Comment Kemba Walker est devenu le meilleur meneur à l’Est

Les Charlotte Hornets régalent depuis le début de la saison et Kemba Walker se trace déjà un chemin vers le All-Star Game.

Antoine PimmelPar Antoine Pimmel | Publié  | BasketSession.com / MAGAZINES / Analyse
Comment Kemba Walker est devenu le meilleur meneur à l’Est
Six minutes de pur basket. Lundi soir, les Charlotte Hornets ont démoli la défense bordélique des Indiana Pacers au cours d’un run impressionnant pendant lequel ils ont marqué sur chacune de leurs possessions offensives. Six premières minutes où ils ont fait preuve d’une efficacité terrible, en route vers une fessée déculottée, 122-100 score final, infligée à un adversaire pourtant présenté comme un outsider à l’Est. En patron, Kemba Walker était au cœur de la démonstration de son équipe en étant directement impliqué dans sept des onze premiers paniers inscrits. Avec cette victoire, les Hornets sont désormais seuls deuxièmes de la Conférence derrière les Cleveland Cavaliers. Six rencontres, cinq succès, une petite défaite et un début de saison déjà historique pour la franchise. Alors, oui, c’est un tout petit échantillon d’une longue année de basketball mais Charlotte est pour l’instant l’une des meilleures équipes du championnat. L’une des seules – avec San Antonio et Toronto – à se classer parmi les dix plus efficaces de la NBA des deux côtés du parquet. [superquote pos="d"]Le démonstration des Hornets contre Indiana, le reflet de l'influence de Walker [/superquote]La correction de lundi soir n’est que le reflet des progrès effectués par le groupe éliminé au premier tour des playoffs (en sept manches) en avril dernier. Les six premières minutes parfaites illustrent le potentiel et les capacités des frelons mais elles démontrent surtout l’influence prise par Walker dans la ruche. Il a dicté le tempo avec brio, alternant scoring et distribution, shoots et pénétrations, attaques franches et circulation. Il s’est comporté en leader, avec l’assurance d’un go-to-guy plein d’ambition. Comme s’il était le meilleur meneur à l’Est.
 « Il peut difficilement mieux jouer que ce qu’il l’a fait en début de match », notait son coach Steve Clifford au Charlotte Post. « Il a été très bon sur le pick-and-roll. Il attaquait la raquette et il prenait les bonnes décisions. »
Clifford et les Hornets accordent de la valeur à chaque possession. C’est ce que font les équipes qui n’ont pas la chance de pouvoir compter sur une superstar capable de planter 30 points chaque soir : elles s’arrachent en défense, respectent les consignes, appliquent les systèmes et réduisent la marge d’erreur au maximum afin de repartir avec la victoire. Charlotte est déjà l’équipe qui perd le moins de ballon et ses joueurs font très peu de faute. Ils jouent durs, mais proprement, des deux côtés du terrain. D’où l’importance d’un meneur de jeu efficace. Drafté en neuvième position par les Bobcats après avoir porté UConn vers le titre universitaire en 2011, l’ex-MOP n’avait d’un point guard que la taille (1,85 m) à son arrivée en NBA. Il n’a pas un profil conventionnel, si jamais ce terme a encore un sens quelconque à l’époque où les positions sont de moins en moins marquées. Les passeurs d’exception taillés dans le moule de John Stockton sont des dinosaures et Walker n’est pas le créateur le plus ingénieux de la ligue mais il est bien épaulé par Nicolas Batum dans ce domaine. Les deux joueurs se complètent, ils ont appris à jouer ensemble tout au long de la saison dernière et leurs rôles sont bien définis :
« Je sais qui je suis et il sait qu’il est », notait le Français, déjà en campagne pour envoyer son coéquipier au All-Star Game, au sujet de la hiérarchie. « Ici, Kemba Walker est le franchise player de cette équipe, je le sais », ajoutait-il dans une interview accordée à Basket-Infos.
Si Batum excelle en tant que second playmaker, ou co-playmaker, Walker est un gestionnaire de plus en plus assagi. L’expérience commence à payer et sa prestation contre Indiana en est le parfait exemple. A 26 ans et après cinq saisons en NBA, l’ancienne machine à driver a petit à petit mis à jour son processeur pour s’affirmer comme un meneur plus polyvalent. Ce qui frappe, d’abord, c’est le calme qu’il dégage sur le parquet. Notamment contre Indiana. Tout était fluide. Tout était lisse. Tout était doux. Il a initié les attaques des Hornets en donnant du mouvement. 30 des 41 paniers inscrits par Charlotte provenaient d’une passe décisives et dix de ces caviars avaient pour origine leur maestro. Les Hornets ont rapidement repéré un match-up avantageux sur le papier avec Monta Ellis, 1,91 m, placé en défense sur Michael Kidd-Gilchrist, dix bons centimètres de plus que son vis-à-vis. Mais pour vraiment prendre le dessus, il est nécessaire de servir l’ailier dans les bonnes conditions, donc dos au cercle et proche du panier. Les passes d’entrée dans la raquette sont parfois difficiles à maîtriser et, même si le mérite doit être donné à MKG pour la finition, Walker fait preuve d’un excellent timing sur l’action ci-dessous. http://www.dailymotion.com/video/x51b1xh Kidd-Gilchrist a inscrit huit points rapides dans des positions similaires au cours des six premières minutes du premier quart temps. Mais l’attaque restait équilibrée. Batum a marqué un panier à trois-points en sortie d’écran sur un service de son meneur. Marvin Williams a aussi eu quelques bons looks. Le tout sous la direction d’un homme. Comme le soulignait Steve Clifford, Walker a pris la bonne décision sur chaque possession. Il a géré le jeu, accéléré, ralentit, accéléré à nouveau. Ses changements de rythme et ses regards baladeurs laissent ses adversaires constamment dans le suspense : va-t-il driver ? Va-t-il passer ? Toutes ces hésitations sont analysées instantanément par la star des Hornets qui profite des doutes de ses vis-à-vis pour s’adapter tout en prenant un temps d’avance. Il capte l’attention de son défenseur puis fonce vers le cercle ou délivre une passe décisive en fonction de sa réaction. C’est comme ça qu’il est devenu un maître dans l’art du pick-and-roll. Il a notamment développé une synergie intéressante avec Cody Zeller, à qui il a déjà délivré huit caviars cette saison. http://www.dailymotion.com/video/x51b3qd Avec Zeller, les Hornets disposent d’un intérieur capable de rouler fort vers le cercle et de conclure après réception. Ce n’était pas le point fort d’Al Jefferson, un joueur plus à l’ancienne, qui aime dominer son vis-à-vis après avoir été servi dos au panier. C’est plus facile pour Walker de développer une alchimie avec son jeune coéquipier. Il militait même pour sa présence dans le cinq majeur l’an dernier. Le départ de Jefferson vers… Indiana, justement, prend donc tout son sens. http://www.dailymotion.com/video/x51b426 Avec 1 point marqué par possession, le meneur de Caroline du Nord est l’un des joueurs les plus efficaces de la ligue sur pick-and-roll, devant des spécialistes en la matière comme LeBron James, John Wall, Chris Paul, Derrick Rose, etc. Le jeu est beaucoup plus ouvert sur pick-and-roll maintenant que Walker rentre ses shoots extérieurs avec plus de régularité. Les défenseurs avaient pour habitude de passer sous les écrans au cours de ses premières saisons dans la ligue mais il est désormais suffisamment en confiance pour punir ceux qui oseraient « tricher ». http://www.dailymotion.com/video/x51b4b5 La saison n’est qu’à ses balbutiements et les progrès au tir de Walker devront se confirmer avec le temps mais il affiche pour l’instant un brillant 49% de réussite et un encore plus impressionnant 48% derrière l’arc (en plus de six tentatives par match !) depuis le début de la saison. C’est le signe d’un joueur en presque confiance qui n’hésite pas à prendre des tirs Stephen Curry-esques dans des situations compliquées. Il ne force pas pour autant. Contre Indiana, il ne s’est pas entraîné dans la vibe même quand il avait la main chaude. Il a laissé quelques tirs semi-ouverts pour replacer ses coéquipiers et trouver une meilleure opportunité alors qu’il venait pourtant de rentrer ses trois premiers shoots extérieurs. C’est toute son équipe qui prend une autre dimension quand il joue comme ça. Avec 24 points par match, il est le deuxième meilleur marqueur parmi les meneurs à l’Est, juste derrière Isaiah Thomas et devant Kyrie Irving. Il est plus adroit que les deux All-Stars et il affiche surtout un meilleur différentiel : +38, une référence parmi les joueurs à son poste. Le qualifier de meilleur meneur est peut-être une notion provocatrice mais c’est la réalité du moment. Les Hornets ont un premier passage décisif avec trois affrontements à venir contre le Jazz, les Raptors, les Cavaliers et les Timberwolves. De sacrés tests. L’occasion de se révéler un peu plus au grand public mais surtout de consolider le statut de Charlotte à l’Est. Ironiquement, Kemba Walker est arrivé en NBA avec l’étiquette de combo-guard, passez bon gestionnaire pour jouer meneur, pas assez bon shooteur pour jouer arrière et donc promis à un rôle de sixième homme. Aujourd’hui, il a la double-casquette et s’affirme de plus en plus comme un All-Star. Voire même un peu plus.
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