Le nouveau contrat de Gary Trent Jr. avec les Milwaukee Bucks ne surprend pas seulement par son montant. Il intrigue surtout par son timing. Après avoir signé deux contrats très avantageux pour la franchise et traversé l’une des saisons les plus difficiles de sa carrière, l’arrière a obtenu 64 millions de dollars entièrement garantis sur quatre ans, sans option.
Un enchaînement suffisamment étrange pour faire naître une théorie : Trent aurait-il accepté d’être sous-payé pendant deux saisons en échange d’une promesse officieuse de Milwaukee de le récompenser plus tard ? Si un tel accord a réellement existé, il pourrait constituer un contournement du salary cap interdit par le règlement NBA.
Un spectaculaire retournement de marché
Pour comprendre les soupçons, il faut revenir à l’arrivée de Gary Trent Jr. dans le Wisconsin. À l’été 2024, l’ancien joueur des Raptors a rejoint les Bucks pour une saison et environ 2,6 millions de dollars, soit le minimum vétéran. Il a ensuite accepté, en 2025, un nouveau contrat de deux ans et 7,58 millions au total, avec une player option sur la deuxième saison.
Trent a renoncé cet été aux quelque 3,9 millions que cette option devait lui garantir. Quelques jours plus tard, Milwaukee lui a accordé un contrat près de quatre fois plus important par saison : 64 millions sur quatre ans, dont 15,2 millions dès la première année.
Cette augmentation intervient pourtant après une saison à 8,1 points de moyenne, sa plus faible production depuis son année rookie. Trent a également terminé à 38,7 % au tir et 36 % à trois points, tout en perdant progressivement de l’importance dans la rotation des Bucks. Le contraste entre sa dynamique sportive et la générosité du contrat est donc particulièrement marqué.
Incompréhensible : Milwaukee file 64 millions à Gary Trent Jr
Le timing très précis des droits Early Bird
Le détail qui alimente le plus les soupçons concerne les Early Bird Rights. Après deux saisons consécutives passées dans la même franchise, un joueur permet à son équipe de le prolonger en dépassant le salary cap, dans certaines limites.
Pour la saison 2026-2027, le salaire maximal autorisé lors de la première année d’un contrat signé avec cette exception Early Bird a été fixé à environ 15,24 millions de dollars. Gary Trent Jr. touchera 15,2 millions. Son nouveau salaire se situe donc pratiquement au plafond exact que Milwaukee pouvait lui proposer grâce aux droits acquis pendant ses deux contrats à prix réduit.
Le contrat n’est pas illégal en lui-même. Les Bucks ont parfaitement le droit d’utiliser cette exception et même de surpayer un joueur. Le problème serait l’existence d’un accord préalable : « Accepte moins aujourd’hui, reste deux ans chez nous et nous te donnerons le maximum autorisé dès que nous disposerons de tes droits. »
Dans ce scénario, Milwaukee aurait bénéficié d’un salaire très faible dans ses comptes pendant les dernières saisons de l’ère Giannis Antetokounmpo, lorsque chaque dollar comptait pour éviter les aprons et compléter un effectif ambitieux. La franchise restituerait ensuite l’argent à Trent au début de sa reconstruction, à un moment où la pression financière et sportive est nettement moins importante.
Pourquoi un tel arrangement serait interdit
L’article XIII du CBA, consacré au contournement du salary cap, interdit explicitement les promesses concernant un futur contrat. Peu importe que l’accord soit écrit ou oral, explicite ou simplement sous-entendu. Une franchise et un joueur ne peuvent pas se mettre d’accord secrètement sur une rémunération future en échange d’un sacrifice financier immédiat.
Le règlement permet même d’établir une infraction à partir d’éléments circonstanciels. Il cite notamment le cas d’un contrat ou d’une clause qui ne pourrait pas être rationnellement expliqué sans l’existence d’un contournement.
C’est précisément l’argument avancé par l’analyste spécialiste du salary cap Nate Duncan. Celui-ci a qualifié le contrat de Trent de « contournement évident », estimant qu’il n’existait aucune explication sportive ou économique suffisamment convaincante pour justifier une telle offre.
Le précédent Joe Smith
Cette théorie rappelle le scandale Joe Smith, qui a lourdement sanctionné les Minnesota Timberwolves en 2000. Smith avait accepté plusieurs contrats d’un an très inférieurs à sa valeur de marché afin que Minnesota puisse obtenir ses Bird Rights. En échange, la franchise lui avait promis en secret un futur contrat de 86 millions de dollars.
L’accord avait été découvert parce qu’il existait des documents écrits. La NBA avait annulé les contrats de Smith, infligé une amende de 3,5 millions aux Wolves et retiré initialement cinq choix de premier tour à la franchise.
Le CBA actuel prévoit toujours des sanctions particulièrement sévères pour ce type d’arrangement : jusqu’à 7,5 millions de dollars d’amende, la perte de choix de Draft, l’annulation du contrat concerné et la suspension des dirigeants impliqués.
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Des soupçons, mais aucune preuve pour le moment
Le dossier Gary Trent Jr. reste toutefois très différent sur un point essentiel : aucune preuve publique d’une promesse secrète entre le joueur, Rich Paul et les Bucks n’a émergé. Les informations disponibles indiquent même que plusieurs possibilités de sign-and-trade et des marques d’intérêt d’autres équipes ont été discutées avant son retour à Milwaukee.
Les Bucks peuvent également défendre une décision purement sportive ou économique. Trent n’a encore que 27 ans, possède un historique de shooteur fiable et son salaire intermédiaire pourra éventuellement faciliter un futur transfert. Une mauvaise évaluation du marché ou un contrat excessivement généreux ne constituent pas automatiquement une fraude.
À ce stade, aucune enquête officielle de la NBA n’a été annoncée par une source majeure. Mais la chronologie interpelle : deux années à très bas prix, l’acquisition des droits Early Bird, puis un contrat dont la première saison atteint presque exactement le maximum permis par cette exception, malgré une nette baisse de rendement.
C’est ce qui rend l’opération si suspecte. Le problème n’est pas que Milwaukee ait donné 64 millions à Gary Trent Jr. Le problème serait que ces 64 millions lui aient été promis bien avant que les Bucks aient légalement le droit de les lui verser.
