Les états d’âme de Tony Parker

Dans un long entretien avec l’Equipe, Tony Parker est revenu sur sa dernière en Bleu et il en égratigne plus d’un.

Théophile HaumesserPar Théophile Haumesser  | Publié
Les états d’âme de Tony Parker
Les interviews de Tony Parker sont toujours un peu déconcertantes. Habitué à avoir un micro tendu vers lui depuis son adolescence, Tony maîtrise très bien cet exercice et sait parfaitement quel poids peuvent avoir ses propos. Mais il a parfois une façon de balancer des « bombes » sans même sourciller qui pousse à se demander s’il mesure totalement la portée de ce qu’il dit. Dans un long et très intéressant entretien accordé à notre confrère David Loriot de l’Equipe, il est revenu en détail sur sa dernière campagne avec l’équipe de France et sur la frustration occasionnée par l’élimination en quart de finale. Plusieurs phrases nous ont interpellés. Il souligne notamment les différents problèmes qui ont émaillé la préparation et remet en cause la motivation de certains de ses coéquipiers.

« On n’a pas pu se préparer correctement, beaucoup étaient en négociation de contrat, donc on va dire un peu les têtes ailleurs, ce qui est normal. Nico (Batum), Rudy (Gobert), Evan(Fournier) ont signé ou vont signer les plus gros contrats de leur vie et on va dire que l’équipe de France n’était peut-être pas leur objectif principal. »

Des mots lourds de sens, mais qu’il tempère en partie dès la phrase suivante.

« Mais ça ne remet en rien en cause l’amour que Rudy et Nico ont pour le maillot. Nico, c’est respect quand même ! Tous les allers et retours qu’il a faits pour être avec l’équipe de France. Les gens ne se rendent pas compte de tous les sacrifices que l’on fait pour  être là et la pression que certains clubs NBA mettent sur les joueurs. À l’avenir, il y aura de moins en moins de joueurs NBA en sélection. »

[caption id="attachment_335910" align="alignleft" width="300"] "Nico a mis son ego de côté, il a tout fait pour que l'équipe de France gagne"[/caption] L’une des grosses déceptions de ce tournoi olympique et surtout l’un des plus gros mystères concernent le rendement de Nicolas Batum. Dans la foulée du quart de finale perdu contre l’Espagne, l’arrière des Hornets était apparu passablement énervé et avait expliqué que cette baisse de régime était due en grande partie à son changement de rôle au sein de l’équipe. Un sentiment que Tony Parker partage visiblement totalement sauf que, pour le coup, il va bien plus loin en ciblant clairement le rôle prédominant qu’a pris Nando De Colo depuis deux ans.

« L'évolution de Nando (De Colo) a fait que Nico a moins de ballons et il n'y a qu'un ballon sur le terrain. Ce qu'a fait Nico pour s'ajuster en équipe de France, c'est admirable. Il a mis son ego de côté, il a tout fait pour que l'équipe de France gagne. »

Jusque-là, rien de choquant, sauf que Tony Parker en rajoute ensuite une couche en expliquant que lui aussi a dû se brimer pour laisser de la place à Nando et sous-entend même clairement que les mauvaises performances de l’équipe sur cette compétition pouvaient venir de là.

« Moi aussi j'ai mis mon ego de côté, moi aussi j'avais beaucoup de ballons, beaucoup de tirs avant. Maintenant, comme Nando monte la moitié du temps, je n'ai pas la balle sur le terrain. Je suis sur le côté et je regarde Nando jouer.

Tout le monde ne peut pas tourner à 20 points de moyenne et, aujourd'hui, c'est Nando notre meilleur marqueur, c'est lui qui prend le plus de tirs (8,7 tirs en moyenne pour De Colo, 8,6 pour TP - ndlr) et qui a le plus souvent la balle dans les mains.

C'est pour ça que je comprends que Nico soit frustré. On était champions d'Europe, on était performants, on enchaînait les médailles, avec moi et Nico en tête d'affiche. Depuis l'année dernière, c'est Nando la tête d'affiche. »

Un constat qui laisse franchement perplexe. Durant le dernier EuroBasket, Nando De Colo était clairement devenu le principal « playmaker » de l’équipe, jouant même parfois le rôle de meneur tandis que Tony Parker se décalait en deuxième-arrière. L’EdF fonctionnait alors à plein régime… jusqu’aux cinq dernières minutes de la demi-finale contre l’Espagne lorsque, sans que l’on puisse comprendre pourquoi, tout le jeu s’est remis à passer par les mains de Parker, les quatre autres joueurs restant figés à leur place en le regardant comme si on était revenu en 2007. On connaît la suite. Cette année, non seulement Nando De Colo était le basketteur français le plus performant (vainqueur de l’Euroleague, MVP de l’Euroleague, du Final Four et du championnat russe), mais il était également l’un des rares joueurs « majeurs » à avoir fait la campagne dans son intégralité, en incluant le TQO et la préparation. Vouloir lui faire « porter le chapeau », c’est un peu rude, non ? On en revient donc à cet éternel problème avec les interviews de Tony Parker. A chaque fois qu’il a des propos qui créent la controverse, il se défend en disant que « ce sont des trucs de journalistes » et que ce qu’il a dit a été mal interprété. Cette-fois ci en revanche, ça ne laisse pas énormément de place à l’interprétation...
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