La WNBA va changer de boss : et si une ancienne joueuse prenait le pouvoir ?

Cathy Engelbert quittera la WNBA fin 2026. Bilan, critiques, héritage et premières pistes pour sa succession à la tête de la ligue.

La WNBA va changer de boss : et si une ancienne joueuse prenait le pouvoir ?

La WNBA va bientôt changer de tête. Cathy Engelbert a annoncé qu’elle prendrait sa retraite à la fin de l’année 2026, après plus de sept ans à la tête de la ligue. Une page importante va donc se tourner pour une organisation qui n’a plus grand-chose à voir avec celle dont elle avait pris les commandes en 2019. Mais si son bilan économique et structurel est difficilement contestable, ses dernières années ont aussi été marquées par une relation de plus en plus compliquée avec les joueuses.

Engelbert restera la première personne à avoir occupé officiellement le titre de commissioner de la WNBA. Lorsqu’elle arrive après avoir été CEO de Deloitte, la ligue possède un énorme potentiel mais reste largement sous-exploitée commercialement. Sept ans plus tard, elle s’apprête à laisser derrière elle une compétition entrée dans une autre dimension.

Pendant son mandat, la WNBA a lancé une levée de fonds de 75 millions de dollars en 2022, instauré les vols charter pour l’ensemble des équipes, créé la Commissioner’s Cup et traversé la pandémie grâce à la « Wubble » de Bradenton en 2020. Surtout, elle a piloté une expansion qui doit faire passer la ligue de 12 à 18 franchises d’ici 2030 et participé à la négociation d’un nouveau contrat de droits médias estimé à environ 3 milliards de dollars sur onze ans.

Avant de devenir une star WNBA, Olivia Miles régalait au foot (la preuve)

Le dernier CBA signé avec les joueuses constitue également une partie majeure de son héritage. À partir de cette saison, le salary cap est passé de 1,5 à 7 millions de dollars, le salaire maximum a grimpé à 1,4 million et la rémunération moyenne doit dépasser les 580 000 dollars. Plus d’un milliard de dollars de salaires et d’avantages sont prévus sur la durée de l’accord. Pour une ligue où les meilleures joueuses devaient encore récemment partir plusieurs mois à l’étranger pour maximiser leurs revenus, le changement est considérable.

Il serait évidemment simpliste d’attribuer toute l’explosion récente de la WNBA à Engelbert. L’arrivée de Caitlin Clark, l’émergence d’une nouvelle génération de stars et l’intérêt général pour le sport féminin ont joué un rôle gigantesque. Mais la commissioner aura accompagné et structuré cette croissance au moment où la ligue devait impérativement être capable de la transformer en revenus, en investissements et en infrastructures.

Une réussite qui n’a jamais totalement convaincu les joueuses

C’est là que le bilan devient beaucoup plus nuancé. Engelbert a souvent été perçue comme une excellente dirigeante d’entreprise davantage que comme une commissioner proche de ses joueuses. Et ce fossé s’est considérablement élargi ces dernières saisons.

En 2024, elle avait notamment été vivement critiquée après une intervention télévisée durant laquelle elle avait été interrogée sur les attaques racistes, misogynes ou homophobes accompagnant notamment les débats autour de Clark et Angel Reese. Sa réponse, davantage centrée sur l’intérêt généré par leur rivalité que sur une condamnation immédiate des comportements en question, avait provoqué la colère de plusieurs joueuses et de la WNBPA.

Puis il y a surtout eu la charge spectaculaire de Napheesa Collier en septembre 2025. La star du Minnesota Lynx avait directement dénoncé le « pire leadership au monde », reprochant à Engelbert son manque d’écoute, la gestion de l’arbitrage, la sécurité des joueuses et son attitude dans les discussions sur les salaires. Collier avait également prêté à Engelbert des propos extrêmement méprisants sur la reconnaissance que les joueuses devraient avoir envers la ligue, propos que la commissioner a ensuite formellement niés.

Le plus problématique était sans doute que Collier était loin d’être isolée. Nneka Ogwumike, alors présidente du syndicat des joueuses, avait expliqué être globalement d’accord avec le constat de sa collègue. La relation entre le bureau de la ligue et ses principales stars apparaissait alors profondément dégradée, à un moment paradoxal où la WNBA connaissait justement la plus forte croissance de son histoire.

Engelbert laissera donc une ligue beaucoup plus riche, beaucoup plus visible et beaucoup plus ambitieuse qu’en 2019. Mais elle laissera aussi à son successeur une mission qui ne sera pas simplement commerciale : réparer ou, au minimum, renforcer le lien avec les joueuses.

Et pourquoi pas une ancienne joueuse ?

La question de sa succession devient forcément passionnante. Et une première piste a déjà émergé : Swin Cash serait considérée comme une candidate potentielle selon plusieurs médias américains. Le profil a du sens. Triple championne WNBA et membre du Hall of Fame, Cash possède également une véritable expérience de dirigeante puisqu’elle a passé plusieurs années dans le front office des New Orleans Pelicans, jusqu’au poste de senior vice-présidente des basketball operations.

La possibilité de voir une ancienne joueuse prendre les commandes aurait une portée symbolique particulière après les tensions de l’ère Engelbert. Et elle ouvre forcément la porte à un autre nom : celui de Nneka Ogwumike.

Ogwumike va elle aussi prendre sa retraite sportive à la fin de cette saison. MVP, championne WNBA, onze fois All-Star et surtout présidente de longue date de la WNBPA, elle connaît quasiment tous les dossiers brûlants de la ligue et a participé directement aux négociations qui ont conduit au nouveau CBA. Rien n’indique aujourd’hui qu’elle soit candidate au poste, et passer immédiatement de la présidence du syndicat à la tête de la ligue constituerait évidemment un saut spectaculaire. Mais difficile de trouver beaucoup de personnes disposant d’une connaissance plus complète des problématiques auxquelles la WNBA est confrontée.

Le choix dira d’ailleurs beaucoup de ce que la WNBA veut devenir. Recruter un nouveau profil très corporate pour poursuivre son expansion économique ? Ou profiter du départ d’Engelbert pour rapprocher davantage le pouvoir des anciennes joueuses et de la culture basket ?

Cathy Engelbert pourra dans tous les cas partir avec un constat difficilement contestable : la WNBA qu’elle quitte est infiniment plus puissante que celle qu’elle avait trouvée. La personne qui prendra sa suite aura maintenant une autre responsabilité : faire en sorte que cette croissance spectaculaire se traduise aussi par une ligue dans laquelle ses joueuses se sentent pleinement entendues et représentées.