Luka Doncic, un récital sans fausse note

Alexis RabutéPar Alexis Rabuté Publié

Luka Doncic réalise un début de tournoi exceptionnel. Très attendu, il agit en patron au sein d’une très surprenante Slovénie.

A peine majeur, Luka Doncic est certainement le jeune talent le plus attendu de cet Eurobasket 2017. Une hype qui grandit et s’étend jusqu’aux Etats-Unis, des prévisions dans le top 5 de la prochaine draft, une logique comparaison avec la star Goran Dragic etc.. Pourtant, si toutes ses attentes peuvent sembler démesurées pour un gamin de 18 ans, rien ne l’atteint. Bien au contraire.

D’abord discret et intelligent

Luka Doncic est un talent assez unique, qu’on ne peut croiser qu’une fois tous les quinze ans. Pour autant, il n’est pas du genre à tirer la couverture à soi, à rechercher la lumière à tout prix. C’est loin d’être sa personnalité.

A l’image de sa saison au Real Madrid, le meneur de jeu n’a pas forcément besoin de surjouer pour permettre à son équipe d’être performante. C’est aussi là un avantage pour lui, il peut tranquillement laisser le jeu venir à lui. Mais quand la balle arrive dans ses mains, il se passe toujours quelque chose.

Que cela soit face à la Pologne puis la Finlande, Doncic n’a pas vraiment joué le premier rôle. Il s’est contenté d’être un homme à tout faire, assurant le relais à la création derrière Dragic lorsque celui-ci retrouvait le banc.

Le joueur du Real Madrid en a aussi profité pour montrer une de ses qualités majeures : son sens du rebond. Pour un poste 1, il tourne à 7 rebonds de moyenne, soit le meilleur de son équipe (et le 12e du tournoi) dans ce registre. Son rebond offensif décisif face à la Grèce est la meilleure preuve de ses capacités dans ce secteur de jeu.

Vivre dans l’ombre de Dragic

A l’inverse d’un Lauri Markkanen qui est presque déjà l’option numéro un de l’attaque finlandaise, Luka Doncic doit attendre avant d’avoir les clés du camion en main. Ce n’est pas encore totalement son heure.

Si la venue du plus gros prospect européen suscite de l’intérêt, la réalité est différente du côté slovène. Cet Eurobasket 2017 va sonner la fin de carrière internationale de la star du pays Goran Dragic.

Lors des deux premières rencontres, le meneur de jeu du Miami Heat a inscrit 30 puis 29 points. Des performances XXL qui lui permettent d’attirer la plupart des ballons. Par conséquent, Doncic doit s’adapter à cette stratégie.

A l’image de son rôle à Madrid où il est en quelque sorte caché par un fort meneur installé (Sergio Llull en club), Doncic peut évoluer avec une pression relative. S’il se sait attendu, il n’est pas non plus en première ligne en cas d’échec. Malgré tout, cela ne l’empêche pas sur certaines séquences de montrer qu’il a les épaules assez larges pour être un leader.

La Grèce, le déclic

Crédit photo : FIBA

La rencontre d’hier face à la Grèce est la représentation parfaite du talent de Luka Doncic. Face au meilleur adversaire que la Slovénie a affronté jusque là, se retrouvant en difficulté, il a su élever son niveau de jeu. À l’image des plus grands, tout simplement.

Très vite dans le match, Dragic alterne entre mauvais choix, maladresse et problèmes de fautes. Face à la faillite de son leader, Doncic ne se pose aucune question. Ce match sera pour lui et personne ne pourra le stopper dans cette rencontre.

Sa première mi-temps est une petite sucrerie, un dessert à déguster avec plaisir. Il inscrit 14 points, avec notamment plusieurs bombes à un mètre derrière la ligne à trois points. En plus de cela, la jeune pépite ne laisse pas une miette à ses adversaires. Pourtant ciblé en l’absence de Dragic, il ne perd pas le moindre ballon. Un véritable sans-faute.

En seconde mi-temps, les Grecs s’adaptent. Ils envoient notamment Kostas Papanikolaou et ses 2m06 défendre sur le Slovène. Pendant un temps, ce dernier ne parvient plus à influer autant sur le jeu. La Grèce revient peu à peu et en début de quatrième quart-temps, la Slovénie se retrouve avec 7 points de retard et Dragic sur le banc avec quatre fautes.

À ce moment, Doncic l’a compris : c’est l’heure de prouver qu’il a les épaules pour diriger une équipe. Alors qu’on arrive dans le money time, qu’il est face à une grande défense, il enchaîne une séquence bluffante. Un premier jump shot, une claquette (nouvelle preuve de son sens du rebond) puis un caviar pour son coéquipier seul à trois points.

La Slovénie repasse devant. Ce n’est pas la première fois que le jeune madrilène nous gratifie d’un tel passage. Sauf qu’ici, c’est lors d’un championnat d’Europe face à une défense expérimentée. Printezis, Bourousis, Sloukas : tant de titres d’Euroleague sont concentrés face à lui. Mais peu importe, il avait décidé d’en finir et qui pouvait réellement l’arrêter une fois dans cet état de grâce..

La rencontre s’est terminée par un dernier panier décisif de Goran Dragic. Une fin assez symbolique. Le meneur termine le match et attire les projecteurs. Pendant ce temps, Luka Doncic a montré qu’à tout moment, il pouvait être ce génie dominateur. C’est une question de temps avant qu’il ne prenne le dessus en Slovénie, en Europe et pourquoi pas en NBA.. Soyons patient, ça semble de toute façon inévitable.