Gary Payton : « Aujourd’hui, Jordan marquerait 60 points par match »

Gary Payton : « Aujourd’hui, Jordan marquerait 60 points par match »

NBA actuelle vs NBA des 90's, tanking, paternité auprès d'un joueur pro, The Glove a un avis sur tout et c'est tant mieux.

Shaï MamouPar Shaï Mamou  | Publié  | BasketSession.com / MAGAZINES / Interview
En marge de la conférence de presse de rentrée de beIN Sports et d'une visite de l'exposition NBA Crossover, Gary Payton a répondu à quelques questions. Comme toujours, "The Glove" n'a pas déçu avec son franc-parler et ses avis tranchés. Gary, qu'est-ce qui est le plus frappant dans cette NBA actuelle à tes yeux ? Gary Payton : Elle est bien plus jeune ! Les gars arrivent à 19 ans et jouent avec d'autres gars de 19 ans. Aux Sixers, par exemple, où ça manque de vétérans, mais dans d'autres équipes aussi. Les gamins doivent co-exister, mais c'est compliqué car il leur manque un leader sur lequel s'appuyer. Quand j'ai été drafté, en 1990, 8 joueurs de mon équipe des Sonics avaient au moins 8 années d'expérience en NBA. C'était une bonne leçon pour moi, parce qu'on ne m'a pas donné le job, j'ai dû travailler pour le décrocher. Nate McMillan l'a eu au début parce que je ne bossais pas assez. Pendant les deux premières années de ma carrière, ça a été comme ça. Le style de jeu et la mentalité des joueurs ont aussi radicalement changé... Gary Payton : Aujourd'hui, les trois points sont une arme. Nous, on s'appuyait sur les big men et la défense était différente. Elle reste décisive parce que si une équipe comme Golden State gagne autant, c'est parce qu'elle défend fort collectivement. Sur le plan de la mentalité, c'est devenu un lieu où tout le monde est ami avec tout le monde. Ils veulent toujours jouer ensemble, collaborer avec leurs amis, faire des superteams... On ne faisait pas ça. Si je voulais battre Michael Jordan, je n'allais pas le rejoindre l'année suivante. Je faisais mon maximum pour tout donner et le battre avec mon équipe. Ils traînent tous ensemble, tout le temps. C'est le basket AAU, comme je dis. Et ça tue notre basket. Les gamins se disent : 'allez, dans 5 ans on va tous jouer ensemble dans la même équipe'. Tu penses que tu arriverais à être aussi fort qu'à l'époque si tu jouais aujourd'hui ? Gary Payton : Je serais encore plus fort ! Ça ne joue pas la défense aujourd'hui. Prenez Westbrook ou Curry. Les équipes qui les affrontent les subissent en attaque, mais ne font pas grand chose pour les faire défendre. Il faut les faire bosser. A mon époque, on était fiers de pouvoir impacter des deux côtés. Les joueurs d'aujourd'hui, les stars, je les obligerais à défendre sur moi. On arriverait à les responsabiliser. On les ferait sortir de leur match. Dans la NBA actuelle, je pense que Michael Jordan marquerait 60 points par match. Shaquille O'Neal ou Karl Malone aussi. Personne ne serait capable de les jouer. Ton fils Gary II a un contrat garanti en NBA avec les Bucks. Quel genre de père es-tu ? Parce que c'est rare et complexe pour un joueur pro d'avoir un père Hall of Famer... Gary Payton : Bonne question (sourire) ! Je suis très heureux pour mon fils. Sportivement, il a éclot sur le tard, mais les choses se passent bien. Disons que je l'ai pas mal dévalorisé quand il a commencé à jouer, ça l'a incité à me prouver ce qu'il était capable de faire. C'est dur pour lui parce qu'il porte le même nom que moi. A l'école, les gens lui disaient : 'tu n'as rien à voir avec ton père. Lui a fait ça, ça et ça...' J'ai choisi une autre approche. Je l'ai toujours encouragé à faire ce qu'il avait envie de faire. A être lui-même. Il s'avère que ça a été le basket et qu'il a choisi la même fac que moi (rires). Il a d'ailleurs battu quelques uns des mes vieux records là-bas et ça m'a mis les nerfs ! Aujourd'hui, il joue pour Jason Kidd, que je connais très bien, et il va avoir de belles opportunités. Je lui dis ne pas chercher à être moi. Simplement de viser les mêmes objectifs de réussite. C'est un gamin super et je l'aime plus que tout. Je le préfère même comme personne que comme joueur de basket. Quand on repense aux Sonics de l'époque, on se dit qu'ils auraient peut-être pu briller aujourd'hui avec vos shooteurs et votre défense dans cette époque où le small ball est à la mode. Gary Payton : Pour moi, il n'y a vraiment que Golden State qui joue le small ball à fond aujourd'hui. Concernant les Sonics, je pense que Sam (Perkins) serait notre petit souci parce qu'il shootait super bien, mais il était incapable de défendre. Tous les autres, moi, McMillan, Hersey (Hawkins), Detlef (Schrempf), on saurait le faire aujourd'hui. Notre défense serait payante et on aurait été bons aujourd'hui. Il faut se rendre compte qu'on a gagné 64 matches lors d'une saison où les Bulls en ont gagné 72. Est-ce qu'à l'époque tu aurais réussi à jouer dans une équipe dont le projet était de tanker sur plusieurs années comme les Sixers ? Gary Payton : Déjà, je veux dire que les Sixers vont commencer à gagner. Ils ont un président compétent avec Colangelo et ils veulent gagner des matches. Avec Embiid, Simmons, Fultz et tout ce monde-là, ils peuvent faire de belles choses. Pour ma part, ma mentalité n'aurait pas changé si j'avais dû jouer dans une équipe comme celle-là au début du Process. J'aurais tout fait pour gagner les matches. J'aurais gueulé et fait beaucoup de trashtalk, surtout à mon front office. Je leur aurais dit que je n'étais pas là pour perdre et je n'aurais pas arrêté de les critiquer dans les médias (rires). Est-ce qu'il y a un joueur NBA dans lequel tu te reconnais aujourd'hui ? Gary Payton : Personne n'est comme moi aujourd'hui. Personne. A la limite, je dirais peut-être Kawhi Leonard, parce qu'il joue des deux côtés du terrain et qu'il en retire de la fierté. Et quand on me demande qui j'aime aujourd'hui, je réponds Kawhi. Westbrook aussi, même si j'aimerais qu'il défende plus. Je respecte ce qu'il a réussi à faire après avoir perdu son Batman. Il est devenu Superman. Et avec Paul George, il récupère un Robin. Je pense que ça peut bien fonctionner pour eux.  
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