LeBron James peut-il vraiment mener les Lakers en playoffs ?

Antoine PimmelPar Antoine PimmelPublié

C’est peut-être la plus grande question de cette fin de saison. Avec une autre interrogation sur le niveau de jeu réel de LeBron James.

Signer aux Los Angeles Lakers représentait pour LeBron James le plus grand des challenges – et aussi probablement le dernier de son immense carrière. Il a quitté une Conférence Est dont il était le tyran incontesté depuis presque dix ans pour s’installer au Far West. Il a délaissé une équipe expérimentée, habituée aux finales, pour rejoindre une formation jeune et en reconstruction. Et il est allé au bout de son rêve : porter les couleurs d’une franchise mythique dans le but de lui amener un nouveau titre. Voilà le dernier exploit d’un grand parmi les grands.

Il en est encore tellement loin. Sans doute plus loin que ce qu’il avait imaginé au moment de se poser avec Rich Paul, son agent, Maverick Carter et Randy Mims, ses associés, pour discuter de son départ pour L.A. Les premiers mois sous sa nouvelle tunique sont agités. Très agités. Et le voilà devant un défi inattendu : qualifier les Lakers pour les playoffs. Inattendu parce qu’il n’a plus manqué l’événement depuis 2005. Inattendu parce qu’il n’a jamais été dans cette situation au cours des dix dernières années. Autrement dit une éternité. Il y a eu un changement complet de génération – Andre Iguodala et Shaun Livingston étaient rookies quand James a manqué les playoffs pour la dernière fois – et c’est comme si le King n’avait jamais connu pareil contexte.

Son équipe est dixième à l’Ouest à moins de vingt-cinq matches de la fin de la saison. Avec quatre victoires de moins que les deux huitièmes ex-æquo – les San Antonio Spurs et les Los Angeles Clippers. Les Sacramento Kings, neuvièmes, sont aussi en course et ils ont deux victoires de plus que les Lakers. Les Clips et les Kings ont l’un des dix calendriers les plus « faciles » du championnat jusqu’en avril. Les Angelenos ? L’un des dix plus difficiles. Avec presque la moitié de leurs rencontres restant à disputer à l’extérieur, où ils affichent un très médiocre 40% de victoires. Ils ont pour l’instant un bilan global négatif avec 29 victoires pour 30 défaites.

Les maths ne jouent pas en faveur de LeBron James. Mais il a si souvent déjoué les pronostics et les probabilités – vous avez dit Finales 2016 ? – qu’il paraît quasiment impossible de l’imaginer rater le coche. Sauf que c’est de plus en plus crédible chaque jour et surtout à chaque défaite des Lakers. Les Cleveland Cavaliers étaient aussi en crise quasiment au même moment de la saison l’an dernier. James a alors activé le « mode playoffs » plus tôt que prévu et la franchise de l’Ohio a finalement disputé une quatrième finale de suite.

Ceux qui voient les Lakers en playoffs à l’heure d’aujourd’hui avancent un hypothétique run similaire de LBJ. Il nous y a tellement habitués depuis maintenant une décennie. Ces moments où il se concentre pleinement sur une tâche et détruit tout sur son passage. Comme s’il était invincible – du moins à l’Est du pays. Mais en est-il vraiment toujours capable ?

Posons d’abord la question du point de vue purement physiologique. Pour la première fois de sa carrière, son corps peine un peu à suivre le rythme. Il a déjà manqué 18 matches cette saison, ce qui ne lui était évidemment jamais arrivé. Sa blessure à l’aine l’a gêné un bon moment et ce n’est même pas dit qu’il soit à 100% actuellement. Comment se surpasser sans être au sommet de sa forme ? Le timing n’est pas idéal. Il se murmure d’ailleurs en privé que les dirigeants californiens seraient inquiets – légèrement – de son état de santé. Après tout, le quadruple MVP a fêté ses 34 ans et ça commence à se sentir.

Quelque part, se demander s’il peut mener les Lakers en playoffs avec un nouveau run historique revient à se demander… s’il est toujours le meilleur joueur du monde ? C’est cocasse, ce statut lui revient sans aucune discussion ou presque chaque année. Comme si c’était automatique. On l'entend sortir de la bouche des joueurs, des analystes, le lire dans les articles des journalistes, les commentaires des fans, etc... C’est devenu un acquis. Un peu comme quand un joueur est réputé bon défenseur. L’étiquette est collée puis elle ne bouge plus. Même si le basketteur en question arrête de défendre pendant deux ans, il y a un vrai décalage avec le moment où le (large) public réalise qu’il ne défend pas une cacahuète. Kobe Bryant et Dwyane Wade en sont les deux derniers exemples.

Pour LeBron James, tout le monde a déjà compris qu’il avait arrêté de se fouler en défense et même de façon abusive pendant la saison régulière. Mais même en playoffs, il n’a plus le jus pour se coltiner le meilleur scoreur adverse sur toute une rencontre. Il peut le faire sur quelques possessions clés. Mais plus pendant quarante-cinq minutes. Et ça, déjà, ça devrait (sauf que nous faisons visiblement les autruches) l’handicaper dans un éventuel débat sur le meilleur joueur du monde actuellement. Nous sommes tellement occupés à nous demander quelle est la place de James dans l’Histoire que l’on en vient à oublier sa hiérarchie dans la NBA d’aujourd’hui.

S’il est le personnage le plus puissant de la ligue – d’un point de vue global qui comprend le sportif et l’extra-sportif – cela fait peut-être déjà deux ans qu’il n’est plus le meilleur joueur du championnat. Et donc du monde. Sauf que voilà encore une fois ce fameux temps de latence, ces deux années pleines pour réaliser quelque chose qui devrait pourtant sauter aux yeux. Le débat était pourtant vraiment justifiable après les finales 2017, quand Kevin Durant l’avait dominé. Paul Pierce avait alors proclamé que "KD" était le « best of the best » et il n’était pas le seul.

Deux ans plus tard, cela paraît encore plus évident. Encore plus parlant. Statistiquement, James est toujours une machine. Bien entendu. 26,8 points, 51% aux tirs, 35% à trois-points, 8,7 rebonds et 7,7 passes de moyenne. Mais l’impression visuelle est différente. Il paraît moins tranchant – vraiment moins tranchant - que par le passé. Moins dominant, en comparaison de ses propres standards évidemment. C’est ça toute la problématique. Il part de tellement haut qu’il reste terrifiant même en étant un cran en-dessous. Mais ce n’est pas parce qu’il est toujours très fort qu’il n’est pas forcément sur le déclin. Encore une fois, il a pris de l’âge et ça commence à se sentir. C’est naturel. Il entame doucement, peut-être même très doucement (avec lui, la prudence est toujours de mise), la phase descendante de sa glorieuse carrière.

Alors qu’à l’inverse, Kevin Durant et Stephen Curry sont en plein cœur de leurs meilleures années. Ils sont au sommet de leur art. Ils dégagent plus de facilité que James aujourd’hui. Surtout KD, mais Curry n’est pas à exclure ! Durant est un meilleur shooteur, un meilleur scoreur et un meilleur défenseur que James. Sur le terrain, c’est lui qui brille et ça a été le cas à chaque fois qu’ils ont partagé le même parquet. Que ce soit lors de leurs chocs en saison régulière, lors des deux dernières Finales ou même pendant le dernier All-Star Game ou Durant a fait gagner la « Team LeBron ». Aujourd’hui, quand le numéro 35 des Golden State Warriors se met en route, il n’y a personne pour l’arrêter.

Bon, ça ne veut pas dire pour autant que James ne mènera pas les Lakers en playoffs. Cet exploit reste possible et, honnêtement, on y croit. Par contre, on a le sentiment qu’il serait temps que son statut évolue progressivement. On n’est plus du tout persuadé qu’il soit le meilleur joueur du monde.