Bobbito Garcia : le basket, les sneakers, la musique et moi

Bobbito Garcia : le basket, les sneakers, la musique et moi

DJ, producteur, réalisateur, ancien basketteur professionnel et grand connaisseur de sneakers, Bobbito Garcia se passionne pour tout ce qui nous passionne. Interview.

Théophile HaumesserPar Théophile Haumesser  | Publié

Comme la culture basket ne s'arrête pas aux lignes du terrain et que l'actualité est grandement ralentie, BasketSession a décidé d'ouvrir ses horizons en vous proposant des contenus "hoop culture" qui peuvent rebondir plus loin que le ballon orange qui nous passionne. Voici donc une interview de l'inimitable et irremplaçable activiste du basketball, Bobbito Garcia.

C'est toujours un réel bonheur de discuter avec Bobbito Garcia. Fanatique de basket et de baskets, le gaillard est également un grand collectionneur de disques et un réalisateur et DJ respecté partout autour du globe, dont l'émission de radio qu'il animait durant les années 90 avec son compère Stretch Armstrong à New York a vu défiler toutes les grandes pointures de l'époque (cf. son excellent film documentaire « Stretch And Bobbito : Radio That Changed Lives »). De Nas à Organized Konfusion en passant par Black Moon, Big L, Company Flow (le premier groupe de El-P, de Run The Jewels), Jay-Z et tant d'autres, tous les plus grands sont un jour passés dans son show. Déçu par l'évolution générale du Hip Hop ces dernières années, il vient de sortir un tout nouveau projet musical, loin du rap, et continue de travailler sur des films et de se passionner pour le basket.

Tout naturellement, nous l’avons d’ailleurs intégré à notre « comité de rédaction exceptionnel » pour la préparation du Mook REVERSE #4 spécial New York. Son amour pour le jeu est toujours intact et c’est d’ailleurs dans les tribunes du Quai 54, à la fin des années 2000, que nous nous avions eu l'occasion de nous poser avec lui pour taper la discut' avec ce passionnant passionné.

BasketSession : Tu t'es d'abord fait un nom dans le milieu de la musique, mais il semblerait que tu t'occupes de plus en plus de basket ces derniers temps, comment ça se fait ?
Bobbito Garcia : J'ai toujours été dans le milieu basket. Avant que je ne bosse pour Def Jam en 1989, j'avais joué en pro au Porto Rico en 1987. Avant ça, j'avais joué à la fac (de 84 à 88) et toute ma vie j'ai arpenté les playgrounds de New York. Quand j'ai commencé à me faire un nom dans le Hip Hop, je continuais toujours de jouer à côté et il y avait plein de gens du milieu basket qui ne savaient pas que j'étais DJ et inversement. Au bout d'un moment, quand j'ai vraiment commencé à être connu, les gens ont réalisé que le Bobbito des playgrounds et celui des soirées Hip Hop était le même.

BasketSession : Certaines personnes ne le savent peut-être pas, mais c'est toi qui a aidé MF Doom à relancer sa carrière, est-ce que tu es surpris par son succès ?
Bobbito Garcia : Oui et non. En tout cas, je suis trop content pour lui parce que, lui et moi, on a vécu plein de trucs ensemble. Après la mort de son frère, il s'est fait viré par son label, Elektra, quand il était encore Zev Lov X de KMD, il a pas mal galéré et, quand il est devenu MF Doom, c'est moi qui ai sorti ses cinq, six premiers disques sur mon label Fondle 'Em. C'était vraiment cool de bosser avec lui, même si parfois il était re-lou comme personne (il éclate de rire). Mais c'est mon pote, j'ai plein d'amour pour lui et ça fait vraiment plaisir de voir réussir quelqu'un qui a autant travaillé que lui.

BasketSession : C'était comment de jouer à Porto Rico ?
Bobbito Garcia : C'était incroyable ! Tu sais, quand l'équipe nationale a battu les USA lors du premier match des derniers Jeux Olympiques 2004, j'étais l'une des rares personnes à ne pas être surpris parce que, quand j'ai joué là-bas, j'ai pu me rendre compte qu'il y avait du niveau et un réel potentiel. En 1976, les Américains ne nous avaient battus que d'un point et notre ligue professionnelle a dix ans de plus que la NBA ! Ça fait très longtemps que nous aimons ce sport et il y a de nombreux joueurs légendaires à Porto Rico. Jouer là-bas, ça a été l'une des meilleures expériences de toute ma vie. Je ne fais que 1,78 m et je suis maigrichon, et pourtant j'ai eu l'occasion de jouer pro dans mon pays d'origine. Jamais je n'aurais cru que ce serait possible…

La qualité > la quantité

BasketSession : Des gens que tu as interviewés jusqu'à présent, qui a la collection de sneakers la plus dingue ?
Bobbito Garcia : Je dirais Quentin Richardson et Carmelo Anthony. Mais c'est trop facile pour eux, ils ont le cul bordé de sneakers (rires) et en plus ils ne les paient même pas. Pire, on les paie pour les porter ! C'est pour ça qu'une des choses sur lesquelles on insistait bien dans mon émission « It's The Shoes » qui était orientée très sneaker culture et qui passait sur ESPN. c'est que c'est la qualité et le goût qui comptent, et pas la quantité. Tu peux n'avoir qu'une paire de baskets et avoir beaucoup de style et être mieux sapé qu'un mec qui a cinq cent paires de pompes, mais qui ne sait pas comment les porter.

BasketSession : J'ai lu que tu étais désormais un « ex-sneaker addict » et que tu t'étais débarrassé de ta collection, c'est vrai ?
Bobbito Garcia : Oui, absolument, pourtant j'avais à peu près cinq cent paires de shoes. Mais le truc, c'est que je trouve qu'un des gros problèmes du Hip Hop aujourd'hui, c'est qu'il est devenu trop matérialiste. C'est vrai qu'il l'a toujours été, mais avant il n'y avait pas que cette facette-là qui était mise en avant. Du coup, ça aurait été hypocrite de ma part de critiquer les autres tout en restant matérialiste moi-même. Moi, je suis un basketteur, donc j'ai besoin de bonnes chaussures pour pratiquer mon sport et c'est tout. Je n'ai pas besoin d'en avoir des centaines. Mais je continue de m'intéresser de près au sneakers. J'ai même dessiné quelques models. J'en ai fait pour adidas (il le prononce à la française en rigolant), pour les 35 ans de la Superstar, j'ai fait un model spécial, limité à 4000 exemplaires, signé Project Playground, c'est le nom de l'équipe de basket avec laquelle je joue et avec laquelle je fais des démonstrations.

BasketSession : En tout cas, si tu décides un jour de te débarrasser de tes disques, passe-moi un coup de fil, ok ?
Bobbito Garcia : (Rires) Ok, ok. C'est vrai que j'ai beaucoup de disques. Mais tu sais, je vais les garder jusqu'au bout parce que je veux pouvoir les donner à mes gamins. Moi, j'ai eu la chance d'hériter de la collection de mon père, dedans il y a pas mal de disques des années 50, donc si je les donne à mes enfants, ces disques auront presque 70 ans.

BasketSession : Ça te manque des fois de collectionner ?
Bobbito Garcia : Je suis toujours aussi intéressé par les baskets et je suis toujours admiratif quand je tombe sur un modèle qui vaut vraiment le détour. C'est juste que, pour moi, collectionner des sneakers aujourd'hui ça n'a rien à voir avec ce que c'était il y a vingt ans de ça. Si tu faisais ça durant les années 80, ça voulait dire que tu collectionnais parce que tu aimais avoir de belles baskets pour les porter et, qu'éventuellement, tu en mettais quelques paires au frais pour plus tard. Le but, c'était avant tout de les porter. Maintenant, il y a des mecs qui collectionnent des pompes et qui ne les portent même pas ! C'est juste pour leur collection. Pour moi, c'est une différence très importante. Quand je collectionnais les shoes, c'était parce que j'aimais les porter et qu'on me voit avec, pas pour les mettre sur une étagère. J'ai toujours été en avance sur mon temps. Je ne veux pas avoir l'air de me la péter, mais c'est vrai. Il y a dix ans ce ça, quand j'ai sorti des disques de Cage, MF Doom, Kool Keith ou Dave Ghetto (Da Nutthouse), personne ne croyait en eux et regarde où ils en sont maintenant. C'est pareil pour les baskets, quand j'étais gamin et que j'aimais porter des modèles qui n'étaient plus disponibles. Maintenant, il y a toute une partie entière de l'industrie qui est spécialisée dans les rééditions. De 1996 à 2000, je tenais un magasin de pompes qui s'appelait Footwork et on a été les premiers à mettre nos modèles en valeur, sur de belles étagères avec un éclairage soigné. Maintenant, chaque putain de ville a une boutique de sneakers qui reprend tout ça ! Moi j'ai fait ça il y a vingt ans et j'ai dû fermer parce que les gens préféraient aller chez Foot Locker et que les mentalités n'étaient pas encore prêtes. C'est pour ça que, quand des gens me demandent ce que j'ai comme projet, j'hésite parfois à répondre parce que je me dis que ce que je suis en train de faire aujourd'hui sera peut-être à la mode dans cinq ou dix ans (rires).

BasketSession : Quand est-ce que tu as commencé à collectionner les sneakers ?
Bobbito Garcia : J'ai commencé très, très jeune. J'ai eu ma première paire quand je devais avoir neuf ans, en 1975. Comme tu t'en doutes, je n'avais pas d'argent à l'époque, donc je prenais celles de mon grand frère qui étaient bien trop grandes pour moi. Je devais porter au moins cinq paires de chaussettes (rires). Mais je dois dire que mon frère avait un goût très sur en matière de baskets. Il a été le premier mec du quartier à porter des Nike. C'est comme ça que je suis rentré dedans.

Toujours sortir du lot

BasketSession : Quel est le premier model sur lequel tu as fait une fixation jusqu'au jour où tu as pu les avoir ?
Bobbito Garcia : Je dirais probablement les Pro Keds 69ers… non, les Super Pro Keds. Ce sont les premières chaussures que j'ai forcé ma mère à m'acheter.

BasketSession : Est-ce qu'on a déjà essayé de te braquer à cause de tes pompes ?
Bobbito Garcia : Non, j'étais trop malin pour ça. Si je devais aller dans un quartier vraiment chaud où je risquais de me faire dépouiller, je ne mettais pas de baskets toutes neuves. Je portais des pompes qui me donnaient l'air cool mais que j'avais déjà portées. L'autre truc, c'est que j'ai toujours été en avance sur le « Game ». Quand tout le monde portait des Clydes et des Superstars, ça ne m'intéressait pas d'en avoir puisque tout le monde les avait. Moi je portais des Nike Franchises ou des adidas Top Ten. Du coup, personne n'aurait voulu me dépouiller, vu que les pompes que je portais n'étaient pas celles qui étaient « hot » dans la rue. Moi je portais des modèles underground !

BasketSession : Et est-ce que tu as déjà essayé de braquer quelqu'un pour lui prendre ses pompes ?
Bobbito Garcia : Non, jamais. Mais une fois j'ai volé une paire de pompes dans un magasin. Je les ai volées, j'ai pris le train pour rentrer chez moi et j'ai filé à l'église pour me confesser (rires).

BasketSession : Tu te considères comme un collectionneur ou un accroc ?
Bobbito Garcia : Ni l'un, ni l'autre. Je me considère comme un « fin connaisseur ». Quelqu'un qui a l'œil et qui a du goût. J'ai même été amené à être designer et à mettre ma propre touche à des modèles déjà existants.

BasketSession : Selon toi, qui a la collection la plus dingue ?
Bobbito Garcia : Il y a deux personnes qui me viennent tout de suite à l'esprit et qui m'ont énormément aidé pour mon livre. Il s'agit de Emz et de Chris Hall grâce à qui j'ai pu vraiment rentrer dans les détails de certains modèles que je n'avais pas. Sinon, j'ai souvent entendu dire que la collection de DJ Clark Kent était impressionnante, mais je ne l'ai jamais vue de mes propres yeux. Et sinon, MC Serch (de 3rd Bass) a aussi une sacrée collection.

BasketSession : Si tu devais porter des baskets à ton mariage, tu choisirais lesquelles ?
Bobbito Garcia : Ah ! Bonne question. Je ne sais pas trop, en tout cas ce serait un modèle qui colle avec ma tenue, parce que ce qui est sûr, c'est que je ne voudrais pas porter de costard.

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