Les Warriors, losers magnifiques

Antoine PimmelPar Antoine PimmelPublié

Battus mais battants jusqu’au bout de ces finales NBA 2019, les Golden State Warriors n’ont jamais aussi bien porté leur nom.

Les Golden State Warriors ont dominé la ligue pendant cinq ans. Jusqu’au moment de se faire détrôner par les Toronto Raptors en six manches lors des finales NBA 2019. Cinq saisons au sommet, et au moins quatre années au cours desquelles ils ont été critiqués, détestés, sous-estimés, rabaissés, etc. Le succès ne plaît pas à tout le monde. Et quand une équipe gagne trop, elle attise la jalousie. L’agacement. Les vainqueurs ne sont pas toujours appréciés.

Certains pointeront du doigt la signature de Kevin Durant en 2016. Battu par les Dubs avec son Thunder en finales de Conférence, KD a rejoint une équipe qui comptait déjà trois All-Stars dont un double-MVP, Stephen Curry. Ce groupe au complet n’a pas perdu une seule série de playoffs. Deux saisons, deux bagues. Et encore plus de détracteurs. Durant est devenu l’ennemi public numéro un. Le vilain petit canard. Sa communication hasardeuse n’a pas arrangé son image.

Mais était-ce vraiment le point de départ de la haine ? Et bien non. Souvenez-vous. Dès 2015, nombreux étaient ceux à rappeler que les Warriors avaient battu des équipes privées de certains de leurs cadres : les Memphis Grizzlies sans Mike Conley. Des Los Angeles Clippers pas au complet. Les Cleveland Cavaliers sans Kyrie Irving et Kevin Love. Le terme « titre au rabais » a même été évoqué à l’époque ! Quelle ironie vu la suite… pendant la saison 2016, les Californiens ont gagné 73 matches – un record absolu – et ils étaient déjà au cœur des critiques.

Il y a ceux qui insistaient, et ça se tient, que leurs 73 victoires ne valaient « rien » sans le sacre au bout. Il y a débat mais l’idée est compréhensible. Ça reste une performance exceptionnelle. Il y a aussi ceux qui estimaient que Klay Thompson et Draymond Green n’étaient pas « de vrais All-Stars » mais plutôt des joueurs qui profitent du système de jeu de Steve Kerr. Quelle blague vu la suite…

C’étaient de vraies discussions qui pouvaient se lire sur les forums, sur les réseaux sociaux, sur les sites internet spécialisées et même lors des débats US qui ne cherchent de toute façon principalement qu’à créer des polémiques. Dès juin 2016, après la (superbe) victoire finale des Cleveland Cavaliers, nombreux moquaient les Golden State Warriors après avoir « blew up a 3-1 lead » (gaspiller une avance de 3-1 en VF). Et tout a donc empiré avec la signature de Durant.

Comme si une partie du public avait oublié que les dirigeants ont bâti cette équipe quasiment de zéro en ayant le flair d’aller piocher Stephen Curry, Klay Thompson et Draymond Green (au deuxième tour) à la draft. Comme si certains passionnés avaient oublié que ces mêmes dirigeants ont osé transférer Monta Ellis – chouchou du public d’Oakland ! – pour un Andrew Bogut blessé afin de faire de la place au jeune Curry. Ou encore comme s’ils avaient oublié que le management avait pris le risque de licencier Mark Jackson, un coach en plein boom, pour lancer l’inexpérimenté Steve Kerr. Des choix critiqués, même vivement critiqués à chaque fois. Ils ont tous payé. Ça forge le respect.

Mais non, ce respect, il a fallu attendre les blessures de Kevin Durant lors du Game 5 et de Klay Thompson lors du Game 6 des finales NBA pour que le grand public reconnaisse que, hey, cette franchise a quand même quelque chose. Deux blessures graves, une rupture du tendon d’Achille et une déchirure des ligaments croisés du genou, pour faire preuve de compassion. Il a fallu attendre que les doubles-champions en titre se retrouvent dans la peau du chasseur et non celle du chassé pour que les fans de basket – en dehors de leurs supporters évidemment – leur donne un peu d’amour.

Ne sait-on donc pas apprécier ce qui est beau sans pour autant prendre parti ? Les Golden State Warriors ont pratiqué l’un des baskets les plus riches et les plus fluides de tous les temps et en avons-nous pleinement profité ? Ou avons-nous perdu trop d’énergie à nous demander si c’était une « équipe cheatée » alors qu’une année auparavant les statuts All-Stars de Thompson et Green étaient remis en question ? Remarque, les deux ne sont pas incompatibles : il était possible de regretter la signature de KD aux Warriors, décision qui a évidemment déséquilibré la ligue, tout en admettant que les hommes de Steve Kerr étaient très forts. Puis chacun a le droit de réagir comme il le souhaite.

Golden State Warriors, vrais guerriers

C’est dans l’adversité que se montrent les vrais visages. Et les Warriors ont fait face à un trop plein d’adversité durant ses playoffs. Ils ont d’abord perdu DeMarcus Cousins, qui avait déjà mis un an à revenir de sa blessure au tendon d’Achille. Puis KD. Puis Thompson, pour un match, le Game 3. Puis Durant est revenu, Thompson aussi. Ils se sont à nouveau blessés chacun leur tour, cette fois-ci pour de bon. Sans doute les traces de ces années de domination qui usent les organismes et les esprits.

C’est dans cette adversité que ce groupe a démontré qu’il était d’abord composé de guerriers. Ils auraient pu baisser les bras. Oh oui, de nombreuses équipes auraient baissé les bras. Pensez aux Cavaliers de 2018, balayés. Pensez aux Lakers 2019, complètement déboussolés à partir de février. Il y a des formations qui auraient pris 4-1 avec trois blowouts dans la même situation que les Warriors lors de ces finales 2019. Mais non, ils ont continué à se battre. Avec leurs armes. En défendant dur. En allant au charbon. Les cols bleus ont toujours les faveurs des supporters, non ?

Au final, ils ne sont pas passés loin d’arracher une septième manche. Ils n’étaient pas si loin du titre, même si il est évident que les Toronto Raptors – et quel beau champion ! – étaient plus forts. Les Golden State Warriors reviendront. Avec Thompson très certainement. Peut-être sans KD. Mais qu’il soit présent ou non, peut-être serait-il temps d’apprécier ce qu’ils sont : une formidable équipe. Des winners hier. Des losers aujourd’hui. Mais magnifiques à chaque fois.