La NCAA, une petite entreprise qui ne connaît pas la honte

La NCAA, une petite entreprise qui ne connaît pas la honte

Le point commun entre Donald Trump et la NCAA ? Ni l'un, ni l'autre n'ont idée de ce qu'est la décence.

BasketSessionPar BasketSession  | Publié

La NCAA, c’est comme Donald Trump. A chaque nouveau scandale, on pense avoir touché le fond et, systématiquement, on se rend compte à quel point on sous-estimait leurs capacités à creuser toujours plus profond.

Cette semaine, ils ont tous les deux franchis de nouveaux paliers vers les abysses, dont même Jacques Mayol n’aurait jamais osé rêver ! Trump en préconisant que les enseignants soient armés dans les écoles pour éviter de nouvelles fusillades (si ce n’était pas aussi dramatique, ça pourrait être drôle) et la NCAA en faisant référence à un amendement autorisant les « travaux forcés » pour les criminels condamnés, pour justifier le fait qu’elle se refuse toujours à rémunérer les étudiants athlètes qui lui permettent d’engranger chaque années des millions de dollars...

Dans le dernier numéro de REVERSE, c’est un autre cas – ou plutôt une série de cas – qui nous avait déjà poussés nous poser cette simple question : la NCAA connaît-elle la honte ? De toute évidence, non…

Shameless

Les scénaristes de « House Of Cards » et de « Game Of Thrones » ont du talent pour inventer des intrigues toujours plus complexes et des personnages dont l’absence totale de sens moral repousse sans cesse les limites de l’imaginable, mais pas autant que la NCAA. Il faudrait être plus aveugle qu’une supportrice de Donald Trump noire, pauvre et féministe pour croire que le basket universitaire est le dernier pilier encore dressé pour sauvegarder la pureté du jeu parmi les « amateurs ».

La dernière affaire en date, qui a révélé par quels moyens un équipementier faisait transiter de l’argent au cœur même des universités pour attirer certains prospects dans des facs qu’il sponsorisait, a remis Rick Pitino sur la sellette. Et ce n’est pas la première fois que Slick Rick se retrouve sous le feu des gyrophares.

Entre affaires de mœurs, scandales concernant le recrutement (un de ses assistants a été accusé d’avoir payé des prostituées pour qu’elles s’occupent de prospects venus visiter l’université) et maintenant ces accusations de corruption, son passage à Louisville risque de laisser plus de traces dans les registres de la police que de ceux du Hall of Fame.

Et à chaque fois, la même ligne de défense :

« J’étais au courant de rien, c’est pas ma faute ».

Dans l’interview « à cœur ouvert » qu’il a accordée à Jay Bilas, il réussit l’exploit, pendant huit minutes, de ne répondre clairement à aucune question tout en jouant la carte de l’entraîneur dévoué, accablé par l’émotion et qui ne doit de réponse à personne d’autre qu’à ses joueurs et à Dieu (sic).

Mais la grande hypocrisie, c’est avant tout celle de la NCAA toute entière qui lui a permis, malgré les écarts répétés, de continuer à exercer et à incarner un rôle d’éducateur – voire de figure parentale, comme le veut l’image d’Épinal qu’aime tant l’Amérique – auprès de jeunes adultes qui sont, eux, soumis à des restrictions délirantes. Les coaches et les universités peuvent s’en mettre plein les poches grâce au labeur de leurs étudiants athlètes, mais si l’un d’eux est soupçonné d’avoir perçu le moindre centime, il se voit frappé d’anathème.

On se souvient ainsi de Desmond Mason (les vieux savent) qui avait failli perdre son éligibilité pour avoir voulu vendre des tableaux peints de sa main. Dans le même temps, John Calipari continue de placer ses anciens clients en NBA bien que, par deux fois déjà, la NCAA a invalidé les saisons de ses équipes en raison d’irrégularités diverses (UMass en 1995-96 et Memphis en 2007-08).

Plutôt que d’essayer de raccrocher les morceaux pour continuer à se cacher sous le masque de l’amateurisme, il est temps que la NCAA assume son statut de pompe à fric et de société à but lucratif pour donner enfin dans la transparence et l’équité. D’ici là, les anciens joueurs de Louisville et d’ailleurs pourront toujours reprendre cette punchline d’Assassin : « Le dernier coach que j’ai vu avait plus de vice que le dealeur de ma rue ».

Retrouvez cet édito dans le nouveau numéro de REVERSE

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