Carmelo Anthony, la légende qui aurait pu être encore plus grande

Carmelo Anthony est une légende incontestable, mais les mots de Chauncey Billups racontent pourquoi Melo aurait peut-être pu devenir encore plus grand.

Carmelo Anthony, la légende qui aurait pu être encore plus grande

Carmelo Anthony est une légende. Il faut commencer par là, parce que le reste n’a de sens que si l’on pose d’abord ce cadre. Melo n’est pas un joueur raté, ni même un joueur inachevé au sens strict. Il est Hall of Famer, membre de la NBA 75, dix fois All-Star, champion NCAA avec Syracuse, immense figure de Team USA, triple champion olympique et l’un des plus grands scoreurs de sa génération. Son entrée au Hall of Fame, en 2025, n’a jamais vraiment fait débat.

Il y a même quelque chose d’un peu injuste à parler de lui uniquement à travers ce qu’il n’a pas été. Culturellement, Carmelo Anthony compte énormément. Pour toute une génération, Melo, c’est le bandeau, le jab step, le pull-up mi-distance, les bras chargés, la vibe New York, le respect des pairs, le joueur que les autres joueurs adoraient regarder. Il a été critiqué, souvent, pour son individualisme supposé, son rapport au scoring, sa difficulté à s’effacer. Mais dans le vestiaire symbolique de la NBA, celui de la reconnaissance entre talents purs, il a toujours eu une place à part.

Et pourtant, il reste cette petite sensation étrange : Carmelo Anthony aurait peut-être pu être encore plus que ça.

Quand il arrive en NBA en 2003, dans la même draft que LeBron James, Dwyane Wade et Chris Bosh, Melo ne ressemble pas du tout à un second rôle de cette génération. Il sort d’une saison universitaire folle, avec un titre national offert à Syracuse dès son année freshman et un trophée de Most Outstanding Player du Final Four. Il est drafté en troisième position par Denver, deux rangs derrière LeBron, mais à ce moment-là, l’écart ne paraît pas immense.

Les profils sont différents, évidemment. LeBron voit tout, organise tout, aspire le jeu. Melo, lui, est déjà une arme offensive presque parfaite. Mais on pouvait imaginer une rivalité. Une vraie. Deux monstres de la même cuvée, deux chemins vers la grandeur.

Cette rivalité n’a jamais vraiment existé au sommet de la NBA.

Melo a connu de très grandes saisons, des cartons mémorables, des périodes où il donnait l’impression de pouvoir marquer sur n’importe qui. Mais ses équipes n’ont presque jamais pesé très longtemps au printemps. A Denver, il a connu son meilleur run en 2009, avec Chauncey Billups, jusqu’en finale de conférence. A New York, il a empilé les points, porté une franchise, redonné du lustre au Madison Square Garden, mais sans transformer les Knicks en véritable candidat au titre. C’est là que la réflexion de Billups, justement, prend une autre dimension.

Chauncey Billups a peut-être mis le doigt sur le vrai sujet

L’ancien meneur des Nuggets, qui l’a côtoyé de près, n’a jamais présenté Melo comme un mauvais coéquipier. Au contraire. Son regard, décliné lors d'un entretien avec Sirius XM quelques années avant ses déboires, est plus subtil, presque psychologique.

« Melo était un super coéquipier. Il bossait tous les jours, il ne ratait jamais un match. Mais, à mes yeux, son problème était là — et je le lui ai dit : marquer 30 points comptait beaucoup trop pour lui.

Il y avait des matches où il pouvait en mettre 20 ou 22, gagner, et être quand même furieux. Et d’autres où il en mettait 36, où son équipe perdait, mais où il gardait assez le moral pour remonter tout le monde.

Plus tard dans sa carrière, il n’a pas réussi à faire ce pas de côté, à se dire : “Je vais sortir du banc, jouer contre les remplaçants, et ce n’est pas grave si je ne finis pas les matches.” »

Tout est peut-être là. Pas dans une absence de talent, ni dans un manque de travail, ni même dans une personnalité toxique. Plutôt dans une manière de se définir. Carmelo Anthony a longtemps semblé exister, sportivement, par sa capacité à être Melo. Le scoreur. Le patron offensif. Celui qui met ses 30 points, celui qu’on sert dans les moments importants, celui qui ne se cache pas. Le problème, c’est que cette identité a fini par devenir une cage.

La scène d’Oklahoma City l’a résumé malgré elle. Lorsqu’un journaliste lui a demandé, au media day du Thunder en 2017, s’il pouvait envisager de sortir du banc, Melo a éclaté de rire : “Who, me?” La séquence est devenue virale, presque cruelle avec le recul. Parce que quelques années plus tard, c’est justement ce rôle-là qui aurait pu prolonger sa carrière différemment, ou lui permettre d’avoir un impact dans une équipe plus ambitieuse.

Un joueur sublime, mais pas forcément le leader qu’on imaginait

Pour avoir suivi les Knicks de près en 2013-2014, dans une saison qui a très vite tourné au calvaire après les espoirs de l’année précédente, j’en garde une impression assez proche. Dans le vestiaire, Carmelo Anthony n’était pas fuyant. Il faisait le boulot médiatiquement, répondait aux journalistes, encaissait les questions, même quand l’ambiance était plombée et que les défaites s’empilaient.

Avec Antoine, on a aussi eu la chance de l’interviewer plus longuement pour REVERSE, à une autre époque, lors de son passage au Quai 54. Il avait parlé de Baltimore, de son adolescence, de ce décor qui évoquait forcément The Wire. Il était disponible, intéressant, sympa. Un vrai personnage.

Mais dans le vestiaire des Knicks, soir après soir, je n’ai jamais vraiment senti le leader vocal, celui qui secoue, rassemble, impose une direction collective. J’ai vu un joueur parfois sublime, capable d’inspirer par la seule beauté de son jeu. J’ai aussi vu une équipe morose, souvent plombée, et un Melo qui ne semblait pas toujours abîmé par la défaite comme on l’attendrait d’un joueur censé porter tout le groupe avec lui.

C’est peut-être injuste. On ne voit jamais tout, surtout depuis l’extérieur. Mais cela rejoint ce que Billups semble dire : Melo voulait gagner, évidemment. Simplement, il n’a peut-être jamais totalement déplacé le centre de gravité de sa carrière. Chez les plus grands champions, le talent finit souvent par se plier à une obsession collective. Chez Melo, on a parfois eu l’impression que l’excellence individuelle restait le langage principal.

Cela n’enlève rien à sa grandeur. Carmelo Anthony a été un magnifique joueur de basket, un artiste offensif, une icône, une légende respectée. Mais il restera aussi l’un des plus fascinants “what if” de son époque. Pas parce qu’il a échoué. Parce qu’avec ce talent-là, ce départ-là, cette aura-là, on pouvait imaginer autre chose encore : un champion NBA, un joueur capable d’emmener une équipe en Finales, un rival durable de LeBron à distance.

Melo a eu une carrière immense. Elle aurait peut-être pu être historique autrement. C’est toute la beauté un peu triste de son héritage.

Un talent individuel de malade, plus doué qu"un Lebron à mon sens, mais moins travailleur et moins discipliné que son compère de draft. Dommage que la sauce avec Iverson n'ait pas prise à Denver ça aurait pu faire des étincelles.

Je retiens de ce gars son match de dingue avec team Usa, l'arme ultime du basket FIBA comme on l'avait surnommé ^^
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Moi, je trouve pas que Melo soit un what if. Il est qui il est. Il a pu atteindre ce niveau individuel parce qu'il est qui il est. Et il n'a pas pu atteindre les sommets collectifs parce qu'il est qui il est.

Et aujourd'hui, qui il est, c'est malheureusement un ancien joueur gênant dans ses prises de parole télé ou podcast. Ni compétent dans l'analyse, ni dans l'entertainment. Dommage. Sur le parquet il pouvait être divertissant au moins.
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