Il y a des intersaisons qui ressemblent à un pari. D'autres qui donnent l'impression qu'une franchise laisse filer le temps. À Denver, le dossier Payton Watson est en train de cristalliser une question bien plus importante : les Nuggets sont-ils réellement en train de faire tout ce qu'il faut pour offrir un nouveau titre à Nikola Jokic ?
Car derrière les rumeurs de sign-and-trade autour de leur ailier de 23 ans se cache surtout une réalité financière. Denver serait désormais ouvert à différentes options pour Watson, pourtant agent libre protégé, afin d'éviter de s'enfoncer davantage dans les contraintes du second apron. Et c'est peut-être là que le bât blesse.
Le dossier Watson n'est que la partie émergée de l'iceberg
Sur le plan sportif, difficile de trouver une raison de se séparer de Payton Watson. À seulement 23 ans, l'ailier vient de signer sa meilleure saison en carrière avec plus de 14 points de moyenne et surtout une progression spectaculaire à longue distance, culminant à 41 % derrière l'arc. Son absence en playoffs a rappelé à quel point son activité défensive et son profil moderne avaient fini par devenir indispensables dans la rotation de Denver. Le problème n'est donc pas son niveau. Le problème, c'est son futur salaire.
Les Nuggets affichent déjà l'une des masses salariales les plus élevées de la ligue. Conserver Watson reviendrait probablement à franchir durablement le second apron, avec toutes les sanctions qui l'accompagnent : restrictions sur les transferts, flexibilité quasi inexistante et risque de perdre des choix de Draft si la situation perdure. Autrement dit, Denver réfléchit aujourd'hui moins en fonction du terrain que du règlement financier.
Pendant ce temps, l'Ouest continue d'avancer
C'est sans doute ce qui inquiète le plus. Alors que San Antonio a ajouté Tobias Harris, prolongé Julian Champagnie et conservé Harrison Barnes, que les Lakers ont complètement remodelé leur effectif autour de Luka Doncic avec Walker Kessler, Quentin Grimes, Collin Sexton et Sandro Mamukelashvili, ou encore que Minnesota, Portland, Phoenix, voire Houston, tentent des coups pour se renforcer, Denver reste étonnamment discret.
À ce stade de l'intersaison, les principaux mouvements concernent essentiellement Tyus Jones et Marvin Bagley. Deux renforts utiles, mais qui ne changent évidemment pas la dimension d'un prétendant au titre. Le plus frustrant est peut-être que l'effectif de départ reste excellent. Nikola Jokic reste un des 3 meilleurs joueurs du monde. Jamal Murray, Aaron Gordon, Cameron Johnson et Christian Braun constituent un cinq majeur compétitif. Mais derrière, la profondeur reste limitée et les marges de progression paraissent faibles alors que la conférence Ouest ne cesse de se renforcer.
Le temps joue contre Denver
C'est là que le débat devient intéressant. Les Nuggets peuvent parfaitement défendre leur stratégie. Les nouvelles règles financières poussent les franchises à faire des choix difficiles. Dépasser durablement le second apron peut condamner une équipe pendant plusieurs saisons. Mais combien de fenêtres de titre possède réellement Nikola Jokic ?
Le triple MVP est en plein cœur de son prime. Chaque saison qui passe sans véritable tentative d'améliorer son entourage est une opportunité qui disparaît. D'autant que Denver sort d'une élimination frustrante et que Jokic lui-même avait reconnu après les playoffs que son équipe était encore loin de son meilleur niveau.
Bien sûr, il reste encore du temps avant le début de la saison et la situation peut évoluer rapidement. Un échange majeur, une prolongation de Watson ou une surprise sur le marché pourraient totalement modifier la lecture de cet été. Mais si l'intersaison devait s'arrêter aujourd'hui, une impression dominerait : celle d'une franchise davantage préoccupée par ses livres de comptes que par l'urgence de maximiser les meilleures années du plus grand joueur de son histoire. Et c'est probablement ce qui inquiète le plus les fans des Nuggets.
