Les New York Knicks attendaient ça depuis 1999 : un match de Finales NBA au Madison Square Garden. Une soirée de communion, de bruit, de rues en fusion, de maillots orange et bleu, de fans sans billet prêts à vivre le Game 3 contre les San Antonio Spurs comme s’ils étaient au premier rang. Et puis Donald Trump a décidé de venir.
Officiellement, rien d’illogique. Trump est né dans le Queens, il a longtemps vécu à New York, il se présente comme un fan des Knicks et il a été invité par James Dolan, le propriétaire de la franchise. Adam Silver a même rappelé que Trump venait déjà voir les Knicks et assistait à des Drafts NBA au Madison Square Garden bien avant son entrée en politique. Donc oui, sur le CV, il y a des lignes. Sur la carte de fidélité, probablement quelques tampons aussi.
Mais est-ce qu’on parle vraiment d’un fan des Knicks au sens noble du terme ? Celui qui a souffert devant les années Eddy Curry ? Celui qui a survécu à Andrea Bargnani, aux promesses de Phil Jackson président et aux faux espoirs de chaque mois de novembre ? Ou plutôt d’un New-Yorkais qui connaît très bien la valeur symbolique d’un siège au Garden quand les Knicks mènent 2-0 en Finales NBA ?
Parce que, soyons honnêtes : il y a quelque chose de très trumpien dans cette apparition. Les Knicks sont devant, la ville commence à croire au titre, le Madison Square Garden va ressembler au centre du monde pendant trois heures, et le voilà qui arrive au milieu du tableau. On ne l’a pas forcément vu débarquer quand il fallait soutenir un roster cabossé en février, ni quand les Knicks galéraient à retrouver un semblant de dignité. Mais quand ça gagne, quand ça brille, quand ça sent les confettis et les caméras, le fan numéro un trouve toujours le chemin de sa place.
Il aime bien être du côté des winners. Là-dessus, au moins, le scouting report est clair.
L'atmosphère va changer...
Le problème, pour les Knicks, c’est que sa présence ne change pas seulement le casting VIP. Elle change l’atmosphère. La watch party prévue autour du Madison Square Garden a été annulée en raison des mesures de sécurité liées à sa venue. Les fans doivent arriver très en avance, les contrôles sont renforcés, la politique sans sac est appliquée, le Secret Service et la police new-yorkaise prennent évidemment une place centrale dans l’organisation. Ce qui devait être une fête populaire a donc été un peu “toned down”, comme on dit quand on veut rester poli.
À New York, on rêvait d’un carnaval basketball. On se retrouve avec une soirée où l’on peut presque imaginer un agent de sécurité demander à un fan en maillot de Jalen Brunson d’ouvrir son paquet de chewing-gums.
Et encore, Trump ne devrait même pas vraiment être au milieu du peuple orange et bleu. Il ne faut pas l’imaginer assis tranquillement courtside, à portée de chambrage, de huées ou de selfies gênants. Le scénario le plus probable, c’est une présence dans une suite, en loge, quelque part dans l’environnement de James Dolan, loin du bord du terrain et très loin du contact direct avec les fans.
Ce qui rend la scène encore plus étrange. Trump sera là, mais un peu à part. Visible, forcément, parce que les caméras chercheront son visage et que le Madison Square Garden ne résistera sans doute pas longtemps à l’envie de le montrer sur l’écran géant. Mais à distance. Dans la salle, sans vraiment être dans la salle. Dans l’événement sans vraiment se mêler à l’événement.
Il faudra d’ailleurs guetter la réaction du public si son visage apparaît sur le jumbotron. Ce ne sera probablement pas le moment le plus neutre de la soirée. Entre ceux qui l’applaudiront, ceux qui le siffleront, ceux qui feront semblant de ne pas avoir vu et ceux qui voudront surtout que le ballon reparte vite dans les mains de Jalen Brunson, le Garden pourrait offrir une petite séquence très new-yorkaise : bruyante, confuse, impossible à contrôler.
La preuve que cette soirée aura aussi une dimension politique, même si tout le monde prétendra que non : le maire de New York, Zohran Mamdani, doit lui aussi assister au match, mais il a déjà prévenu qu’il serait dans une section “très différente” de celle de Trump. Son entourage a même indiqué qu’il paierait sa propre place. Autrement dit, les deux figures peuvent se retrouver sous le même toit, mais pas vraiment dans le même monde.
D’où cette question, évidemment capitale : Donald Trump peut-il porter la poisse aux Knicks ?
Pas au sens magique, même si une franchise qui n’a plus été championne depuis 1973 a le droit de devenir superstitieuse pour moins que ça. Mais au sens basketball, l’idée n’est pas totalement absurde. Une routine bousculée, une entrée au Garden moins fluide, une énergie de foule un peu différente, un événement sportif qui devient aussi un événement politique : ce ne sont pas des détails neutres dans un match de Finales. Surtout quand l’équipe à domicile mène déjà 2-0 et doit gérer cette drôle de pression : celle du public qui commence à fêter le titre avant qu’il soit gagné.
Trump, lui, n’est pas le personnage le plus populaire de la ligue. Il n’est même pas certain qu’il soit perçu comme un vrai homme de basket par les fans qui respirent NBA toute l’année. New-Yorkais ? Évidemment. Amateur de Knicks quand les Knicks sont redevenus fréquentables ? Très possible.
Et avec le projet de soirée UFC à la Maison Blanche qui arrive bientôt, le sport ressemble de plus en plus à un décor naturel de son show permanent. Les Knicks, eux, avaient surtout prévu de jouer un match de Finales NBA.
Car si New York perd ce Game 3, personne ne pourra sérieusement dire que Trump a raté les tirs ouverts, perdu les ballons ou laissé Victor Wembanyama poser ses mains géantes sur la série. Ce serait trop simple. Les Spurs auront leurs mérites, les Knicks leurs responsabilités, et le parquet tranchera comme toujours.
Mais dans une ville aussi théâtrale que New York, on sait déjà comment l’histoire sera racontée si la soirée tourne mal. Les Knicks menaient 2-0, le Garden préparait sa grande fête, les fans étaient prêts à faire trembler Manhattan… et Donald Trump est arrivé.
Pour une franchise qui attend un titre depuis plus de cinquante ans, c’est peut-être déjà beaucoup trop de dramaturgie.

Ca me rend fou que Dolan est fait un truc pareil avec l'importance de ce match. Que le blondinet regarde ça devant sa teloche...il va vraiment nous porter la poisse, ça se sent a 10 000