A quel moment débute vraiment une rivalité ? Depuis quelques temps, on nous explique que le Thunder de SGA et les Spurs de Victor Wembanyama sont la nouvelle grande rivalité que la NBA attendait. On n’y est clairement pas encore. Mais depuis la quatrième opposition en un mois, tous les ingrédients sont là désormais.
Si on n’a jamais été fan des « c’est un truc de journalistes » souvent un peu trop faciles de certaines stars (coucou Tony, salutations distinguées KD…), la réponse de Jalen Williams après la victoire d’OKC sur une supposée rivalité est parfaite. Contrairement à ses équipiers, il ne se contente pas de dire qu’elle n’existe pas ou à peine. Après tout, quoi de plus logique pour celui qui domine de dire qu’il n’y en a pas : quel champion sous-entendrait de lui-même, en parlant d’un adversaire qui n’a encore rien prouvé dans les moments où ça compte vraiment, qu’il le craint tel adversaire ?
Ce qui est intéressant dans les propos de Williams c’est quand il dit que « c’est vous les gars (les médias) qui contrôlez ce truc de rivalité », avant d’ajouter quelques secondes plus tard : « Plus on en parle et plus on essaye d'imposer ça comme une rivalité, plus je me demande si c'en est vraiment une. Si on se pose la question, c'est que ça n'en est probablement pas encore une. Tu n’avais pas besoin de te demander si les Lakers et les Celtics de l’époque étaient une rivalité, ou si les Pistons et les Bulls étaient une rivalité : tu le savais, tout simplement. »
Avec le déclin de la génération LeBron-Curry-KD, les médias et les chasseurs de clics, de like et d’engagement ont cherché d’autres narrations sur lesquelles surfer. Avec sept vainqueurs différents en sept ans, dont quatre petits marchés et un gros marché avec une star qui ne fascine pas tant que ça le grand public (désolé Tatum), la ligue et le cirque médiatique autour n’avaient pas trouvé l’équipe mastodonte ou le joueur qui fait vendre.
Alors quand le champion NBA porté par le MVP et MVP des Finales s’est fait taper par une équipe en construction autour de celui qui est annoncé comme le futur visage de la ligue, tout le monde s’est engouffré pour décréter que c’était probablement la grande rivalité de demain. Avec les oppositions suivantes, on a basculé dans une autre dimension : ce serait déjà une grande rivalité, pour beaucoup.
Après tout, lors de leur premier duel, en NBA Cup, le Thunder était en route pour exploser le record de victoires sur une saison et devenir la meilleure équipe de l’histoire de l’humanité tous sports et toutes planètes du système solaire confondus. Petite parenthèse d’ailleurs, la culture de l’instant est un phénomène complexe : on en faisait trop à l’époque et pourtant on n’est pas à l’abri que les trente derniers jours ne soient qu’un épiphénomène dans l’histoire de ce qui pourrait encore être une véritable dynastie. Mais bon, plus personne n’a le temps de prendre du recul, le monde va bien trop vite pour ça, ma brave dame.
Bref, la rivalité est un Graal en termes de narration et forcément tout le monde s’est précipité - logique, la question étant malgré tout passionnante. A noter que ça avait commencé de manière un peu forcée là aussi avec l’opposition Wembanyama-Holmgren il y a quelques années. Deux joueurs immenses, fin, capables de faire des choses balle en main inédites pour des gars de cette taille, forcément ça fascine un peu. On a assez rapidement compris qu’aussi bon Chet fût-il, il n’y avait pas photo entre les deux. Ce que Victor a d’ailleurs dit mot pour mot récemment de manière sèche (dédaigneuse ?).
Le genre de déclarations qui peut constituer un ingrédient de choix dans la recette d’une parfaite rivalité. Et si on est d’accord avec Williams pour dire que tant que le concept ne s’impose pas de lui-même, que tant qu’on pose encore la question de son existence ou non, alors la fameuse rivalry n’existe pas, tous les éléments sont désormais réunis après ce quatrième (sur cinq) affrontement entre les deux équipes pour qu’on en ait une dans le futur.
Les résultats sportifs sont un bon début, évidemment. Être l’équipe qui fait dérailler la saison supposée historique du champion en titre, le battre trois fois de suite en à peine plus de dix jours, ça crée un statut spécial. Les joueurs du Thunder ont beau évoquer un match comme les autres, ils avaient évidemment particulièrement envie de remettre les pendules à l’heure mardi soir. San Antonio apparaît désormais comme l’équipe parfaitement adaptée pour les empêcher de dérouler leur jeu.
Malgré tout, l’aspect sportif récent en saison régulière et une opposition entre Victor et Chet à leur arrivée, entre Victor et SGA dans les années à venir dans les discussions MVP (avec d’autres, bien sûr) ne suffisent néanmoins pas. Une rivalité se fonde également sur des batailles en playoffs, mais aussi et surtout sur des différences quasi-philosophiques et un peu de haine. Les duels Lakers-Celtics dans les 80s ou Bulls-Pistons dans les 90s n’auraient pas eu du tout la même saveur si les joueurs et leurs fanbases avaient « respecté » leurs adversaires. Une rivalité, ça ne marche que parce que des différences de philosophie de jeu ou de valeurs créent de la tension.
Sur ces derniers points, on a pu compter sur Victor Wembanyama lors du dernier mois. C’est lui qui a démarré les hostilités, mais aussi qui a entériné les tensions, voire la haine. A l’issue de la première des trois victoires des Spurs, en conf’ de presse, il a clairement fait franchir un cap à l’opposition alors embryonnaire en expliquant que son équipe jouait « un basketball pur et éthique. » Plus encore que le résultat ou le petit beef qu’il avait avec Holmgren, c’est cette formule qui a fait naître la possibilité d’une vraie et belle rivalité. « Le basket pure et éthique », c’est sa manière de dire que SA a une philosophie différente, mais aussi que celle-ci a plus de valeur que le style de jeu du Thunder et que les lancers extorqués - car c’est ce qu’il sous-entend - par SGA.
Derrière, plusieurs sorties comme son tacle à Holmgren (« Sportivement, il n’y a pas photo ») ont attisé les tensions, même si les joueurs d’OKC continuent de minimiser. C’est surtout la fin du dernier match qui a permis de conclure de manière définitive qu’il y a bel et bien une bonne petite dose de haine. Quand Wembanyama quitte le match sans serrer les mains de ses adversaires, il dit, consciemment ou pas, qu’il n’aime pas cette équipe.
Maintenant, pour qu’on puisse parler de rivalité, il ne manque plus que les duels au plus haut niveau, loin en playoffs. Et sur la durée. Parce qu’une rivalité, c’est aussi une histoire commune. Les bases de cette histoire sont bonnes. Depuis 2012, les deux équipes se sont affronté plus de fois en playoffs qu’elles n’ont affronté aucun autre adversaire. Sam Presti est un pur produit de la culture Spur, qui est arrivé à OKC pour construire méticuleusement une véritable machine de guerre. Une machine de guerre à laquelle se confronte San Antonio de la même manière qu’OKC avec KD et Westbrook espéraient déboulonner l’armada Spurs il y a une douzaine d’années. Manque plus que cette histoire commune se poursuivent désormais sur plusieurs années au plus haut niveau, avec ces nouveaux acteurs incroyablement forts que sont SGA, Wembanyama et cie.
Si on ajoute à tout cela la jeunesse des dits acteurs, on a vraiment tous les ingrédients pour que cette rivalité pour l’instant fantasmée devienne réalité. Et on salive d’avance devant le festin qu’on pourrait bien déguster ces prochaines années.
