son comportement d’« idiot » et d’« enfantin ».

Quelques années plus tard, il reconnaissait continuer à utiliser des comptes anonymes pour pouvoir s’exprimer plus librement. Plus récemment, un nouveau compte lui a été attribué après la diffusion de messages très critiques envers plusieurs coéquipiers ou anciens partenaires à Houston. Rien n’a permis de prouver définitivement qu’il en était bien le propriétaire, et Durant a refusé d’entrer dans ce qu’il appelait des « histoires Twitter ».

Pris séparément, chaque épisode peut sembler anecdotique. Mis bout à bout, ils dessinent quand même un joueur qui n’a jamais vraiment réussi à se détacher du débat autour de lui.

Durant veut pouvoir dire qu’il se moque des classements, de l’héritage et de ce que pensent les gens. Mais il revient sans cesse dans la conversation. Il répond aux fans, conteste les critiques, défend ses décisions et essaie parfois de corriger la manière dont certains épisodes de sa carrière sont racontés.

Il ne cherche pas forcément à être aimé de tout le monde. En revanche, il tient visiblement à ce que l’on reconnaisse sa valeur exactement comme lui la conçoit.

Golden State n’a jamais réglé la question

C’est sans doute ce qui explique une partie du malentendu autour de son passage aux Warriors. Dans l’esprit de Durant, ses performances auraient probablement dû suffire. Il avait rejoint une équipe exceptionnelle, s’y était parfaitement intégré, avait remporté deux titres et deux trophées de MVP des Finales. Sur le terrain, il était difficile de lui reprocher quoi que ce soit.

Sauf qu’une grande partie du public n’a jamais réussi à séparer ses performances des conditions de son arrivée. Il avait rejoint une équipe championne deux ans plus tôt, qui venait de gagner 73 matches et de l’éliminer après avoir été menée 3-1. Durant pensait peut-être que son niveau de jeu finirait par rendre tout ce contexte secondaire. Ce n’est jamais arrivé.

Sa sortie actuelle sur les Sixers donne même parfois l’impression qu’il essaie encore de minimiser la puissance de l’équipe qu’il avait rejointe. Pas forcément pour attaquer Klay ou Draymond, mais parce que reconnaître pleinement ce qu’étaient ces Warriors fragilise le récit qu’il aimerait imposer : celui d’un grand joueur ayant simplement évolué avec d’autres grands joueurs, comme cela s’est toujours fait en NBA.

C’est aussi là que ses réactions sur les réseaux expliquent certaines choses de sa carrière. Durant n’a jamais semblé complètement satisfait de la manière dont ses titres avaient été reçus. Il a eu les bagues et les trophées, mais pas l’unanimité qu’il imaginait peut-être obtenir avec.

Une trace immense, mais particulière

À bientôt 38 ans, Kevin Durant semble donc toujours chercher la bonne définition de lui-même. Est-il simplement un amoureux du basket qui a pris les décisions qu’il estimait les meilleures pour son jeu ? Une superstar blessée de ne pas être davantage reconnue ? Un troll qui s’amuse avec les réactions du public ? Probablement un peu de tout cela.

Il serait évidemment injuste de réduire sa carrière à ses tweets ou à son départ pour Golden State. Durant restera l’un des joueurs offensifs les plus doués que la NBA ait connus. Son talent pur aurait dû lui assurer une place presque incontestable au sommet de sa génération.

Il laissera pourtant une trace plus particulière, et forcément plus clivante. Parce que ses choix ont compté, mais aussi parce qu’il n’a jamais totalement cessé de se battre avec la manière dont ils étaient perçus.

Kevin Durant a souvent répété qu’il voulait simplement être un joueur de basket. Ses réactions montrent qu’il a aussi toujours voulu être compris. Et même en fin de carrière, il ne semble pas encore tout à fait certain d’y être parvenu.