"Qu'est ce que tu vas faire maintenant Magic ? Toute ton équipe pense que tu vas être soft sur le terrain", lui lance Riley.Magic fait alors ce qu'il doit faire. Sur un drive de "Zeke", il le découpe à l'ancienne, le coude en pleine poire. Les deux potes s'accrochent et doivent être séparés. Les Finales 89, qui sont un remake des précédentes, voient Detroit triompher et la relation entre Johnson et Thomas se crisper davantage. C'est ce que l'opinion publique, pas friande du copinage et qui vit pour ces moments d'intense rivalité, attend d'eux. A partir de là, la relation tourne au vinaigre. Quand Wilt Chamberlain dominait Magic et sa team à presque 50 ans
Rumeurs, boycott et linge sale
En novembre 1991, Magic Johnson annonce au monde qu'il est séropositif. L'éloignement des derniers mois fait que"Zeke" n'a pas été prévenu au préalable et l'apprend presque en même temps que le commun des mortels."Un membre du staff des Lakers m'a averti que Magic allait donner une conférence de presse pour annoncer sa maladie. J'étais en voiture avec Mark Aguirre. On s'est arrêtés sous un viaduc, en état de choc. On a pleuré pendant 10, 15 minutes", a raconté Thomas au Washington Times.Une contrition qui se transforme en scepticisme, à en croire Magic. Son agent Lou Rosen le prévient que Thomas contribue à alimenter des rumeurs sur sa sexualité et le fait qu'il aurait peut-être fréquenté des hommes et contracté le virus de cette manière. A l'époque, la communauté gay est durement touchée par le SIDA et l'homophobie est solidement ancrée dans les vestiaires NBA. Alors que la maladie est encore méconnue, plusieurs membres de la ligue voient la présence de Magic sur les parquets comme une menace sanitaire. Et ce dernier ne comprend pas pourquoi celui qu'il considérait comme un membre de sa famille ne l'aide pas à déminer le terrain. Michael Jordan a bien boycotté Isiah Thomas, cet enregistrement le prouve A ce jour, Isiah Thomas nie pourtant toujours avoir nui à Magic.
"Il a agi en prenant pour argent comptant des informations complètement fausses. Avec l'amitié qu'on avait, je trouvais ça dingue qu'il puisse croire ça. Si j'avais remis sa sexualité en question, cela aurait voulu dire que je remettais la mienne en doute aussi vu qu'on était proches. Les gens l'ignorent peut-être, mais 5 ans avant l'annonce de Magic, l'un de mes frères est mort du SIDA, donc je sais ce que c'est", s'est défendu Thomas dans Sports Illustrated.On ne saura sans doute jamais ce qu'il en a réellement été, mais la rancune de Johnson est tenace. Lors du processus de sélection de la Dream Team 92, si bien raconté par Jack McCallum dans son livre, on comprend qu'il n'a, lui non plus, rien fait pour que son ancien ami passe le cut. En stricts termes de niveau et de palmarès, la légitimité du meneur des Pistons est pourtant évidente. Même par rapport à John Stockton, qui lui est préféré. Thomas a été deux fois champion NBA moins de trois ans auparavant, alors que l'iconique meneur du Jazz ne vivra deux Finales NBA qu'en 1997 et 1998, cinq et six ans après les JO de Barcelone. A cette époque déjà, tout le monde pense que l'unique responsable de l'éviction d'Isiah Thomas est Michael Jordan. La rancoeur de "MJ" envers Thomas et Detroit est de notoriété publique depuis la fin des années 80. Ce n'est que dans le livre "When the game was ours" que Magic évoque partiellement les coulisses de cette mise au ban.
"Isiah a bousillé lui-même ses chances de participer aux Jeux Olympiques. Personne dans ce groupe ne voulait jouer avec lui. Je suis triste pour Isiah, mais il s'est mis tellement de gens à dos dans sa vie sans réaliser pourquoi... Il devrait se rendre compte qu'il a énervé plus de la moitié de la NBA", justifie Magic Johnson dans le livre de Jackie McMullan, précisant que le tournant pris par sa relation avec Thomas est "la plus grande déception de sa vie".A la sortie du livre, Isiah Thomas est mortifié.
"J'aurais aimé qu'il m'appelle pour me prévenir qu'il allait donner cette version. J'ai toujours cru que notre amitié et notre proximité feraient qu'on se dirait toujours les choses en face plutôt que sur la place publique".
