Il y a des éliminations qui ressemblent à un accident. Une mauvaise série, deux tirs qui ressortent, une blessure au mauvais moment, un adversaire en feu. Et puis il y a celles qui forcent à regarder plus loin que le score. Plus loin que le dernier match. Plus loin même que le nom de la superstar. La sortie des Nuggets face à Minnesota appartient plutôt à la deuxième catégorie.
Denver a perdu contre une équipe admirable, oui. Il ne faut surtout pas commencer l’analyse en retirant quoi que ce soit aux Wolves. Ce qu’ils ont fait est énorme : éliminer les Nuggets sans Anthony Edwards, sans Donte DiVincenzo, puis sans Ayo Dosunmu, forfait juste avant le match, c’est un exploit collectif rare. Minnesota a défendu comme une meute, trouvé des héros partout, imposé sa dureté et son énergie jusqu’au bout.
Mais justement. C’est bien là que l’élimination de Denver devient inquiétante.
Les Nuggets n’ont pas été sortis par un rouleau compresseur au complet. Ils ont été battus par une équipe diminuée, bricolée, mais plus fraîche, plus agressive, plus juste dans l’envie. Et pour une franchise qui possède encore Nikola Jokic, Jamal Murray, un socle censé viser le titre et l’expérience des grands printemps, le constat pique sérieusement.
Murray dans le viseur, Jokic déçoit
Denver a manqué d’énergie. De vitesse. De solutions. De défense. De souffle, parfois. Cette série a donné l’impression d’une équipe qui savait encore ce qu’elle voulait faire, mais qui n’avait plus toujours les jambes, ni les armes, pour le faire.
Jamal Murray symbolise une partie du problème. Pendant longtemps, son aura de joueur de playoffs a presque suffi à balayer les doutes. On l’a vu monter son niveau dans les grands moments, gagner des matches, planter des tirs impossibles. Mais depuis le titre, la réalité est moins brillante. Ses séries se compliquent. Ses pourcentages chutent. Face à Minnesota, il a encore semblé usé, souvent privé de son explosivité, incapable de créer la séparation habituelle quand la défense montait d’un cran.
Dans ce Game 6, il termine à 4/17. Ce n’est pas seulement une mauvaise adresse. C’est l’image d’un joueur enfermé, fatigué, pris dans l’étau physique des Wolves. On peut parler de fraîcheur, évidemment. Murray a beaucoup joué cette saison. Mais on peut aussi commencer à se demander si son statut de valeur sûre absolue au printemps tient encore debout avec la même solidité.
Nikola Jokic, lui, reste Nikola Jokic. C’est même pour ça que la déception est si forte. On parle encore de l’un des meilleurs joueurs du monde, peut-être du meilleur dans bien des contextes. Mais cette série l’a rarement montré en pleine maîtrise. Minnesota l’a touché. Rudy Gobert et la défense collective des Wolves l’ont forcé à travailler dans des zones moins confortables. Il a semblé frustré, parfois débordé défensivement, parfois moins lucide émotionnellement.
Nikola Jokic rompt le silence sur son futur avec les Nuggets
Son accrochage avec Jaden McDaniels dans la série restera comme une image étrange. Pas seulement parce que l’action était évitable, mais parce qu’elle trahissait une forme d’agacement qu’on voit rarement chez lui à ce niveau-là. Jokic a fini par se reprendre par moments, mais l’ensemble de ses playoffs laisse une impression inhabituelle : Denver a eu besoin qu’il soit immense tout le temps, et même lui n’a pas toujours trouvé la réponse.
Des Nuggets, sans option, sans solution
Autour, les questions sont nombreuses. Christian Braun a été trop discret. Cam Johnson s’est réveillé tard. Bruce Brown n’a plus l’impact de l’année du titre. Jonas Valanciunas, conservé alors qu’il aurait pu partir, n’a quasiment pas pesé dans une série où Denver se faisait pourtant bouger physiquement. Le recrutement, censé redonner de la profondeur et de la variété, n’a pas vraiment protégé les Nuggets quand la série s’est durcie.
Et c’est peut-être le plus inquiétant : Denver n’a pas simplement perdu une bataille. Denver a semblé manquer de cartouches.
Alors, fin de cycle ? Le mot est fort. Peut-être trop fort si on l’entend comme une explosion immédiate. Jokic est encore dans son prime. Murray n’est pas vieux. Aaron Gordon et Peyton Watson peuvent revenir en meilleure santé. Les Nuggets ont des raisons de croire qu’ils peuvent repartir plus haut.
Mais la fenêtre, elle, ne s’ouvre pas éternellement. Jokic aura 31 ans, puis 32. Les saisons passent vite quand on a un joueur pareil. On ne peut pas se permettre d’en laisser filer trop en se disant que le simple retour à la normale suffira. Surtout quand la normale récente n’a plus tout à fait le goût du sommet.
Jokic a lâché, avec le sourire, que si l’équipe était en Serbie, tout le monde aurait été viré. La phrase fait rire, mais elle dit quelque chose. Denver va devoir regarder cette élimination en face. Pas comme un simple raté, mais comme un avertissement.
Parce qu’une équipe qui vise le titre ne peut pas sortir ainsi contre un adversaire privé de sa superstar. Pas sans se poser de vraies questions.
La dynastie des Nuggets n’a peut-être jamais vraiment eu le temps de naître. Le titre existe, il restera. Mais la suite devait confirmer une ère. Aujourd’hui, elle ressemble davantage à un carrefour.
Et autour de Jokic, Denver doit vite décider si cette équipe a encore de quoi repartir à l’assaut… ou si elle vient de voir se refermer une partie de son histoire.
