La pré-saison NBA est un exercice un peu particulier. On y voit des joueurs inconnus inscrire 25 points avant de disparaître en G League, des équipes gagner de 40 points contre des adversaires venus sans leurs titulaires et des entraîneurs expérimenter des choses qu'ils n'oseront peut-être jamais reproduire lorsque les matches compteront vraiment. Mais au milieu de tout ça, il y a quand même des tendances à observer et des enseignements à tirer.
À quelques heures du coup d'envoi de la saison 2026-2027, voici dix choses que ces deux semaines de basket nous ont apprises, entre nouvelles associations prometteuses, choix tactiques surprenants et premiers indices sur ce qui nous attend.
Ben Simmons, une terrible blessure au pire moment
Les Spurs vont vraiment tenter le coup avec trois arrières
C'était l'une des grandes interrogations de l'intersaison à San Antonio : comment faire cohabiter De'Aaron Fox, Stephon Castle et Dylan Harper ? Mitch Johnson semble avoir trouvé sa réponse. Les trois vont jouer ensemble, et vraisemblablement beaucoup.
Les Spurs ont expérimenté un cinq réunissant ces trois créateurs, Devin Vassell au poste 4 et Victor Wembanyama comme unique intérieur. Une configuration ambitieuse, qui mise sur la vitesse, la polyvalence et la capacité de chacun à créer des décalages plutôt que sur un équilibre traditionnel.
Les premières minutes du trio ont été laborieuses, mais la suite a montré un potentiel offensif considérable. Harper, notamment, a confirmé sa montée en puissance avec 14,8 points de moyenne et 57,1 % à trois points durant cette préparation.
Évidemment, il faudra voir ce que cette formule donne face à des équipes particulièrement physiques et dominantes au rebond. Mais avec Wembanyama pour sécuriser la raquette, les Spurs ont peut-être les moyens de se permettre quelques fantaisies. Et si tout le monde parvient à partager le ballon, ça peut faire très, très mal.
Les Wolves vont courir et Anthony Edwards pourrait devenir encore plus dangereux
L'association entre LaMelo Ball et Anthony Edwards suscitait autant de curiosité que d'interrogations. Deux joueurs habitués à avoir le ballon entre les mains, deux personnalités fortes et une équipe qui avait parfois tendance à ralentir le jeu offensivement.
Les premiers indices sont encourageants. Minnesota cherche à jouer plus vite, à exploiter la créativité de Ball en transition et à multiplier les situations où Edwards peut recevoir le ballon avec un avantage plutôt que de devoir systématiquement fabriquer quelque chose à partir de rien.
L'intéressé a d'ailleurs expliqué qu'il s'habituait tellement à jouer sans ballon aux côtés de LaMelo qu'il devait parfois se rappeler de redevenir le créateur principal lorsque celui-ci quittait le terrain.
Jonathan Kuminga apporte lui aussi une dimension athlétique supplémentaire, tandis que Rudy Gobert peut profiter de la qualité des passes de son nouveau meneur.
Le pari de Minnesota est finalement assez simple : rendre la vie plus facile à Edwards sans diminuer son impact. Si la défense tient le choc et que Ball reste disponible, les Wolves pourraient être beaucoup plus amusants à regarder cette saison.
Orlando a découvert une invention formidable : le tir à trois points
C'est peut-être l'un des changements les plus spectaculaires de cette présaison. Sous les ordres de Sean Sweeney, le Magic ne semble plus vouloir se contenter de défendre comme des morts de faim en espérant que Paolo Banchero ou Franz Wagner trouvent une solution en attaque.
La circulation du ballon est plus fluide, les joueurs bougent davantage sans ballon et, surtout, Orlando semble enfin disposé à dégainer de loin sans demander trois autorisations au préalable.
Le symbole de cette petite révolution est Tristan da Silva, qui a tenté 32 tirs à trois points sur ses trois premières rencontres de préparation. Sweeney lui a manifestement donné un feu vert permanent.
Le Magic a terminé cette présaison parmi les meilleures équipes de la ligue en efficacité offensive, avec notamment une hausse très nette de son volume de tirs extérieurs.
Évidemment, il ne suffit pas de prendre davantage de trois points pour devenir une bonne équipe offensive. Mais un Orlando capable de défendre avec son intensité habituelle tout en espaçant correctement le terrain pourrait franchir un cap important à l'Est.
LeBron James, le chef d'orchestre de luxe des Sixers
La réunion de LeBron James, Joel Embiid, Jaylen Brown et Tyrese Maxey semblait presque relever d'une expérience sur NBA 2K. Comment répartir les possessions entre autant de joueurs habitués à monopoliser le ballon ?
La présaison n'a évidemment pas réglé toutes les questions, mais elle a fourni un premier indice : LeBron ne semble pas avoir l'intention de se battre pour être le meilleur marqueur de cette équipe.
Pour ses débuts sous le maillot des Sixers, il n'a inscrit que 10 points, mais avec cinq passes décisives et une vraie volonté d'organiser le jeu. Lors du dernier match contre Boston, il a distribué sept passes, pris huit rebonds et inscrit huit points.
Pendant ce temps, Brown a déjà montré qu'il pouvait scorer efficacement sans avoir besoin de trente possessions, Maxey continue de mettre une pression constante sur les défenses et Embiid conserve son statut de point d'ancrage.
Le défi sera de rendre tout cela cohérent sur la durée. Mais l'idée d'un LeBron davantage facilitateur, entouré de plusieurs finisseurs de très haut niveau, a quelque chose d'assez excitant. À 41 ans, le King semble prêt à changer encore un peu de métier.
À Portland, la gestion des arrières promet un sacré casse-tête
Ja Morant et Damian Lillard dans la même équipe : sur le papier, ça ressemble à un rêve de fan de NBA qui aurait un peu trop joué avec les transferts.
Pourtant, c'est bien la réalité à Portland. Et les deux hommes ont offert un aperçu intéressant de leur association lors du dernier match de préparation contre Golden State, en combinant 42 points.
Morant a notamment inscrit 19 points à 8/10 au tir, dont un parfait 3/3 derrière l'arc. Son explosivité et sa capacité à pénétrer peuvent parfaitement compléter la menace extérieure de Lillard.
Le problème, c'est que Portland possède aussi Jrue Holiday et Scoot Henderson. Quatre arrières qui ont tous des arguments pour jouer des minutes importantes, avec des profils et des statuts très différents.
Micah Nori devra donc trouver un équilibre entre développement des jeunes, ambitions immédiates et complémentarité des différents cinq. Lillard et Morant peuvent offrir des séquences offensives assez folles, mais défensivement, il faudra parfois trouver des solutions moins glamour.
Les Warriors vont commencer la saison avec Draymond Green pivot et un rookie titulaire
Golden State aurait sans doute préféré disposer d'un Kristaps Porzingis en bonne santé. Mais avec le Letton indisponible pour une durée indéterminée, Steve Kerr doit envisager des solutions alternatives.
Et l'une d'elles consiste à titulariser Draymond Green au poste de pivot, aux côtés de Stephen Curry, Brandin Podziemski, Gui Santos et du rookie Yaxel Lendeborg.
Lendeborg a d'ailleurs été l'une des bonnes surprises de cette préparation. Actif, polyvalent et capable d'apporter des deux côtés du terrain, il semble avoir gagné rapidement la confiance du staff.
Green en pivot, ce n'est évidemment pas une nouveauté. Mais lui demander d'assumer régulièrement cette responsabilité, dans une équipe vieillissante et privée de certaines garanties dans la raquette, représente un véritable pari.
Il faudra aussi surveiller l'utilisation d'Al Horford, dont la charge de travail restera limitée. Les Warriors disposent toujours d'une intelligence collective précieuse, mais leur équilibre intérieur paraît particulièrement fragile à l'approche de la saison.
Atlanta va devenir un enfer pour les arrières adverses
Il y a quelques années, l'identité des Hawks reposait essentiellement sur la créativité offensive de Trae Young. Aujourd'hui, le projet d'Atlanta semble radicalement différent.
Avec Dyson Daniels, Nickeil Alexander-Walker et désormais Luguentz Dort, Quin Snyder dispose d'un trio de défenseurs extérieurs capable de faire vivre des soirées particulièrement désagréables aux meilleurs créateurs de la ligue.
Dort a immédiatement donné le ton en présaison, avec une pression physique constante sur le porteur de balle. Daniels conserve ses qualités d'anticipation et Alexander-Walker apporte une combinaison précieuse de défense et de menace offensive.
Fait intéressant, Snyder n'a pas systématiquement aligné les trois ensemble. Il a aussi cherché à répartir leurs minutes pour maintenir une pression défensive élevée quelles que soient les rotations.
Avec Jalen Johnson pour assurer une partie de la création offensive, Atlanta possède les armes pour développer une identité beaucoup plus physique et agressive. Reste évidemment la question du spacing lorsque plusieurs défenseurs peu fiables à trois points se retrouvent simultanément sur le parquet.
Les Lakers cherchent à faire jouer Luka Doncic autrement
On connaît la formule : donner le ballon à Luka Doncic, attendre qu'il crée un avantage, puis regarder ce qui se passe. Elle fonctionne plutôt bien, mais elle a aussi ses limites, particulièrement lorsque les défenses peuvent anticiper chaque possession.
JJ Redick semble donc vouloir diversifier son attaque. La présaison a permis d'observer davantage de mouvements de Doncic sans ballon, des sorties d'écran, des séquences en mouvement et des possessions initiées par d'autres joueurs.
Austin Reaves pourrait notamment bénéficier de responsabilités accrues à la création, tandis que Sandro Mamukelashvili apporte une option intéressante grâce à sa combinaison de tir et de qualité de passe.
L'objectif n'est évidemment pas de transformer Luka en shooteur attendant sagement dans le corner. Mais lui permettre de recevoir le ballon dans des positions différentes, après que la défense a déjà été mise en mouvement, pourrait rendre l'attaque des Lakers moins prévisible.
Cela reste un chantier et les automatismes sont encore à construire. Mais la volonté de changement semble réelle.
Boston n'a pas l'air décidé à disparaître du paysage
Perdre un joueur du calibre de Jaylen Brown aurait pu entraîner une période de transition délicate. Les Celtics, eux, ont conclu leur préparation avec quatre victoires en quatre matches et quelques motifs sérieux d'optimisme.
Jayson Tatum semble revenu à un excellent niveau après ses problèmes physiques, Payton Pritchard continue d'assumer des responsabilités offensives importantes et l'arrivée de Paul George apporte de la longueur et de l'expérience à une défense déjà redoutable.
Boston a également montré de très belles choses au rebond offensif, notamment avec Mitchell Robinson, et conserve une profondeur d'effectif intéressante.
Évidemment, remplacer Brown ne se fera pas par magie. Mais Joe Mazzulla possède suffisamment de solutions pour imaginer une équipe moins dépendante d'un deuxième créateur d'élite et davantage construite autour de la défense, du mouvement collectif et de Tatum.
Ceux qui espéraient voir Boston rentrer tranquillement dans le rang risquent d'être déçus.
Les Knicks ont rappelé qu'il ne fallait pas trop croire aux résultats de présaison
Terminons avec les champions en titre, qui ont achevé leur préparation sur un bilan de 1 victoire pour 4 défaites, avec notamment une humiliation de 50 points contre Toronto.
Faut-il déjà s'inquiéter pour Jalen Brunson, Karl-Anthony Towns et compagnie ? Pas nécessairement.
Mike Brown a reconnu avoir volontairement utilisé une attaque extrêmement simplifiée durant la présaison, afin de tester la capacité de ses joueurs à réagir lorsque les défenses connaissaient les systèmes à l'avance. Autrement dit, les Knicks ont parfois joué avec une partie de leur arsenal offensif rangée au vestiaire.
Le dernier match, remporté contre Toronto, a d'ailleurs permis de retrouver quelques séquences plus convaincantes.
New York a encore du travail, notamment pour intégrer ses nouvelles options de rotation et compenser le départ de Mitchell Robinson. Mais une équipe qui vient de remporter le titre ne perd pas subitement toutes ses qualités parce qu'elle a raté quatre matches amicaux.
C'est peut-être même le dernier enseignement de cette présaison : les résultats comptent relativement peu. Les intentions, les associations de joueurs et les changements de philosophie en disent souvent beaucoup plus.
Et sur ce plan-là, les deux dernières semaines ont donné sacrément envie de retrouver la vraie NBA.