Cousins aux Warriors, pourquoi il ne faut pas paniquer

Shaï MamouPar Shaï Mamou Publié

DeMarcus Cousins a rejoint les Golden State Warriors. Un joli coup inattendu qu'il faut toutefois pondérer. La venue de "Boogie" n'est pas sans contraintes.

L'annonce de l'arrivée de DeMarcus Cousins aux Golden State Warriors a provoqué une belle onde de choc. Bon, il y a deux ans, on vous avait prévenu en mettant cette hypothèse sur la table, mais on n'en a pas moins été surpris du timing et de la réalisation. Avec le talent du garçon et le niveau déjà formidablement élevé des doubles champions en titre, on peut comprendre la grogne générale. Simplement, Golden State ne pouvait décemment pas refuser un appel du pied à 5.3 millions de dollars sur un an de la part de l'un des pivots les plus doués de sa génération. Et les autres équipes avaient largement de quoi décrocher un deal en s'y prenant un peu plus tôt ou différemment...

On entend, ici et là, des complaintes du type "le suspense est mort", "la ligue part en vrille", "la saison ne sert à rien"... Les Warriors réussiront peut-être le Three-Peat qui leur manque pour cimenter leur place dans la légende, c'est une hypothèse solide. Prudence, tout de même. Ce move a de la "gueule", mais ce n'est pas forcément un home-run.

Le tendon, c'est tendu

Premièrement, DeMarcus Cousins doit revenir de l'une des pires blessures qui soit pour un basketteur : une rupture du tendon d'Achille. Personne ne sort indemne d'un épisode aussi traumatisant sur le plan physique et mental. Si on veut être optimiste pour "Boogie", il y a bien le précédent Dominique Wilkins, fauché à 32 ans, puis capable de tourner à 28 points et 48% de moyenne sur les deux saisons suivantes. Ou celui de Rudy Gay, plutôt efficace avec les Spurs la saison passée, sans afficher toutefois la même explosivité que par le passé. Mais dans l'ensemble, c'est généralement problématique, pour ne pas dire fatal. Kobe Bryant, Wesley Matthews, Chauncey Billups, Voshon Leonard, Elton Brand... Autant de joueurs, souvent trentenaires au moment des faits (une différence notable par rapport à Cousins), qui n'ont jamais pu revenir à leur meilleur niveau et ont même affiché des limites insurmontables par la suite.

Avant sa blessure, DeMarcus Cousins avait l'allure d'un golgoth mais la fluidité au poste d'une danseuse étoile. Difficile de l'imaginer peser autant à son retour, que l'on peut planifier pour le mois de décembre - même si lui vise le training camp - en sachant que rien ne presse jamais pour cette équipe...  Une fois de retour, la question de son intégration se posera.

Intégrer DeMarcus Cousins, ça peut être épineux

Sur le plan relationnel, il n'y aura étonnamment aucun souci. Le caractériel et un peu dictatorial "Boogie" des années Kings a montré avec New Orleans qu'il avait gagné en maturité et en discipline, surtout en compagnie d'une autre star. A Golden State, il côtoiera des joueurs avec lesquels il a noué des liens indéfectibles lors du Mondial 2014 et des JO 2016 sous le maillot de Team USA. C'est plutôt concernant son utilisation optimale et sa possible frustration que Steve Kerr va devoir plancher. Car en dehors du fait que DeMarcus Cousins est un basketteur incroyablement doué et capable de produire des stats comme pas deux, son profil est intrigant dans l'optique d'un partenariat chez les Warriors.

L'une des forces majeures des "Dubs", c'est la défense. Avec Klay Thompson, Kevin Durant, Draymond Green ou Andre Iguodala, Kerr peut s'appuyer sur des joueurs individuellement au-dessus du lot sur ce plan. Les autres, moins forts naturellement, font quand même les efforts intellectuels et physiques pour que le tout tienne la route collectivement. Jusqu'à présent, DeMarcus Cousins n'a jamais montré qu'il était capable de défendre sérieusement et avec intensité sur toute la durée d'une saison ou même d'une série de matches... Dommage, tant son physique devrait lui permettre de dissuader les plus téméraires.

Ensuite, Cousins va malheureusement aggraver l'une des rares vraies lacunes des Warriors : cette tendance à perdre souvent le ballon. Comme l'explique Zach Lowe d'ESPN ce mardi, lorsque "DMC" a joué comme point-forward avec les Pelicans, cela s'est traduit par près de 5 turnovers par match. Un chiffre bien trop volumineux pour un intérieur.

Steve Kerr aura beau être conscient des qualités intrinsèques de Cousins, bouleversera-t-il pour autant sa rotation pour lui ? Le line-up de la mort qui sévit sur la ligue depuis deux ans n'a pas son pareil et n'a aucune raison d'être démantelé. Le pivot de 27 ans sera-t-il capable d'accepter un rôle de back up ou de leader offensif du second unit ? En playoffs, comme on a pu le voir depuis l'avènement des Warriors, les big men ont une importance bien moindre et leur temps de jeu diminue drastiquement. Clint Capela, pourtant excellent avec les Rockets, n'a passé que deux fois plus de 30 minutes sur le parquet en 7 matches contre les Warriors en mai dernier. Kerr ne peut pas raisonnablement jeter au feu une stratégie qui a fait ses preuves depuis quatre ans pour les beaux yeux de "DMC".

De la passe et du shoot, ça ira bien

Pour avoir "le droit" de jouer autant et d'avoir un vrai rôle dans la rotation, DeMarcus Cousins va devoir mettre en avant deux qualités essentielles : sa faculté à être un passeur inspiré et son adresse extérieure. Le flair pour trouver des partenaires ouverts devrait toujours faire partie de son arsenal à son retour. Pour le shoot, c'est à voir.

Voilà un peu plus de deux ans que "Boogie" s'est mis à la banderille from downtown et le résultat est jusque-là plutôt honnête. Si sa sélection de shoots a pu être discutable, 33%, 36% et 35% sur trois saisons en prenant cinq shoots par match en moyenne, c'est loin d'être scandaleux, surtout pour un intérieur. Il lui faudra prouver qu'il peut être un vrai stretch-5, tout en laissant une part raisonnable au côté "enforcer" au poste de sa panoplie.

En résumé, l'arrivée de DeMarcus Cousins aux Warriors est un très joli coup, mais elle ne change pas fondamentalement les rapports de force dans la ligue. Sauf surprise, il est surtout là pour faire grimper sa cote et signer ailleurs pour le triple, au minimum, dans un an. Avec ce contrat court, les Warriors s'épargnent a priori des maux de tête sur le long terme et auront comme seule mission de lui trouver une place digne de son talent sans qu'il ne fasse dérailler le collectif.

En somme, une histoire "courte, compacte et passionnelle, qui ne s'inscrit pas dans le temps", mais qui peut rendre les deux parties heureuses.