Il y a des progressions bruyantes, celles qui viennent avec des highlights viraux, des cartons à 40 points et une avalanche de "most improved" dans les timelines. Et il y a les autres : les saisons qui montent en température sans alarme, parce que l’équipe a déjà des têtes d’affiche, parce que l’attention médiatique se disperse, ou tout simplement parce que le joueur fait tout… sauf réclamer la lumière. Le cas d’Amen Thompson ressemble de plus en plus à cette deuxième catégorie. Shaï et Antoine ont abordé ce sujet dans le CQFR du jour. Debrief.
La discussion entre nos journalistes part d’un fait très concret, presque anecdotique au premier regard : contre Memphis, Houston gagne 108-99 et Amen distribue 14 passes. Quatorze. Ce n’est pas un petit "il a bien fait tourner", c’est un volume de meneur principal, un chiffre qui te force à reconsidérer son rôle exact dans l’attaque des Rockets. Et surtout, ça tombe au bon moment. Parce que les Rockets, justement, en ont cruellement besoin. Besoin de création, de liant, d’un joueur capable de connecter les pièces et de faire respirer l’attaque quand le jeu se durcit.
Ce qui est intéressant, c’est que l’échange entre Shaï et Antoine met le doigt sur un paradoxe. D’un côté, il y a l’impression visuelle : Thompson serait "un peu discret" cette saison, moins exposé, moins présent dans le discours global autour des jeunes qui explosent. On le voit moins au centre des débats, moins associé à une narrative évidente. Et de l’autre, il y a la réalité statistique qui surgit comme une petite claque : 18 points, 51% au tir, presque 8 rebonds, plus de 5 passes. Et surtout, un indicateur qui compte énormément dans une équipe qui tourne bien : le meilleur plus/minus des Rockets. Dans un groupe où il y a Alperen Sengun et Kevin Durant, ça n’a rien d’un détail.
Amen Thompson, sur une base de quasi All-Star
C’est exactement le genre de profil qui peut passer sous le radar. Il ne monopolise pas forcément la balle comme une superstar, il n’est pas vendu comme le premier scoreur de l’équipe, et pourtant il est partout dans l’impact. Même en reconnaissant que la progression est réelle, nos journalistes l'admettent tous les deux : spontanément, ils ne l'auraient pas placé à 18 points de moyenne. Ça dit tout. Le cap, peut-être, il est là : Amen Thompson produit désormais des standards de quasi All-Star, sans que l’œil collectif ne l’ait encore enregistré.
Le CQFR ajoute aussi deux nuances importantes qui empêchent de tomber dans la caricature. D’abord, oui, son temps de jeu a augmenté : il joue environ cinq minutes de plus que la saison précédente, donc l’explosion brute peut aussi s’expliquer par une utilisation plus grande. Mais ça ne suffit pas à expliquer la bascule, parce qu’on ne parle pas seulement de volume, on parle d’efficacité (au-dessus des 50% au tir) et d’un jeu qui s’élargit.
Ensuite, l’idée n’est pas de dire qu’il a été irréprochable toute l’année. Il y a eu quelques passages moins convaincants, et c’est précisément ce qui rend la trajectoire crédible. Un joueur qui grandit ne le fait pas en ligne droite. Il teste, il rate, il apprend, puis il s’installe.
Le point clé, et c’est celui que l'on vise directement, c’est la question de la perception. Houston est très centré sur KD et Sengun, ce qui est logique. Et dans un contexte comme ça, Thompson peut devenir le joueur le plus précieux sans devenir le plus visible. Celui qui fait gagner, qui colle aux besoins de l’équipe, qui apporte des solutions de création, tout en restant dans une zone où le grand public se dit : "Ah oui, Amen… il est toujours là." Sauf qu’il n’est plus "toujours là". Il est peut-être déjà en train de devenir le troisième pilier, celui qui fait basculer des matchs par sa polyvalence et son influence, sans que ça se résume à un nombre de tirs pris.
Alors, a-t-il passé un cap sans que personne ne s’en rende compte ? Nos journalistes donnent une réponse en creux : si même ceux qui suivent de près sont surpris par ses standards, c’est que le cap est probablement déjà franchi.
Reste une étape : que ce saut silencieux devienne évident, match après match, jusqu’à ce qu’on ne puisse plus parler des Rockets sans parler de lui.
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