Comment les Spurs ont battu les Warriors

La rencontre entre les San Antonio Spurs et les Golden State Warriors était terriblement intéressante. Analyse du choc de la saison.

Antoine PimmelPar Antoine Pimmel | Publié  | BasketSession.com / MAGAZINES / Analyse
Comment les Spurs ont battu les Warriors
Ce n'était pas un beau match. C'était même mieux que ça. C'était un grand match. Grands chefs de la NBA, les Golden State Warriors et les San Antonio Spurs ont revisité la recette des rencontres au sommet attendues et spectaculaires en remplaçant la quantité (de points marqués) par la qualité. L'élégance par l'intensité. Car si certains rêvaient d'un choc entre deux des meilleures équipes de l'histoire au sort décidé après trois prolongations et une centaine de paniers inscrits, c'est un tout autre plat que nous ont concocté les acteurs du match. Quelque chose de plus authentique, qui se rapproche de l'ambiance des grandes rencontres de playoffs auxquelles aspirent les deux derniers champions en titre. Les bagues, semblent-elles, se gagneraient en défense. C'était toutefois l'idée préconçues avant que les Warriors démontent les meilleurs schémas tactiques défensifs soir après soir, décrochent le sacre en juin dernier et reviennent encore plus forts cette saison. Mais, pour battre les Californiens, les Spurs sont revenus aux fondamentaux qui ont fait de San Antonio une équipe redoutable et terriblement ennuyeuse en début des années 2000 : un tempo lent et de la défense dure - très dure - sur l'homme.

Un Curry sans saveur

Les Warriors ont terminé la partie avec 79 points à 37% de réussite aux tirs, évidemment leur plus faible total de la saison. Si l'effectif de Steve Kerr regorge de joueurs de qualité capables de shooter, driver ou passer, le succès offensif des Californiens repose principalement sur Stephen Curry. Le plus talentueux des cuistots étoilés de la ligue attire l'attention des cinq défenseurs adverses et libère des espaces pour ses coéquipiers parfois même sans toucher la gonfle. Son impact sur le parquet est sans équivalent en NBA. Pour étouffer les Warriors, les Spurs les ont d'abord privé de leur meilleur joueur, constamment harcelé qu'il ait ou non la balle entre ses mains. Ils ont veillé à ce que l'une des tuniques noires et blanches - grises pour l'occasion - se retrouve en permanence devant le futur double MVP. Illustration avec cette action dans le second QT où, tour à tour, Boris Diaw, Patty Mills et même Tim Duncan ont défendu sur Curry après avoir changé sur chaque écran. [caption id="attachment_317509" align="alignnone" width="636"] A peine l'écran posé que Boris Diaw s'est déjà préparé à "bumper" et à couvrir Stephen Curry.[/caption] [caption id="attachment_317510" align="alignnone" width="636"] Nouvel écran et nouveau changement avec désormais Patty Mills qui prend le relais pour éviter de laisser le meneur des Warriors prendre ses distances.[/caption] [caption id="attachment_317511" align="alignnone" width="636"] Même Tim Duncan s'est aventuré loin du cercle pour contenir Curry.[/caption] En harassant le numéro 30 d'Oakland, les Texans l'ont forcé à s'approcher du cercle ou à laisser ses coéquipiers prendre leurs responsabilités. Ils ont aussi écouter les conseils des "anciens" comme Oscar Robertson ou Walt Frazier en imposant un défi physique à Stephen Curry tout au long de la rencontre. L'un de ses tirs primés a même été bloqué (par Danny Green) pour la première fois de la saison. https://www.youtube.com/watch?v=C27yHs3FJ0k [superquote pos="d"]"Steph n'a jamais pu se mettre dans le rythme." Steve Kerr[/superquote]Pas toujours très inspiré depuis le début de la saison, Danny Green a rappelé qu'il n'était pas seulement un tireur d'élite mais aussi un défenseur de tout premier plan. Si les joueurs des San Antonio Spurs se sont tous relayés sur Curry, il a effectué le plus gros du boulot, laissant ainsi à Kawhi Leonard - le stoppeur numéro un des Texans - l'énergie nécessaire pour tirer profit de son arsenal offensif. Green a terminé avec un différentiel de +20, le meilleur +/- de la partie à égalité avec Boris Diaw. En agressant son vis-à-vis d'entrée de jeu, il l'a peu à peu sorti de son match.
"Steph a raté quelques tirs qu'il met habituellement en début de partie et il n'a jamais vraiment trouvé son rythme par la suite", commentait Steve Kerr.
Il a terminé avec 14 points, sa plus petite marque de l'année au scoring, à 4/18 aux tirs et 1/12 à trois-points en 37 minutes.
"Je ne nous ai pas permis d'être à l'aise en attaque. Je dois mieux gérer le match lorsque mes tirs ne rentrent pas. Je dois m'adapter et trouver une autre façon d'avoir un impact sur le jeu", confiait l'intéressé.

'LMA', pas de blabla, pas de tracas

Green n'a pas été le seul joueur de San Antonio à s'illustrer en défense. C'est l'ensemble du collectif - réputé pour ses merveilles d'actions altruistes en attaque - qui s'est appliqué à suivre le plan mis en place par Gregg Popovich et ses assistants. Changer à chaque écran demande une concentration et des efforts permanents avant de recouvrir les espaces suffisamment tôt pour éviter aux autres joueurs de Golden State de bénéficier de tirs trop ouverts. Les Spurs s'y sont attachés, à commencer par LaMarcus Aldridge, dont la prestation défensive n'était pas sans rappeler les travaux de Chris Bosh lorsqu'il était la troisième roue du carrosse doré du Miami Heat. Comme l'intérieur floridien en son temps, l'ex-star des Trail Blazers est sorti très haut sur les écrans afin de trapper le porteur de balle - Curry le plus souvent - pour l'empêcher de shooter de loin. [caption id="attachment_317508" align="alignnone" width="636"] LaMarcus Aldridge s'est dépensé en défense samedi soir.[/caption] Très actif - en attaque, en défense, aux rebonds - Aldridge a montré un tout autre visage que celui affiché lors de la déroute des Texans lors du premier match contre Golden State (défaite 120-90). Il a pesé sur la partie, cumulant 26 points et 13 rebonds. Une performance qui confirme la montée en puissance progressive de l'intérieur All-Star, de plus en plus à l'aise au sein du système des Spurs mais aussi de plus en plus impliqué sur le parquet. Il tourne d'ailleurs à 20 points et 9 rebonds de moyenne depuis le break du All-Star Weekend. Le déclic serait intervenu en l'absence (sur blessure) de Tim Duncan. C'était justement au côté de Diaw, et non TD, qu'Aldridge était aligné d'entrée hier soir.

Les mains de Diaw

Un cinq atypique, mis en place pour contrer le 'super small ball' des Golden State Warriors. Sans Andrew Bogut, les Californiens ont aligné un groupe de petite taille avec cinq joueurs capables du désormais traditionnel cocktail driver-shooter-passer. Le staff des San Antonio Spurs a donc riposté en sortant Duncan - huit minutes de jeu seulement samedi soir - pour le remplacer par 'Babac'. Curry, Klay Thompson, Harrison Barnes, Brandon Rush et Draymond Green avaient pris l'habitude de dézinguer leurs adversaires lorsqu'ils étaient alignés ensemble sur le parquet et cette escouade affichait un net rating très solide de +18,1 points sur 100 possessions avant la rencontre de samedi soir. Ils ont pris l'eau à l'AT&T Center. La pression défensive des Spurs a été le facteur le plus important du succès des hommes de coach Pop mais le choix de placer Diaw dans le cinq a aussi été déterminant en attaque. Le Français a donné quelques leçons à Harrison Barnes au poste bas afin de lancer son équipe dans la partie en inscrivant 6 des 8 premiers points des Spurs en isolation.

Tony connaît son rôle Parker

Son ami, coéquipier et compatriote Tony Parker s'est lui aussi mis en valeur. Sans être particulièrement brillant, le meneur de l'équipe de France a respecté sa mission à la lettre. Il a défendu avec une intensité intéressante, coupant les lignes de passes, refusant les positions au poste bas et contestant les tirs extérieurs. Il n'a pas forcé ses actions malgré les boulevards laissés par la défense des Warriors. [caption id="attachment_317517" align="alignnone" width="636"] Les Warriors ont confondu Tony Parker avec Tony Allen.[/caption] [caption id="attachment_317518" align="alignnone" width="636"] Tony a l'espace pour shooter mais il va trouver une autre solution.[/caption] Parker a terminé avec six petits points au compteur mais ses deux paniers ont été inscrits derrière l'arc, dont l'un a un moment clé de la rencontre dans le troisième QT. Les Californiens ont incité le Français à tirer à foison et il n'est pas tomber dans le piège, gérant le jeu des Texans comme à son habitude depuis le début de la saison. Il a contrôlé le rythme. San Antonio, à l'inverse d'Oklahoma City par exemple, n'a pas fait l'erreur de jouer vite, ce qui revient à se tirer soi-même une balle dans le pied contre Golden State.
"Cette fois-ci, on a essayé de ralentir le tempo et de le contrôler", notait TP.
Même s'ils n'ont inscrit que 87 points, les San Antonio Spurs ont été bien meilleurs que la fois précédente en attaque.

Alors, ces San Antonio Spurs, plus forts que les Warriors ?

[caption id="attachment_317336" align="alignleft" width="318"] Même dominés samedi, les Warriors restent la référence NBA.[/caption] Tous ses premiers enseignements nécessiteront évidemment un nouveau contrôle lors des deux prochains duels entre les deux équipes. Les Warriors sont toujours en course pour battre le record mythique des Chicago Bulls sur une saison - 72 victoires en 1996 - et les Spurs sont... toujours à la poursuite des troupes d'Oakland et pourraient même leur piquer la place sur le trône de la ligue en cas de double succès lors des deux confrontations à venir. Si la victoire de ce weekend a marqué les esprits, a-t-elle vraiment bouleversé la donne ?
[superquote pos="d"]Et si Steve Kerr l'avait joué comme Gregg Popovich ? [/superquote]"C'est dur de dire si nous sommes vraiment à égalité. Ils ont un meilleur bilan et ils avaient joué la veille de la rencontre (NDLR - contre les Dallas Mavericks). Ils leur manquaient quelques joueurs", remarquait Manu Ginobili.
Les Warriors étaient effectivement privés d'Andrew Bogut et d'Andre Iguodala. Il n'est pas non plus complètement insensé de penser que Steve Kerr s'est inspiré de son mentor - Gregg Popovich et non Phil Jackson - en laissant quelques indications à son adversaire pour justement analyser plus en profondeur les plans de défense mis en place par les Spurs. Une notion psychologique et tactique plus difficile à réellement interpréter et qui relève là plus du domaine de l'hypothèse. Toujours est-il que les Texans ont certainement trouvé des "vrais" éléments de réponse face à la machine à gagner incarnée par les Warriors. Mais là, encore, la marge d'erreur reste faible. Ils n'ont gagné que de huit points. Habituellement, c'est contre San Antonio que les équipes adverses n'ont pas le droit à l'erreur. Habituellement, c'est contre San Antonio que les équipes adverses changent leurs schémas tactiques. C'était tout l'inverse pour les éperons contre Golden State. C'est peut-être là la preuve que les Warriors demeurent la "meilleure équipe" ou plutôt celle à abattre.    
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