Cette équipe de France est-elle vraiment la plus forte de l’histoire ?

Les Bleues 2026 sont peut-être les plus talentueuses de l’histoire, mais les générations Fijalkowski et des Braqueuses ont aussi bâti leur légende.

Cette équipe de France est-elle vraiment la plus forte de l’histoire ?

On en parlait ce matin dans le CQFR : en regardant évoluer cette équipe de France depuis le début de la Coupe du monde, une question commence sérieusement à se poser. Est-ce tout simplement la sélection féminine française la plus talentueuse que l'on ait jamais vue ?

En termes de profondeur et de quantité de talent individuel, la réponse est peut-être oui. Mais avant de couronner les Bleues 2026, il serait injuste d'oublier les équipes qui les ont précédées et certaines pionnières dont le niveau réel a parfois été un peu effacé par le temps.

Le premier argument en faveur de cette génération est assez évident : il suffit de regarder l'effectif. Gabby Williams est devenue une joueuse de dimension internationale, capable d'être dominante des deux côtés du terrain. Marine Johannès possède un talent offensif unique dans l'histoire du basket français. Dominique Malonga, à seulement 20 ans, offre déjà des séquences où son potentiel paraît presque sans plafond. Janelle Salaün s'est installée parmi les meilleures joueuses françaises et européennes de sa génération. Valériane Ayayi apporte son immense expérience, pendant que Leila Lacan, Carla Leite, Pauline Astier , qui apportent créativité, playmaking ou défense, illustrent une profondeur rarement vue chez les Bleues.

Cette équipe ne sort pas de nulle part. Une grande partie de son ossature est celle qui avait déjà poussé Team USA jusque dans ses derniers retranchements lors de la finale olympique de Paris 2024, perdue 67-66. Deux années ont passé et plusieurs des jeunes joueuses de cette équipe ont changé de dimension. C'est peut-être là que les Bleues 2026 se distinguent de toutes les précédentes. Ce n'est pas seulement un excellent cinq majeur accompagné de bonnes rotations. Il y a du talent de très haut niveau quasiment partout.

Le plus effrayant est que ce n'est peut-être même pas le plafond de cette génération. En vue des Jeux Olympiques de Los Angeles en 2028, Malonga, Salaün, Lacan ou Leite auront encore progressé et la France pourrait également récupérer Marine Fauthoux et Iliana Rupert. Sur le papier, la densité pourrait alors être encore supérieure.

Avant elles, il y avait Fijalkowski, Melain et les autres

Dire cela ne doit surtout pas conduire à regarder avec condescendance les générations précédentes. Au tournant des années 2000, la France possédait déjà une équipe fantastique. Celle qui allait devenir championne d'Europe en 2001 à domicile était emmenée notamment par Isabelle Fijalkowski, Cathy Melain, Yannick Souvré ou Audrey Sauret pour ne citer qu'elles.

Pour ceux qui n'ont pas connu cette époque, attention à ne pas imaginer qu'il s'agissait uniquement d'excellentes joueuses dans un basket féminin encore relativement confidentiel. Isabelle Fijalkowski, que nous avions eu le plaisir de recevoir longuement en podcast sur notre chaîne, était une joueuse de niveau mondial, choisie avec le deuxième pick de la Draft WNBA 1997 par Cleveland et qui a tourné à 12,8 points et 6,2 rebonds sur sa carrière américaine. En 1998, elle a même terminé meilleure joueuse de WNBA au pourcentage aux tirs. Sans parler de ses accomplissements sur la scène européenne.

Lors de l'Euro 2001, à 29 ans, elle produisait encore 13,3 points et 6,4 rebonds par match. À ses côtés, Melain était une immense joueuse européenne, cadre du Bourges qui remportait alors l'Euroleague, et tournait à 12 points, 5,3 rebonds et 4 passes pendant cet Euro victorieux.

Sauret, elle aussi présente dans une interview sur la chaîne il y a quelques années, avait traversé l'Atlantique à une époque où jouer en WNBA pour une Française était beaucoup moins courant qu'aujourd'hui. Elle a disputé deux saisons et 40 matches avec Washington entre 2001 et 2002.

Ces joueuses étaient des pionnières, mais surtout des basketteuses extrêmement fortes. Cette génération avait déjà été finaliste de l'Euro en 1999, cinquième des Jeux Olympiques de Sydney en 2000, avant de décrocher le titre européen en 2001. Si l'équipe actuelle semble disposer de davantage de profondeur, le sommet de la hiérarchie française de l'époque n'avait certainement pas à rougir de la comparaison.

Puis les Braqueuses ont créé leur propre légende

Evidemment, impossible d'avoir cette discussion sans parler des Braqueuses. La génération de Céline Dumerc, Sandrine Gruda, Emmeline Ndongue, Émilie Gomis, Endy Miyem, Edwige Lawson-Wade ou Isabelle Yacoubou possède quelque chose que l'équipe actuelle cherche encore à acquérir : une place à part dans l'imaginaire collectif.

Championnes d'Europe en 2009, les Bleues ont surtout écrit l'une des plus belles pages de l'histoire du basket français aux Jeux Olympiques de Londres en 2012. Elles y ont atteint la finale après un tournoi mémorable et une série de scénarios renversants qui leur ont valu leur surnom. Dumerc est évidemment devenue le visage de cette équipe. Mais là encore, il serait réducteur de résumer son talent au seul storytelling de Londres. Elle a été l'une des meilleures meneuses européennes de sa génération et a elle-même joué brièvement en WNBA, sans y rencontrer toutefois le même succès.

Isabelle Fijalkowski est entrée au Hall of Fame, un moment de légende

Sandrine Gruda évoluait elle aussi dans une dimension d'élite. Draftée au premier tour en WNBA en 2007, elle y a joué sept saisons et a notamment tourné à 13,5 points avec Connecticut en 2009. En Europe, elle a passé une bonne partie de sa carrière à affronter et côtoyer ce que la planète comptait de meilleures intérieures, avec des saisons à plus de 13 ou 14 points de moyenne en Euroleague sous le maillot d'Ekaterinburg.

Les Braqueuses étaient peut-être moins profondes en talent offensif pur que les Bleues actuelles, mais elles avaient des joueuses de référence, une identité extrêmement forte, de l'expérience et surtout des résultats.

Le talent ne suffit pas pour devenir mythique

C'est finalement toute la nuance. Si l'on nous demande aujourd'hui de choisir 12 joueuses et de comparer leur talent individuel, leur polyvalence, leurs qualités athlétique, leur capacité à shooter, créer et défendre, les Bleues 2026 ont probablement un dossier sans équivalent dans l'histoire de l'équipe de France. Elles ont aussi accès à quelque chose que leurs aînées avaient beaucoup moins : une WNBA plus ouverte aux joueuses françaises, une exposition internationale considérablement plus importante et une génération formée avec l'idée qu'elle peut rivaliser physiquement et techniquement avec pratiquement tout le monde.

Être la plus talentueuse ne signifie pas encore être la plus grande. La génération Fijalkowski-Melain possède son Euro 2001. Les Braqueuses ont leur titre européen de 2009 et leur argent olympique de Londres. L'équipe actuelle possède déjà la médaille d'argent de Paris et cette finale légendaire contre les Américaines. Il lui reste maintenant à ajouter son propre chapitre victorieux.