Jean-Aimé Toupane prépare-t-il une Coupe du monde de basket ou une Coupe du monde de rugby ?
La question est volontairement provocatrice, mais elle vient assez naturellement en découvrant la liste annoncée par la FFBB. Pour préparer le Mondial 2026, prévu du 4 au 13 septembre à Berlin, le sélectionneur des Bleues a retenu 32 joueuses dans un groupe élargi. Trente-deux. Pour un tournoi où, à l’arrivée, il faudra en garder douze.
Évidemment, il ne s’agit pas d’une liste définitive. La Fédération l’a bien précisé : le staff piochera dedans pour constituer le groupe appelé au début de la préparation, le 19 août à l’INSEP, en tenant compte notamment de la disponibilité des joueuses engagées en WNBA. Mais c’est justement là que se trouve le vrai sujet.
Cette liste XXL ressemble moins à une sélection qu’à une cartographie des incertitudes.
La France dispose aujourd’hui d’un réservoir impressionnant. C’est une excellente nouvelle. Il y a suffisamment de talent, de profils et de générations différentes pour élargir le champ sans donner l’impression de faire du remplissage. Entre les cadres, les joueuses WNBA, les habituées du groupe France, les profils européens solides et quelques jeunes qui poussent, Jean-Aimé Toupane a des options. Beaucoup d’options.
Mais 32 joueuses pour préparer une compétition à 12, c’est aussi un signal. Le signal que le staff ne maîtrise pas tout. Et même qu’il ne maîtrise pas grand-chose autour d’un élément central : la WNBA.
Douze joueuses de cette pré-liste évoluent actuellement dans la ligue américaine. La WNBA a prévu une pause du 31 août au 16 septembre pour permettre aux internationales de disputer la Coupe du monde. Sur le papier, très bien. Dans les faits, la préparation française commence le 19 août. Et l’on sait que chaque dossier peut devenir une petite négociation entre joueuse, sélection, franchise, état physique, assurances et ambitions de fin de saison.
La FFBB a d’ailleurs indiqué que Jean-Aimé Toupane se trouvait actuellement aux États-Unis pour rencontrer les joueuses françaises engagées en WNBA, mais aussi leurs coaches et leurs franchises. Le sélectionneur n’est pas seulement en train de construire un groupe. Il est aussi en train de faire de la diplomatie.
Pour les joueuses WNBA, la situation est délicate. Certaines sont des cadres indispensables des Bleues. D’autres sont dans des rôles plus fluctuants en club. Certaines arriveront peut-être tard. D’autres auront besoin de souffler. D’autres encore devront convaincre leur franchise que cette parenthèse internationale ne met pas en danger leur fin de saison américaine. Et pendant ce temps, l’équipe de France devra avancer.
Pour les autres joueuses, le message n’est pas beaucoup plus simple. Être appelée dans une liste de 32 peut être vécu comme une reconnaissance, une récompense, une manière d’intégrer le projet. Mais cela peut aussi ressembler à une convocation de transition. Venir au stage, travailler, aider à préparer, puis laisser la place lorsque les cadres arriveront.
Sportivement, cela peut s’entendre. Humainement, ce n’est pas neutre.
C’est peut-être là que cette liste interroge le plus. Une préparation internationale sert à construire une équipe. Des repères. Des automatismes. Une hiérarchie. Une confiance commune. Or, avec un groupe aussi large, la France donne l’impression de préparer plusieurs scénarios en même temps : l’équipe avec les joueuses WNBA disponibles tôt, l’équipe avec celles qui arriveront tard, l’équipe sans certaines cadres, l’équipe de secours si les franchises bloquent ou si les corps ne suivent pas.
Ce n’est pas forcément une erreur de la part de Toupane. Au contraire, on peut même défendre sa prudence. Dans un calendrier aussi compliqué, mieux vaut anticiper trop large que se retrouver pris au piège à dix jours du Mondial. Le sélectionneur ne fait pas une liste de 32 par caprice. Il essaie de garder toutes les portes ouvertes.
Mais la question reste entière : à partir de quand la prudence devient-elle un aveu de fragilité ?
Les Bleues ont le talent pour viser haut à Berlin. Elles ont des cadres, de la densité, de la jeunesse, de l’expérience et une vraie présence dans le basket mondial. Mais cette pré-liste raconte aussi l’époque dans laquelle elles évoluent. Une époque où la sélection nationale doit composer avec une WNBA de plus en plus forte, de plus en plus dense, de plus en plus centrale, et pas toujours parfaitement compatible avec les calendriers FIBA.
La liste des 32 joueuses convoquées
* Joueuses actuellement en WNBA.
| Joueuse | Poste | Club 2025/2026 |
|---|---|---|
| Nell Angloma* | 2-3 | BLMA / Connecticut Sun (WNBA) |
| Pauline Astier* | 1 | USK Prague (Rép. Tchèque) / New York Liberty (WNBA) |
| Valériane Ayayi* | 3-4 | USK Prague (Rép. Tchèque) / Phoenix Mercury (WNBA) |
| Marième Badiane | 4-5 | Famila Schio (Italie) |
| Romane Bernies | 1 | BLMA |
| Noémie Brochant* | 2-3 | Flammes Carolo / Phoenix Mercury (WNBA) |
| Alexia Chery | 4-5 | ESBVA-LM |
| Sarah Cissé | 5 | BLMA |
| Stella Colas | 1-2 | Charnay BBS |
| Marie-Paule Dally | 3-4 | Bourges Basket |
| Claire Dalstra | 5 | Charnay BBS |
| Maëva Djaldi-Tabdi | 5 | Bourges Basket |
| Camille Droguet | 3 | Basket Landes |
| Marine Fauthoux* | 1 | New York Liberty (WNBA) |
| Coline Franchelin | 1 | Flammes Carolo |
| Aminata Gueye | 5 | Saragosse (Espagne) |
| Marine Johannès* | 2 | Galatasaray (Turquie) / New York Liberty (WNBA) |
| Leïla Lacan* | 1-2 | Basket Landes / Connecticut Sun (WNBA) |
| Carla Leite* | 1 | Saragosse (Espagne) / Portland Fire (WNBA) |
| Sixtine Macquet | 5 | Basket Landes |
| Dominique Malonga* | 4-5 | Breeze BC (Unrivaled) / Seattle Storm (WNBA) |
| Marie Pardon | 1 | Basket Landes |
| Inès Pitarch Granel | 3 | Bourges Basket |
| Tima Pouye* | 2 | Bourges Basket / Toronto Tempo (WNBA) |
| Garance Rabot | 3 | BLMA |
| Aïnhoa Risacher | 2-3 | LDLC ASVEL Féminin |
| Janelle Salaün* | 3-4 | USK Prague (Rép. Tchèque) / Golden State Valkyries (WNBA) |
| Ana Tadic | 5 | Athinaikos (Grèce) |
| Migna Touré | 2-3 | Besiktas (Turquie) |
| Alicia Tournebize | 4 | South Carolina (NCAA) |
| Gabby Williams* | 3 | Fenerbahçe (Turquie) / Golden State Valkyries (WNBA) |
| Jess-Mine Zodia | 4-5 | LDLC ASVEL Féminin |
